Pour défendre ses voitures, Merkel "prête" à une baisse générale des taxes

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La chancelière allemande, Angela Merkel - ici le 5 juillet 2018 à Berlin - s'est dite "prête" à envisager une baisse généralisée des taxes sur l'automobile afin de désamorcer le conflit commercial entre l'UE et Etats-Unis
La chancelière allemande, Angela Merkel - ici le 5 juillet 2018 à Berlin - s'est dite "prête" à envisager une baisse généralisée des taxes sur l'automobile afin de désamorcer le conflit commercial entre l'UE et ...
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© AFP, Omer MESSINGER

AFP, publié le jeudi 05 juillet 2018 à 17h34

Angela Merkel s'est dite "prête" jeudi à négocier une baisse généralisée des taxes sur l'automobile, répondant à une proposition faite par Washington aux constructeurs allemands et ouvrant un nouveau scénario pour sortir du conflit commercial.

"C'est une option que je peux imaginer", a déclaré la chancelière allemande, à condition de trouver "une position européenne commune" et d'impliquer "tous les pays avec lesquels nous commercialisons des voitures".

Surprenante, cette déclaration s'écarte à première vue des négociations commerciales officielles avec les Etats-Unis, censées être réservées à la Commission européenne, dont le président, Jean-Claude Juncker, se rendra avant la fin du mois à Washington.

Elle intervient par ailleurs dans un contexte épineux, puisque les Etats-Unis et la Chine s'apprêtent à durcir leur bras de fer commercial vendredi, avec l'entrée en vigueur de taxes réciproques sur des dizaines de milliards de dollars de marchandises.

La déclaration de Mme Merkel part d'une initiative américaine: mercredi soir, l'ambassadeur des Etats-Unis à Berlin, Richard Grenell, a ouvert un canal inhabituel en conviant directement les patrons des trois constructeurs allemands Volkswagen, Daimler et BMW, ainsi que de l'équipementier Continental.

A ce secteur clé, qui emploie 800.000 personnes en Allemagne, M. Grenell a offert un accord: si Bruxelles et Washington ouvrent la discussion sur l'abandon de leurs taxes actuelles sur l'automobile, alors les Etats-Unis renonceront à relever à 20% leurs droits de douane sur les voitures européennes.

"C'est du poker", commente auprès de l'AFP Ferdinand Dudenhöffer, analyste du Center Automotive Research, pour qui la présidence américaine s'affranchit délibérément de la diplomatie traditionnelle pour s'offrir "un maximum de publicité".

Dès jeudi matin, le patron de la chambre commerciale et d'industrie allemande DIHK, Martin Wansleben, a applaudi l'offre de Washington en estimant qu'il valait "mieux discuter d'une baisse des taxes plutôt que poursuivre l'escalade".

- Berlin en première ligne -

"C'est ce qu'on défend depuis trois ans et demi", a renchéri la fédération automobile VDA, qui milite pour lever les obstacles "tarifaires et non-tarifaires", notamment les normes environnementales ou sécuritaires, au commerce des voitures.

L'Union européenne impose actuellement 10% de droits de douane aux véhicules importés des Etats-Unis - y compris ceux fabriqués par des constructeurs européens - tandis que les Etats-Unis taxent à 2,5% les importations de voitures et à 25% celles des camionnettes et pick-up.

Aucun constructeur allemand n'a officiellement commenté la proposition américaine, mais elle ressemble beaucoup à celle formulée la semaine dernière par BMW dans une lettre au Secrétaire américain au Commerce.

"Lever à la fois les taxes américaines et européennes sur l'automobile est entièrement dans l'intérêt des constructeurs allemands et leur permettrait d'économiser 1 milliard d'euros par an", écrivait le groupe munichois, promettant des "économies semblables pour les constructeurs américains".

A l'inverse, calculait fin mai l'institut économique Ifo, une augmentation des taxes américaines sur les voitures coûterait 5 milliards d'euros à l'Allemagne, soit 0,16 point de PIB, plaçant ce pays en première ligne des menaces de Washington sur l'automobile.

Soucieuse de défendre son industrie sans rompre l'unité que les Européens s'efforcent d'afficher, Mme Merkel a balayé jeudi toute solution négociée directement avec les Etats-Unis.

Non seulement "nous devons trouver un accord européen" sur le sujet, mais il faut aussi "assurer l'égalité de traitement de tous les partenaires commerciaux", a insisté Mme Merkel, renvoyant aux règles de l'Organisation mondiale du commerce.

La Commission européenne s'est de son côté gardée de tout commentaire sur les offres qui seront présentées par M. Juncker à Washington.

Selon une source européenne, la commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, a néanmoins "mentionné parmi les options à l'étude un accord plurilatéral en matière d'automobile", lors d'une rencontre mercredi avec les ambassadeurs des Etats-membres.

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