Noël confiné ? Les producteurs de foie gras des Landes inquiets

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Un employé de la conserverie Maison Lafite introduit un foie gras dans un bocal à Castelnau-Montaut, en septembre 2020
Un employé de la conserverie Maison Lafite introduit un foie gras dans un bocal à Castelnau-Montaut, en septembre 2020
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© AFP, Philippe LOPEZ

AFP, publié le samedi 14 novembre 2020 à 09h25

"On n'a jamais attaqué une saison festive avec autant d'incertitudes": les producteurs de foie gras des Landes redoutent un Noël confiné, sans grandes tablées familiales où leurs produits trônent habituellement.

"Le confinement du printemps nous a déjà fait rater Pâques", l'un des pics annuels de consommation, rappelle Fabien Chevalier, dirigeant de la conserverie Lafitte à Montaut, qui depuis cent ans traite la production de 80 éleveurs certifiés Label rouge. 

"Mais en matière de consommation, Pâques c'est nettement moindre que les fêtes de fin d'année. Si les restaurants sont fermés et les réunions de famille limitées à quelques personnes, il n'y a plus qu'à espérer que les consommateurs se tourneront vers le foie gras comme une valeur refuge, pour se faire plaisir malgré tout", veut-il croire.

"Un français moyen mange du foie gras moins de deux fois par an et c'est à Noël", plaisante le chef d'entreprise.

A Castelnau-Tursan, Emmanuel Dupouy élève des canards et a investi depuis trois ans pour améliorer le bien-être animal et les conditions sanitaires dans son élevage, où les palmipèdes restent en extérieur dans de vastes enclos sur les flancs des coteaux du Tursan, dans le sud-ouest du département.

Deux années de grippe aviaire, puis deux confinements plus tard, il doit à tout prix réussir la saison des fêtes, alors qu'il a déjà perdu 10% de ses revenus depuis le début de l'année et qu'il lui faut dégager de la trésorerie.

"Bien sûr, le foie gras qui sera consommé à Noël n'est plus sur pattes depuis un moment. Et si la consommation n'est pas au rendez-vous cette fin d'année, ça va devenir plus que compliqué en 2021", résume-t-il.

Avec la fermeture des restaurants, l'annulation des foires, congrès, salons et des mariages, la consommation de foie gras a connu un sévère recul.

Face à cette érosion brutale du marché depuis le début de l'épidémie et le premier confinement, la filière a tenté de réagir et a freiné en 2020 sa capacité de production de 13%.  

Malgré tout, les stocks de foie gras débordent chez les transformateurs. 

"C'est maintenant à la distribution de jouer le jeu et proposer largement le produit", estime Fabien Chevalier. "Avec deux longs week-ends de trois jours, à Noël et au jour de l'An, les gens auront le temps de déguster de jolis produits. Encore faut-il qu'il leur soit proposé dans les rayons de leurs supermarchés".

- "Achats tardifs" ? -

Habituellement, les débouchés se répartissent pour 40% dans la grande distribution, 40% dans les restaurants et métiers de bouche et 15% à l'export. 

"S'il reste encore de gros stocks en janvier, ce sera très dur pour les producteurs de canards en 2021", résume Fabien Chevalier.

Confinement renforcé ou allégé ? interdiction ou pas de se déplacer ? Suspendus aux évolutions de la politique sanitaire du gouvernement, les Français restent dans l'attentisme pour organiser les fêtes de fin d'année et Fabien Chevalier "craint beaucoup les achats tardifs".

La filière peut miser malgré tout sur le développement de la consommation de foie gras frais.

"Si les restaurants sont en panne, la valorisation du foie frais par les autres métiers de bouche marche plutôt bien", dit Fabien Chevalier. "Chaque charcutier a sa recette et c'est un produit qui doit trouver son public". Les yeux des professionnels seront donc fixés sur les indicateurs de consommation, jusqu'au 31 décembre. 

Pour redoper les ventes, la filière - 100.000 emplois au niveau national, dont 18.000 en Nouvelle-Aquitaine - , avait lancé des actions de promotion avant même le reconfinement. "Il est indispensable de mettre le produit en avant auprès du consommateur", souligne Marie-Pierre Pé, directrice du Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (CIFOG). 

Plusieurs enseignes de la grande distribution se partagent 118 animations financées par la profession pour valoriser le produit et le travail des éleveurs. Une dizaine d'entre eux va même abandonner la ferme quelques heures, pour aller à la rencontre des consommateurs dans les allées des grandes surfaces au cours des mois de novembre et décembre.

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