Pour le Brexit, "on sera prêt" mais attention à la suite, prévient Bertrand

Pour le Brexit, "on sera prêt" mais attention à la suite, prévient Bertrand
Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France (c) le 20 février 2019 visite l'usine d'Ascoval à Saint-Saulve

AFP, publié le mercredi 20 février 2019 à 16h27

Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France, assure dans un entretien à l'AFP que, face au Brexit -accord négocié ou Brexit dur-, "on sera prêt" mais il trouve "complètement dingue" que Royaume-Uni et Union européenne n'aient pas anticipé leur "relation future". 

QUESTION: Le Royaume-Uni doit quitter l'UE dans un peu plus d'un mois. Ce couperet du 29 mars vous inquiète-t-il ?

REPONSE: "En ce qui nous concerne, sur les ports et sur le tunnel, on sera prêt. On a vraiment anticipé depuis longtemps. Par contre, il y a une chose qui m'inquiète, c'est que l'Europe et le Royaume-Uni n'ont pas imaginé ce que serait (leur) relation future. Nous, les Hauts-de-France, on est l'Europe la plus proche du Royaume-Uni. Parce qu'il y a une chose qui ne changera jamais, c'est la géographie: 27 km entre Douvres et Calais ! Autant je vois qu'il peut y avoir des opportunités pour le développement des Hauts-de-France, autant je trouve complètement dingue qu'on n'ait pas anticipé cette nouvelle relation et qu'on se soit focalisé uniquement sur les conditions du divorce. Parce que le Royaume-Uni, ce n'est pas une nation comme les autres (...) Ce n'est pas non plus une île qui va partir à la dérive sous protectorat américain"  

Q: Il y a quelques mois vous étiez très alarmiste en évoquant des kilomètres de bouchons dus aux contrôles douaniers des camions. Pourquoi êtes-vous plus optimiste aujourd'hui ?

R: "Peut-être que d'avoir tiré le signal d'alarme, ça a réveillé tout le monde (...) Et c'est vrai qu'à Paris, une partie du gouvernement s'est réveillée. Je ne suis pas très objectif parce que c'est mon ami, mais je dois reconnaître que le ministre en charge des douanes (Gérald Darmanin) a fait ce qu'il fallait. Ils ont lancé les recrutements très vite sur les douaniers. On sait combien il y en aura et ils seront au rendez-vous (...) Les contrôles douaniers ne se feront pas au dernier moment. Ca va être dématérialisé sur une plateforme et tout ce travail-là a aussi été anticipé. Les transporteurs n'ayant pas fait les démarches en amont n'arriveront pas jusqu'au port ou au tunnel et ne vont pas nous bloquer à ces endroits-là. Il faudra encore un peu de temps sur certains points, notamment les contrôles sanitaires. Là, je demande à l'Europe et au gouvernement français: pas trop de juridisme, beaucoup de pragmatisme!"

Q: Avez-vous eu des engagements en ce sens ?

R: "Oui, du Premier ministre, qui m'a dit +ok pour le pragmatisme+ (...) Le bon sens, il n'est pas toujours présent à Paris et dans les hautes sphères bruxelloises, et moi je veux qu'on l'impose (...) Tant que les normes sanitaires sont les mêmes, pourquoi on va tout changer? (...) Le jour où les Britanniques ne contrôleraient plus des denrées arrivant d'autres continents -moi, je n'ai pas envie de manger du poulet chloré-, là, il faudrait tout changer"

Q : Concrètement, pour les commerces du littoral qui ont peur, les entreprises britanniques ou à capital majoritairement britannique, que va-t-il se passer ?

R: "Sur le tourisme, depuis l'évacuation de la +Jungle+ de Calais, les Britanniques sont revenus. Et c'est aussi pour ça qu'en termes de visas, on ne va pas leur imposer un changement complet: ça devient des extra-communautaires, pas des extra-terrestres! (...) Ce que nous (disons) aux Britanniques, c'est si demain, vous voulez bouger, l'Europe la plus proche, c'est effectivement les Hauts-de-France. Mais il ne s'agit pas d'aller les débaucher ! (...) Il faut plutôt adopter une stratégie +win-win+. S'ils veulent  bouger, c'est chez nous qu'il y aura certainement les conditions les plus faciles (avec) la proximité de Calais. Je souhaite qu'au débouché du tunnel sous la Manche, il y ait la zone franche pour les nouvelles installations, les nouveaux investissements, pas des délocalisations !"

Q: Le gouvernement vous a dit banco sur cette zone franche ?

R: "Le président de la République m'a dit oui (...) L'autre (atout), c'est sur Lille: on a une sorte de hub naturel entre St Pancras et Lille, 1h20 seulement, un prix de l'immobilier à Lille qui n'a rien à voir avec Londres et on met les bouchées doubles pour avoir, dès la rentrée (...) une école internationale, européenne, où nous pourrons accueillir les enfants de ceux qui voudront s'installer. Encore une fois, on ne met pas le couteau sous la gorge, on ne cherche pas à profiter de la situation mais on sait que si certains veulent rester européens, le plus simple sera de le faire à partir des Hauts-de-France"

Q: On ne parle du Brexit qu'en terme de danger. En quoi pourrait-il finalement avoir un impact positif ?

R: "Il y aura de nouvelles implantations sur le reste du continent européen parce qu'une partie des entreprises britanniques devront forcément rester en Europe pour ne pas avoir de freins, de droits douaniers ou d'entrée. Nous essayons de montrer, avec la stratégie "win-win", qu'on peut faire du business ensemble et nous aussi investir là-bas".

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