Pourquoi le FMI voit encore des nuages s'accumuler sur la croissance mondiale

Pourquoi le FMI voit encore des nuages s'accumuler sur la croissance mondiale©Boursier.com

Boursier.com, publié le mercredi 10 avril 2019 à 07h26

Le FMI a revu en baisse ses prévisions de croissance pour 2019. Il ne table plus que sur 3,3% de croissance dans le monde. L'Europe est plus touchée que les Etats-Unis par le ralentissement, tandis que la Chine devrait se stabiliser...

Le FMI a une nouvelle fois révisé à la baisse ses prévisions pour la croissance mondiale face à l'accumulation de risques adverses sur la conjoncture mondiale...

Le fonds monétaire international cite ainsi les tensions commerciales, l'essoufflement de la croissance en Chine, le stress financier au sein de grandes économies émergentes telles que l'Argentine et la Turquie, ou encore le gros trou d'air de l'industrie automobile en Allemagne... En outre, le FMI met en outre en garde contre les risques d'un "Brexit dur" pour le Royaume-Uni mais aussi pour l'Union européenne...

Le commerce mondial au ralenti

Le fonds monétaire international n'attend ainsi plus que 3,3% de croissance cette année dans le monde, contre 3,5% en janvier, 3,7% en octobre 2018 et 3,9% au printemps 2018 !

Cette année, la croissance devrait ralentir pour 70% de l'économie mondiale, résume le FMI sur son compte Twitter. Le PIB mondial devrait ensuite rebondir en 2020, pour retrouver son rythme de 3,6% (prévision inchangée) qui avait prévalu en 2018 (après un pic de 4% en 2017).

De son côté, l'OCDE (qui a aussi revu en baisse ses prévisions, début mars) s'attend elle aussi à une croissance globale de 3,3% en 2019, avant une reprise plus modeste, de 3,4%, en 2020.

Selon le FMI, le commerce mondial devrait nettement ralentir cette année, sur fond de guerre commerciale entre les Etats-Unis, la Chine et l'Union Européenne, selon le FMI. La progression en volume se limiterait à 3,4% cette année, soit 0,6 point de moins qu'attendu précédemment (4%).

Les Etats-Unis restent plus dynamiques que l'Europe

Les Etats-Unis verraient leur croissance ralentir à 2,3% cette année, soit 0,2 point de moins que prévu en janvier, après 2,9% en 2018. La consommation restera solide mais l'investissement des entreprises sera moins dynamique. La prévision du FMI est en outre un peu supérieure à celle de la Fed, la Banque centrale américaine, qui mise sur seulement 2,1% cette année.

Le FMI se félicite au passage de l'approche "patiente" de la Réserve fédérale, qui a décidé de faire une pause sur les hausses de taux d'intérêt "vu les incertitudes et l'inflation contenue". Le FMI estime toutefois qu'il sera "probablement nécessaire" que la Fed remonte une fois ses taux au second semestre en raison de la vigueur du marché du travail qui devrait pousser les salaires à la hausse...

L'Allemagne au ralenti, la France surmonte la crise des Gilets jaunes

La zone euro devrait en revanche croître de seulement 1,3% cette année (contre 1,6% prévu en janvier), après 1,8% l'an dernier, plombée par l'Allemagne (seulement +0,8% contre 1,3% prévu en janvier) et l'Italie (+0,1% contre +0,6% en janvier).

Outre-Rhin, les "facteurs temporaires" qui avaient secoué l'industrie allemande fin 2018 s'avèrent plus durables que prévu en raison de la faiblesse de la demande étrangère, constate l'institution. L'Italie, qui est entrée en récession technique fin 2018 après deux trimestres consécutifs de recul de son PIB, devrait continuer de souffrir d'une demande intérieure déprimée et d'une dette publique record.

Quant à la France, elle devrait connaître une croissance supérieure à la moyenne de la zone euro, à +1,5% cette année (contre 1,7% prévu en janvier), en tablant sur l'essoufflement du mouvement social des "gilets jaunes" qui avait perturbé l'économie fin 2018.

Du mieux à attendre au second semestre, sauf si...

Aucune dégradation supplémentaire n'est en revanche attendue en Chine, dont le PIB devrait croître de 6,3% cette année (contre +6,2% prévus en janvier), après une hausse de 6,6% en 2018.

La croissance mondiale devrait ainsi repartir de l'avant au second semestre 2019 à la faveur du programme de relance de l'économie chinoise, d'un regain de confiance des marchés financiers déjà perceptible et d'une stabilisation graduelle de pays émergents en crise comme l'Argentine et la Turquie. La pause de la Fed dans ses hausses de taux et l'optimisme croissant sur un accord commercial entre les Etats-Unis et la Chine jouent aussi en faveur d'un rebond.

Cependant, le FMI estime que l'économie mondiale se trouve dans un "moment délicat", où de nombreux risques pourraient faire dérailler ce scénario de reprise, à commencer par une nouvelle escalade des tensions commerciales, une brusque dégradation du sentiment des marchés financiers, une crise en Italie, où la dette atteint 130% du PIB ou encore un Brexit sans accord.

Avec ou sans accord, le Brexit pèsera sur l'économie britannique et européenne

En cas de Brexit sans accord, l'institution prédit un "recul du PIB du Royaume-Uni de 1,4%" lors de la première année suivant le "no deal", puis de 0,8% l'année suivante, sans plus de détails.
L'Union européenne ne sera pas épargnée par les répercussions de cette onde de choc et verrait son PIB perdre 0,2% puis 0,1%. Le FMI ajoute que l'impact total d'un "hard Brexit" sur le PIB britannique sera de 3,5% d'ici à 2021, et de 0,5% pour l'UE.

Même en cas d'accord sur le Brexit (le scénario principal du FMI) la croissance du Royaume-Uni serait limitée à 1,2% cette année (contre 1,5% prévu en janvier), avant un léger rebond de 1,4% en 2020 (contre 1,6%).

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