Plus riche de Chine: le roi de l'eau minérale sable le champagne

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Le milliardaire chinois Zhong Shanshan en mai 2013 à Pékin
Le milliardaire chinois Zhong Shanshan en mai 2013 à Pékin
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© AFP, STR, CNS

AFP, publié le mercredi 10 mars 2021 à 09h28

Il est devenu d'un coup l'homme le plus riche de Chine: avec une jambe dans l'eau minérale et l'autre dans les tests Covid, Zhong Shanshan pulvérise les marchés boursiers et le classement des fortunes mondiales.

Il est devenu d'un coup l'homme le plus riche de Chine: avec une jambe dans l'eau minérale et l'autre dans les tests Covid, Zhong Shanshan pulvérise les marchés boursiers et le classement des fortunes mondiales.

Le milliardaire, à la réputation bourrue, est d'une discrétion qui contraste avec ses bouteilles à capsule rouge omniprésentes en Chine, où peu de gens se risquent à avaler l'eau du robinet sans la faire bouillir. 

A la tête de la marque Nongfu Spring, le grand patron qui fête cette année ses 67 ans détient plus d'un quart du marché national de l'eau en bouteille.

L'homme pèse désormais 85 milliards de dollars (71 milliards d'euros), selon le classement Hurun des plus grandes fortunes chinoises, publié la semaine dernière. Le voilà devenu à la fois l'homme le plus riche de Chine et d'Asie, avec la septième place mondiale du classement.

Coup sur coup, Zhong Shanshan (prononcer Djongue Chêne-chêne) a placé l'an dernier à la Bourse de Hong Kong son eau minérale, et à Shanghai son laboratoire Wantai Biological Pharmacy Enterprise, qui a judicieusement investi dans un créneau porteur: les tests de dépistage du Covid-19.

Fort de ces opérations financières, son ascension est l'une des accumulations de richesse les plus rapides de l'histoire, selon l'agence financière Bloomberg. 

- Ancien maçon -

Pas mal pour quelqu'un qui, comme des millions de ses compatriotes, a quitté l'école à l'âge de 12 ans, pendant le chaos de la "Révolution culturelle" maoïste.

Zhong Shanshan a dû travailler, comme maçon, menuisier et... reporter, d'après les médias chinois.

En 1996, il fonde Nongfu Spring, dont il détient toujours 84%, selon le cabinet Mintel. La marque s'est diversifiée dans les boissons sucrées, notamment les thés en bouteille. 

Les médias chinois l'ont surnommé "le loup solitaire" pour ses rares apparitions publiques et son allergie aux interviews -- ce qui ne manque pas de sel pour un ancien journaliste.

M. Zhong est l'anti-Jack Ma, l'excentrique fondateur du groupe de commerce en ligne Alibaba, qui a longtemps détenu la couronne d'homme le plus riche du pays et n'hésitait pas à monter sur scène pour un show à la Michael Jackson.

Si les deux entreprises ont leur siège à Hangzhou, dans la région de Shanghai, Zhong Shanshan évite les rencontres avec les milieux d'affaires de la ville, selon les déclarations d'un entrepreneur local au China Economic Weekly. 

"Je n'aime pas le contact avec les gens ni les banquets où l'on boit" autre chose que de l'eau, avouait Zhong Shanshan lors d'un rare entretien à la presse chinoise. "Je n'ai pas l'habitude de flatter les autres."

Lors d'une conférence, l'homme tenait parole. "Il est monté à la tribune pour prononcer un discours. Il a offensé tout le monde dès qu'il a commencé à ouvrir la bouche", racontait un de ses anciens partenaires dans la presse. 

- Capitalistes sous surveillance -

Trois ans après avoir créé Nongfu, l'homme d'affaires fondait un groupe médical, Yangshengtang, dont Wantai est la filiale biopharmaceutique.

Vingt ans plus tard, Zhong Shanshan en reste le plus gros actionnaire.

Ses tests anti-Covid, qui donnent un résultat en 75 minutes, d'après le site de l'entreprise, se sont vendus à plus de 10 millions d'exemplaires.

Le laboratoire travaille aussi à la mise au point d'un vaccin anti-Covid qui s'administrerait par pulvérisation nasale.

D'après les registres commerciaux chinois, Zhong Shanshan est présent dans plus d'une centaine d'entreprises, soit en capital, soit sous forme d'un siège au conseil d'administration.

Mais comme les autres capitalistes du pays, il doit suivre une étroite ligne de crête entre réussite commerciale et déférence nécessaire envers le régime du président Xi Jinping.

"Le Parti communiste chinois souhaite que les entreprises chinoises grandissent et s'internationalisent, mais il veut aussi les maintenir sous contrôle", explique à l'AFP Yun Jiang, directrice du China Policy Centre, un centre de recherche australien.

Jack Ma l'a appris à ses dépens l'an dernier en se retrouvant contraint d'abandonner une introduction en Bourse géante peu après avoir publiquement critiqué la régulation financière du pays.

Nul ne peut échapper "à la surveillance politique" du pouvoir, relève Mme Jiang. Surtout lorsque l'on est la plus grande fortune de Chine...

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