"Pas d'Asahi ici": les Sud-Coréens boycottent les bières japonaises

Chargement en cours
Une affichette n"Nous ne vendons pas de produits japonais" devant des rayons de canettes de bière dans un supermarché de Séoul, le 17 juillet 2019 en Corée du Sud
Une affichette n"Nous ne vendons pas de produits japonais" devant des rayons de canettes de bière dans un supermarché de Séoul, le 17 juillet 2019 en Corée du Sud
1/2
© AFP, Jung Yeon-je

AFP, publié le vendredi 19 juillet 2019 à 11h56

Courroucés par une brouille commerciale avec Tokyo, les Sud-Coréens, grands amateurs de bière, boycottent les mousses japonaises.

Le Japon vient d'imposer des restrictions sur les exportations en Corée du Sud de produits chimiques essentiels à la fabrication des puces et écrans de smartphones dont se servent les géants technologiques sud-coréens comme Samsung.  

En représailles, les consommateurs sud-coréens tournent le dos à quatre marques de bière japonaise au profit des mousses locales, explique E-Mart, la plus importante chaîne d'hypermarchés du pays.

Les ventes de bières Asahi, Kirin, Sapporo et Suntory ont dégringolé de près de 25% durant les deux premières semaines de juillet, comparé à la seconde moitié du mois de juin.

"C'est une chute soudaine", a déclaré à l'AFP un représentant de la chaîne, ajoutant que les marques coréennes s'étaient envolées dans le même temps d'environ 7%.

Les restrictions mises en oeuvre par Tokyo découlent d'une querelle ancienne sur le travail forcé auquel ont été soumis les Coréens par le colonisateur japonais pendant la Seconde guerre mondiale.

En Corée du Sud, près de 70% des habitants disent nourrir encore de l'animosité envers l'ancien colonisateur. Un homme s'est immolé par le feu vendredi devant l'ambassade du Japon pour manifester "son hostilité".

- "Sacrifice" -

Environ 3.700 propriétaires de commerces ont décidé d'arrêter de commander des produits japonais, selon l'organisme professionnel Korea Mart Association.

"Le Japon, un pays qui ne regrette pas son passé. Ici, nous ne vendons pas de produits japonais", peut-on lire sur une pancarte affichée à l'entrée d'un supermarché de Séoul.

Son propriétaire, Kim Jeung-pil, explique à l'AFP avoir retiré cette semaine de ses rayons bières et cigarettes nippones.

"La bière Asahi a toujours été très populaire chez mes clients", dit-il. "Mais je suis près à faire ce sacrifice pour mon pays".

Tokyo justifie les restrictions par une "perte de confiance" envers Séoul, accusant aussi son voisin d'avoir mal géré les matériaux sensibles importés du Japon.

Mais pour Séoul, Tokyo veut se venger après une série de décisions de la justice sud-coréenne enjoignant à des groupes japonais de dédommager des victimes de travail forcé.

Sur Instagram, une photo largement partagée montre des gens brandir des pancartes sur lesquelles est inscrit: "Je n'irai pas au Japon, je n'achèterai pas de produits japonais". Le "No" anglais, avec le cercle rouge du drapeau japonais en guise de lettre "O", figure sur l'appel au boycottage.

Japan Travel Friend, groupe en ligne de visiteurs sud-coréens au Japon dont le million de membres se partagent des tuyaux, a annoncé fermer pour une durée indéterminée.

La chaîne sud-coréenne de papeterie Kyobo Hottracks signale les stylos de fabrication sud-coréenne par le drapeau sud-coréen et la Mugunghwa, la fleur nationale.

Les ventes de stylos domestiques ont augmenté de 23% dans la semaine qui a suivi l'entrée en vigueur des mesures, les ventes de stylos japonais Jetstream ont reculé de 10%.

- Excuses -

Les blogueuses beauté aussi sont surveillées. Risabae, dont la chaîne vidéo compte plus de deux millions d'abonnés, a dû s'excuser pour avoir présenté un produit de maquillage japonais.

Le Japon et la Corée du Sud sont deux alliés des Etats-Unis, et font face à la politique de plus en plus agressive de la Chine et à la menace que représente depuis longtemps la Corée du Nord.

Mais le président sud-coréen de centre-gauche Moon Jae-in a engagé le dialogue avec Pyongyang et argue que la lutte pour l'indépendance contre le Japon est au coeur de l'identité nationale des deux Corées.

Au Japon, les partisans du gouvernement sont quant à eux plutôt de droite et révisionnistes, déclare Linda Hasunuma, professeure de sciences politiques à l'Université de Bridgeport aux Etats-Unis.

"On a deux gouvernements qui sont prêts à l'escalade pour séduire leur base", dit-elle à l'AFP.

Au Japon, un sondage réalisé auprès d'un millier de personnes par le journal Asahi Shimbun montre que 56% d'entre elles soutiennent les restrictions.

On trouve cependant des Sud-Coréens défavorables au boycottage. 

Jeong Deok-rye, 52 ans, restauratrice à Séoul, souligne avoir retiré les Asahi de sa carte sous la contrainte: "Un client a déclaré que le simple fait de regarder une Asahi le mettait en rogne". 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.