Péages : le Sénat pointe la confortable rentabilité des autoroutes

Péages : le Sénat pointe la confortable rentabilité des autoroutes©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 18 septembre 2020 à 16h35

"Il est impératif de mieux partager les profits des sociétés d'autoroutes avec l'Etat et les usagers et de rééquilibrer les relations entre le concédant et les concessionnaires", estime un rapport du Sénat...

La surrentabilité des autoroutes est dans le viseur du Sénat... Dans un rapport dévoilé ce vendredi, une commission d'enquête sénatorial a examiné "la situation des concessions dont la rentabilité est généralement perçue comme trop favorable". Pour mener à bien leur enquête, les sénateurs ont notamment auditionné plusieurs ministres des Transports, ainsi qu'un Premier ministre, Dominique de Villepin, qui a signé en 2006 le décret qui actait la privatisation des autoroutes.

Le document de plus de 300 pages révèle alors "que la rentabilité actionnaires attendue serait atteinte autour de 2022 (soit 16 ans après la privatisation) pour Vinci autoroutes (ASF et Escota) et pour Eiffage (APRR et AREA)", alors que la durée des concessions doit se terminer au plus tôt en 2031 et au plus tard en 2036.

"Autrement dit la durée de ces concessions serait trop longue d'environ 10 ans", précise Vincent Delahaye, sénateur UDI de l'Essonne et auteur du rapport. Pour le groupe Sanef (Sanef et SAPN), les résultats seraient "en ligne" avec les prévisions, mais pour Cofiroute (filiale de Vinci), "sa rentabilité apparaît particulièrement élevée et devrait être encore confortée sur la période 2020-2034", précise le rapport.

40 milliards d'euros pour les actionnaires

Au-delà de 2022, les dividendes versés atteindraient donc environ 40 milliards d'euros, "dont 32 milliards pour Vinci et Eiffage, à comparer avec les coûts d'acquisition des sociétés". Ces sommes viendront s'ajouter aux 24,3 milliards d'euros de dividendes déjà versés depuis 2006 par les sociétés d'autoroutes historiques.

"La rentabilité attendue par les sociétés d'autoroutes, c'est 8%", indique le rapporteur de la commission à 'franceinfo', soulignant une "rentabilité élevée par rapport à toutes les autres sociétés". "Vous voyez beaucoup d'investissements qui rapportent 8% par an ? C'est quand même assez rare...", a-t-il pointé.

Le passage des autoroutes au secteur privé a fait perdre à l'Etat 6,5 milliards d'euros de recettes potentielles (7,8 milliards d'euros en valeur 2020), selon le rapport, qui rappelle que les contrats de concession n'ont pas été revus lors de la privatisation.

"Il est impératif de mieux partager les profits"

Ainsi, l'Etat s'est trouvé "en position de faiblesse lors des négociations de programmes d'investissement complémentaires" et a dû accepter des taux de rentabilité "trop élevés par rapport aux conditions de marché et donc des allongements de la durée des concessions et des augmentations tarifaires excessives".

"Il est impératif de mieux partager les profits des sociétés d'autoroutes avec l'Etat et les usagers, et de rééquilibrer les relations entre le concédant et les concessionnaires", a estimé le sénateur centriste.

Quelques pistes sont également évoquées dans le rapport. Les sénateurs préconisent avant tout de ne plus prolonger la durée des concessions pour "remettre à plat le système autoroutier" entre 2031 et 2036. Ils souhaitent également l'organisation d'un "sommet des autoroutes" pour réunir sociétés autoroutières, Etat et usagers, afin de discuter du partage des profits.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.