Paris et Londres annulent la venue de leur ministre au forum économique saoudien

Paris et Londres annulent la venue de leur ministre au forum économique saoudien
Le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire à l'Elysee, le 17 octobre 2018

AFP, publié le jeudi 18 octobre 2018 à 15h33

D'importants ministres français, britannique et néerlandais ont annulé jeudi leur venue au sommet économique saoudien à Ryad la semaine prochaine, en pleine inquiétude autour de la disparition du journaliste saoudien critique du pouvoir Jamal Khashoggi.

Les ministres français de l'Economie, Bruno Le Maire, britannique du Commerce international, Liam Fox, et néerlandais des Finances, Wopke Hoekstra, ont coup sur coup fait savoir qu'ils ne se déplaceraient pour cet événement qui a subi de nombreuses défections ces derniers jours.

"Je n'irai pas à Ryad la semaine prochaine", a déclaré M. Le Maire, invité de l'émission "Territoires d'infos" sur Public Sénat, estimant que les conditions n'étaient "pas réunies aujourd'hui" pour qu'il se rende à ce forum d'investisseurs du 23 au 25 octobre.

"J'ai appelé hier mon homologue" saoudien "pour l'avertir que je ne participerai pas à ce forum. Je pense qu'il peut parfaitement comprendre que dans les circonstances actuelles, le ministre de l'Economie française ne se rende pas à Ryad", a-t-il expliqué.

La liste des dirigeants renonçant à cette conférence, organisée par le fonds souverain saoudien et devant servir de vitrine aux réformes économiques lancées par le prince héritier Mohammed ben Salmane, ne cesse de s'allonger, deux semaines après la disparition de Jamal Khashoggi. Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, doit décider ce jeudi s'il se rend à cette conférence.

"Le président de la République l'a dit très clairement, les faits sont très graves", a souligné Bruno Le Maire. "L'essentiel maintenant c'est que toute la vérité, toute la lumière soit faite sur cette affaire", a insisté le ministre.

Interrogé sur le fait de savoir si l'annulation de sa participation remettait en cause les relations entre Paris et Ryad, Bruno Le Maire a assuré qu'"absolument pas". "Ryad et l'Arabie saoudite sont des partenaires stratégiques pour la France, à bien des titres. Ça ne remet pas en cause ce partenariat stratégique", a-t-il déclaré.

Au Royaume-Uni, le ministre du Commerce international Liam Fox a pris une décision similaire, annoncée jeudi à la mi-journée.

"Le ministre du Commerce international a décidé qu'il n'était pas approprié pour lui de se rendre à l'Initiative pour l'investissement futur à Ryad le 23 octobre", a expliqué un porte-parole du gouvernement, ajoutant que le Royaume-Uni était "très inquiet de la disparition de Jamal Khashoggi".

"Nous encourageons la coopération turco-saoudienne et attendons que le Royaume d'Arabie saoudite conduise une enquête fouillée, crédible, transparente et rapide comme annoncé", a souligné ce porte-parole. 

Côté néerlandais, le ministre des Affaires étrangères, Stef Blok, a souligné sur Twitter que la disparition de M. Kashoggi était "une affaire très grave", à laquelle l'Arabie saoudite n'avait "pas encore été en mesure de fournir une clarification". 

"C'est pourquoi nous avons décidé aujourd'hui que WBHoekstra ne se rendrait pas à Ryad. Les Pays-Bas défendent la liberté de la presse dans le monde", a-t-il ajouté.

Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, exilé aux Etats-Unis depuis 2017 et critique du pouvoir à Ryad, a disparu depuis le 2 octobre après être entré au consulat saoudien à Istanbul. Mercredi, un journal pro-gouvernemental turc, affirmant s'appuyer sur des enregistrements sonores réalisés à l'intérieur du consulat, a rapporté que le journaliste y avait été torturé avant d'être "décapité" par des agents saoudiens.

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