"Pas de tolérance pour le racisme", pour le patron de la Banque centrale américaine

"Pas de tolérance pour le racisme", pour le patron de la Banque centrale américaine
(ARCHIVE) Le président de la Banque centrale américaine, Jerome Powell, le 03 mars 2020 à Washington

AFP, publié le mercredi 10 juin 2020 à 23h28

"Pas de tolérance pour le racisme". Le président de la Banque centrale américaine, Jerome Powell, a exprimé une position sans équivoque jeudi au moment où l'Amérique est secouée par une vague de manifestations pour plus d'égalité et contre le racisme.

"Je parle aussi pour mes collègues quand je dis qu'il n'y a pas de tolérance pour le racisme à la Réserve fédérale et il ne devrait pas y avoir de tolérance pour cela dans notre société", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Cette déclaration est aussi forte qu'inhabituelle pour le patron de la puissante institution financière qui tenait une conférence de presse à l'issue de la publication de nouvelles prévisions pour l'économie américaine.

Généralement, "Jay" Powell se garde de tout commentaire en dehors du cadre strict de ses prérogatives, allant jusqu'à ignorer les critiques acerbes du président Donald Trump.

La mort de George Floyd, un homme noir tué par un policier blanc à Minneapolis, a fait descendre des milliers de personnes dans les rues aux Etats-Unis. 

Au-delà du racisme au sein de la police américaine, cette tragédie a mis en lumière les inégalités sociales et économiques dont est victime la communauté noire.

"Chacun mérite d'avoir l'opportunité de participer pleinement à notre société et à notre économie", a opiné Jerome Powell. 

"Ces principes nous guident dans tout ce que nous faisons", a-t-il assuré, soulignant les efforts de la Fed en faveur de "la diversité" ou "pour assurer un accès équitable au crédit à travers le pays".

Les Etats-Unis, frappés de plein fouet par la pandémie de Covid-19, sont entrés en récession en février.

Et la Fed table sur une contraction du Produit intérieur brut de 6,5% cette année en raison des mesures de confinement ayant entraîné la paralysie de l'économie pour endiguer le coronavirus.

Le taux de chômage devrait s'élever à 9,3% en 2020 alors qu'il était avant la pandémie à 3,5%, son plus bas niveau depuis 50 ans, et jamais le chômage des Noirs et des Hispaniques n'avait été aussi bas.

- Inégalités ancrées -

Mais le retournement de l'économie n'a pas frappé de façon équitable. 

"La pandémie touche tout le monde", a réagi Jerome Powell tout en admettant que son impact économique est bien plus dévastateur pour les populations les plus vulnérables.

"Si vous regardez simplement (les données statistiques), le chômage a augmenté davantage pour les Hispaniques, pour les Afro-américains et les femmes, bien au-delà du pourcentage qu'ils représentent dans la population active", a-t-il commenté.

Le taux de chômage des travailleurs noirs a en effet continué à monter en mai à 16,8% tandis qu'il a reculé à 17,6% pour les latino-américains et 12,4% pour les travailleurs blancs.

Aux Etats-Unis, les inégalités économiques sont profondément ancrées selon la communauté, ce que la Fed a constamment déploré.

Ainsi, le patrimoine moyen des ménages blancs est environ 6,5 fois supérieur à celui des ménages noirs, a-t-elle calculé. 

Dans un scénario optimiste, il faudrait 200 ans pour effacer cette différence. Mais à cause de la pandémie, "la plupart des écarts se creuseront" encore, avait récemment averti Dionissi Aliprantis, économiste à la Fed de Cleveland, dans un entretien à l'AFP.

La Banque centrale s'attend à un rebond en 2021, tablant sur 5% de croissance mais cette amélioration ne devrait pas profiter en priorité à la communauté noire.

Fragilisés en terme d'emplois, les Afro-Américains ont aussi fait les frais de la crise en termes de santé: le nouveau coronavirus les tue deux fois que les américains blancs.

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