Pas de trêve des confiseurs dans le bras de fer commercial entre Etats-Unis et Européens

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Lors de l'inauguration du site de production d'Airbus à Mobile, dans l'Alabama, le 14 septembre 2015
Lors de l'inauguration du site de production d'Airbus à Mobile, dans l'Alabama, le 14 septembre 2015
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AFP, publié le jeudi 31 décembre 2020 à 17h40

Pas de trêve de fin d'année dans le vieux bras de fer commercial transatlantique sur les aides aéronautiques: Washington a décidé de corser les droits de douanes sur des produits européens, s'attirant des réactions consternées d'Airbus, des viticulteurs français et de Bruxelles.

Cette nouvelle offensive, applicable le 12 janvier, vise les produits français et allemands en augmentant de 25% des droits de douanes sur les vins non pétillants, moûts de raisin et cognacs, et de 15% sur les pièces de fuselage, d'empennage et autres pièces aéronautiques - jusque-là épargnées alors que les avions complets étaient déjà taxés à 15% -, selon une liste publiée jeudi par le représentant américain au Commerce (USTR).

Ces taxes, annoncées trois semaines avant la fin du mandat de Donald Trump, s'ajouteront à celles déjà imposées depuis 2019 sur des importations européennes comme le vin, le fromage, l'huile d'olive ou le whisky, ainsi que sur les avions d'Airbus.

"Cette action américaine unilatérale perturbe les négociations en cours entre la Commission et le représentant américain au Commerce pour trouver un règlement dans le long conflit entre les avionneurs (Boeing et Airbus, ndlr)", a réagi la Commission européenne dans un communiqué jeudi.

"L'UE va collaborer avec la nouvelle administration américaine le plus tôt possible pour poursuivre ces négociations et trouver une solution pérenne à cette dispute", ajoute l'exécutif européen.

De leur côté, quatre ministres français, dont celui de l'Economie Bruno Le Maire, ont regretté dans un communiqué commun une décision "inamicale", promettant d'engager "au plus vite les discussions avec la nouvelle administration américaine" pour trouver "une solution pérenne à ce contentieux".   

Ils ont également promis de recevoir les représentants de la filière viticole "la semaine prochaine". 

- filière "sacrifiée" -

"On redoutait l'escalade du conflit, on y est, et ça va durer", a déploré auprès de l'AFP le président de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux français (FEVS), César Giron, estimant que le manque à gagner pourrait dépasser le milliard d'euros pour la filière viticole. 

La filière française des vins et spiritueux est "sacrifiée pour un différend sur l'aéronautique", dénonce la Fédération.

Airbus a regretté "que l'USTR ait décidé d'une escalade de ce conflit en prenant une mesure qui porte également préjudice à l'industrie manufacturière, aux travailleurs et aux consommateurs américains". 

L'avionneur a ajouté être "convaincu que l'Europe réagira de manière appropriée". Airbus fait valoir que les nouvelles taxes pénaliseront en particulier les importations de pièces pour son usine d'assemblage de Mobile, dans l'Alabama.

L'extension des droits de douane s'est ressentie sur les marchés: en clôture, Remy Cointreau perdait 3,97% à 152,30 euros (plus forte baisse du SBF120) et Pernod Ricard 2,06% à 156,80 euros, tandis qu'Airbus cédait 1,61% à 89,78 euros.

Washington avait été autorisé à prendre des représailles douanières par l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Et en octobre, dans une décision miroir, l'institution a également autorisé l'UE à appliquer des droits de douane supplémentaires sur des produits importés des Etats-Unis.

- "Compenser cette injustice" -

Les Etats-Unis estiment que le périmètre choisi par l'UE pour calculer ses taxes punitives conduit à un montant trop élevé prélevé sur des produits américains. 

Airbus et son concurrent américain Boeing, et à travers eux l'Union européenne et les Etats-Unis, s'affrontent depuis octobre 2004 devant l'OMC sur les aides publiques versées aux deux groupes, jugées illégales, dans le conflit commercial le plus long et le plus compliqué traité par le juge de paix des échanges mondiaux.

Les Etats-Unis ont été autorisés en octobre 2019 à imposer des taxes sur près de 7,5 milliards de dollars (6,8 milliards d'euros) de biens et services européens importés chaque année, la sanction la plus lourde jamais imposée par l'OMC.

Washington impose depuis certains produits importés de l'Union européenne à hauteur de 25%, 15% pour les avions (entiers) Airbus. 

En représailles, l'UE impose depuis début novembre des droits de douane sur 4 milliards de dollars d'exportations américaines. Les Boeing sont ainsi taxés à 15%, et certains produits agricoles, agroalimentaires ou manufacturés à 25%.

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