Notre-Dame de Paris : la gestion des dons épinglée par la Cour des comptes

Notre-Dame de Paris : la gestion des dons épinglée par la Cour des comptes
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Boursier.com, publié le mercredi 30 septembre 2020 à 14h03

La Cour des comptes pointe notamment l'utilisation d'une partie des dons pour financer les dépenses de fonctionnement de l'établissement public chargé de la restauration de Notre-Dame...

Plus d'un an après le drame, la Cour des comptes a dressé un premier bilan de l'élan de générosité qui a suivi l'incendie de Notre-Dame de Paris dans un rapport dévoilé ce mercredi. Alors que plusieurs structures étaient en charge de collecter les dons, les sages de la rue Cambon ont épinglé la gestion ainsi que l'utilisation des fonds destinés à la restauration de la cathédrale.

"Ce premier bilan fait notamment apparaître que l'utilisation des fonds issus d'un exceptionnel élan de générosité n'est pas suffisamment transparente et que les modalités de financement de l'établissement public en charge de la maîtrise d'oeuvre ne respectent pas les dispositions de la loi du 29 juillet 2019 organisant la souscription nationale", explique la Cour, qui avait indiqué dès avril 2019 qu'elle contrôlerait, tout au long des travaux, la collecte et l'emploi des dons versés pour la reconstruction de la cathédrale.

Au total, la souscription lancée au soir de l'incendie le 15 avril par Emmanuel Macron avait permis de rassembler plus de 825 millions d'euros au 31 décembre 2019, auprès de plus de 300.000 donateurs à travers 140 pays. "A cette date, 184 millions d'euros avaient été versés et 640 millions d'euros faisaient l'objet d'une promesse de dons", précise le rapport.

Les donateurs peu informés

Or, selon la Cour des comptes, une partie de ces dons ne va pas directement "à la restauration ou à la reconstruction de la cathédrale". En effet, 5 millions d'euros vont dans les dépenses de fonctionnement courantes de l'établissement public chargé de piloter la restauration de la cathédrale (salaires de 40 personnes, loyer du bâtiment utilisé, communication, etc.), créé en juillet 2019.

Pourtant, la loi adoptée définitivement le 16 juillet 2019, prévue pour organiser la souscription nationale, est claire. Les fonds récoltés "sont exclusivement destinés au financement des travaux de conservation et de restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris et de son mobilier dont l'Etat est propriétaire, ainsi qu'à la formation initiale et continue de professionnels disposant des compétences particulières requises pour ces travaux".

La Cour, qui pointe une gestion "complexe" du monument, notamment en matière de sécurité incendie, déplore que les donateurs n'aient pas d'information sur la façon dont les dons sont utilisés. "Ce rapport est construit, constructif, étayé et vise à une chose, assurer la transparence auprès des donateurs. Ils ont simplement le droit de savoir à quoi leur argent sert ou leurs promesses vont servir", a estimé Pierre Moscovici sur 'France Inter' ce mercredi.

Enquête administrative

"La transparence est indispensable car nous voulons un pacte de confiance avec ces donateurs", a-t-il affirmé. "La compétence n'est pas en cause, mais il faut que la situation soit plus claire et la procédure administrative éclaircie", a insisté le président de la Cour des comptes, estimant dans le même temps que le ministère de la Culture n'a pas su tirer les leçons de l'incendie pour adapter sa stratégie dans les autres sites historiques.

"Il faut absolument maintenant lancer une enquête administrative", a ainsi suggéré Pierre Mosovici, car "la gestion de la cathédrale de Notre-Dame-de-Paris est très compliquée, il y a un partage des responsabilités entre clergé, ville de Paris et monuments nationaux".

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