Pétrole : les 100$ en ligne de mire ?

Pétrole : les 100$ en ligne de mire ?©Boursier.com

Boursier.com, publié le vendredi 18 mai 2018 à 05h58

Les cours du pétrole continuent de caracoler, soutenus par une série de facteur favorables à une réduction de l'offre (incertitudes en Iran et au Venezuela, baisse des stocks mondiaux...), tandis que la demande mondiale d'or noir devrait rester solide cette année dans un contexte de croissance économique...

Le cours du pétrole Brent de la Mer du Nord a franchi en séance le seuil des 80$ jeudi pour la première fois depuis novembre 2014, tandis que le WTI américain a dépassé les 72$ le baril. En fin de journée, les gains se sont toutefois un peu réduits : le WTI a fini à 71,49$ (stable) pour le contrat à terme de juin sur le Nyse, tandis que le Brent cotait 79,33$ (+0,05%) pour le contrat à terme de juillet...

Patrick Pouyanné "pas surpris" de voir le Brent à 100$

Alors que le pétrole avait chuté début 2016 autour de 30$ le baril, certains experts envisagent désormais qu'il puisse remonter jusqu'à 100$... Ainsi, le PDG de Total, Patrick Pouyanné, a indiqué qu'il "ne serait pas surpris" de voir un baril de pétrole à 100 dollars "dans les prochains mois". Il s'exprimait lors d'un entretien organisé à Washington par le CSIS (Centre pour les études stratégiques et internationales).

Les cours des deux variétés de pétrole ont flambé de près de 20% depuis le début de l'année, soutenus notamment par l'application, au-delà des attentes, de l'accord de l'Opep et ses alliés (dont la Russie) pour maîtriser leur production. Cette limitation a contribué à éponger progressivement les excédents mondiaux, malgré la hausse de l'extraction de pétrole de schiste aux Etats-Unis.

Par ailleurs, des problèmes de production dans certains pays (Libye, Nigéria et surtout Venezuela...) puis le retrait des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien, confirmé le 8 mai, ont donné un élan supplémentaire à l'or noir.

Réduction des stocks et problèmes de production

Le cabinet d'études spécialisé Energy Aspects envisage aussi que le Brent atteigne le seuil des 100$, en 2019, en raison d'un tassement de la production pétrolière mondiale hors Opep, à l'exception des Etats-Unis, qui devrait continuer d'augmenter sa production de pétrole de schiste.

Parmi les grandes banques, Bank of America-Merrill Lynch a émis récemment l'hypothèse d'un Brent à 100$ en 2019. Dans une étude publiée le 10 mai, la banque d'affaires américaine voit le cours monter à 90$ au deuxième trimestre 2019, à mesure que les stocks mondiaux se réduisent.

Ce scénario tient déjà compte d'une remontée de la production de l'Opep et d'un impact limité du retour des sanctions sur les exportations de l'Iran. En cas de dérive par rapport à ce scénario, il est donc possible que le seuil des 100$ soit à nouveau atteint, soulignent les analystes de la banque.

La production du Venezuela presque divisée par deux en un an

Outre le risque pesant sur les exportations iraniennes, BoA-ML s'inquiète de la baisse brutale de la production du Vénézuela, en proie à une crise politique et économique sans précédent. Ainsi, entre avril 2017 et mars 2018, la production pétrolière vénézuélienne est passée de 2,8 millions de barils par jour à 1,5 million. Sur le seul mois de mars 2018, cette production a plongé de 579.000 barils par jour...

Pour l'instant, Bank of America est la première grande banque à envisager un baril à 100$. Les autres banques de Wall Street sont elles aussi haussières sur les cours du pétrole, mais dans une moindre mesure. Goldman Sachs voit ainsi le Brent atteindre 82,50$ le baril dans les prochains mois, avec une possibilité d'aller encore plus haut, mais la banque prévoit ensuite un fléchissement des cours en 2019.

Hausse des prix des carburants

La hausse des cours du pétrole, si elle fait la joie des entreprises du secteur (+20% pour l'action Total depuis le 1er janvier), pourrait finir par menacer la croissance mondiale et provoquer une accélération de l'inflation. Consciente des dangers, l'Opep a fait savoir qu'elle réunirait ses membres à la fin du mois pour évoquer les risques de pénurie d'offre mondiale de pétrole après le retrait des Etats-Unis de l'accord de 2015 sur le programme nucléaire iranien.

Les premiers effets de la flambée du pétrole sont déjà tangibles pour les automobilistes, qui ont vu les prix des carburants progresser nettement ces derniers mois. Le litre de gazole est ainsi remonté en France au plus haut depuis 2012. Sur un an, la hausse des prix atteint 14% pour le gazole et 7% pour l'essence.

Toutefois, les taxes représentant une grande partie des prix des carburants, cette hausse est davantage liée celle de la fiscalité qu'à la flambée des cours du pétrole brut... La conjonction des deux facteurs intervient toutefois à un mauvais moment pour les consommateurs, d'autant que la fiscalité est programmée pour s'alourdir encore dans les années à venir.

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