Ne pas être une "potiche": deux générations de femmes dans la gestion financière

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Florence Barjou, responsable de l'investissement (CIO) chez Lyxor AM, le 3 décembre 2020 au Vésinet, près de Paris
Florence Barjou, responsable de l'investissement (CIO) chez Lyxor AM, le 3 décembre 2020 au Vésinet, près de Paris
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© AFP, ERIC PIERMONT

AFP, publié le vendredi 04 décembre 2020 à 10h39

Ne pas être une "potiche", mais s'imposer dans un univers historiquement très masculin: plusieurs femmes ont confié à l'AFP comment elles ont réussi à se faire une place dans la gestion financière.

Florence Barjou a été promue en octobre responsable de l'investissement (CIO) chez Lyxor AM. Avant d'intégrer à 48 ans le cénacle des rares femmes responsables de l'investissement (CIO) que compte le secteur de la gestion d'actifs, elle a commencé sa carrière en tant qu'économiste à la banque d'investissement de la BNP. 

Elle se souvient, à cette époque, d'un rendez-vous avec des clients du Moyen-Orient. "Ils n'avaient pas compris que c'était moi qui allais faire la présentation et leur donner les vues de marché de la banque. Ils pensaient que j'étais là pour prendre des notes et sont tombés des nues quand ils ont compris que je n'allais pas juste faire la potiche".

Entrée chez Lyxor AM (groupe Société Générale) en 2006 en tant que stratégiste et gérante de portefeuilles, elle est ensuite nommée en 2013 responsable de la gestion multi-actifs et adjointe du CIO en 2015. Ce qui l'a fait avancer, c'est qu'on lui "laisse beaucoup d'autonomie": "cela m'a permis de développer et d'innover". 

Franco-allemande, Mme Barjou fait partie d'une génération qui a tracé son chemin professionnel sans se mettre sous les projecteurs. "Je n'ai jamais demandé une seule de mes promotions. Alors que chez les garçons qui travaillent pour moi, c'est un souci constant d'être reconnus, d'être visibles".  

Rétrospectivement, elle assure n'avoir jamais rencontré de difficultés parce qu'elle était une femme et qu'elle organisait sa vie un peu différemment de ses collaborateurs, tous plus jeunes qu'elle en arrivant chez Lyxor.

"Quand j'ai passé mon entretien pour travailler chez Lyxor, mon fils avait six mois. Il n'y avait pas de télétravail. J'ai été très claire, j'ai dit que j'avais l'intention de lui donner son bain et de le coucher tous les soirs et qu'en rythme de croisière je quitterais mon poste dans les tours entre 18h30 et 19H". Quitte à se remettre au travail en soirée.

- un rôle de modèle -

A 48 ans et de mère allemande également, Lara Nguyen, directrice générale dans un cabinet de gestion de patrimoine, a récemment quitté la banque Milleis pour devenir gérante privée chez Fastea Capital.

Elle garde en tête un début calamiteux dans la finance, il y a 25 ans. "On m'a dit : on te prend mais c'est exceptionnel et à l'essai". "Pour finir, ils m'ont gardée. Mais à l'époque j'étais la première femme en société de bourse familiale, chez Ferri, et en salle des marchés on m'a dit 'normalement les femmes sont assistantes'. J'avais un grand patron en face de moi, je n'ai rien dit".

Mme Barjou dit réfléchir à ce qu'elle peut représenter pour des collègues plus jeunes. "Elles m'ont dit que j'avais un rôle de modèle. Visiblement ma carrière donne envie, du coup, cela me donne envie d'être exemplaire".

"Les jeunes femmes que j'ai recrutées sur les marchés financiers n'ont pas du tout les mêmes besoins ni les mêmes attentes. Elles ont des besoins de formation, de reconnaissance, dans les paroles plus que dans les salaires parfois", observe Mme Nguyen. "Et si la compétence est là, j'ai tendance à les favoriser car j'en ai un peu pâti".

A 29 ans, Noora Lakkonen, n'a aucun doute d'obtenir du soutien dans un secteur "auparavant dominé par les hommes", mais qui s'est fixé "des objectifs concrets de promouvoir les femmes".

La jeune Finlandaise a rejoint en avril l'équipe entièrement féminine de l'investissement responsable de la banque Evli en tant qu'analyste et ne voit "aucune barrière" qui l'empêcherait de "progresser vers des postes senior".

"Depuis le mouvement #MeToo, les questions d'égalité des genres font partie du débat public. L'industrie s'est réveillée vis à vis des femmes mais aussi des thématiques durables", se réjouit cette ancienne avocate, diplômée en économie et administration d'entreprise.

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