Powell laisse la porte ouverte à une baisse des taux vu les incertitudes économiques

Powell laisse la porte ouverte à une baisse des taux vu les incertitudes économiques
Le président de la Banque centrale américaine Jerome Powell lors d'une conférence de presse à Washington, le 19 juin 2019

AFP, publié le mercredi 10 juillet 2019 à 17h46

Le président de la Banque centrale américaine (Fed) Jerome Powell a laissé la porte ouverte mercredi à une prochaine baisse des taux d'intérêt en dressant un tableau mitigé de l'économie américaine, soumise à des risques persistants.

Devant le Congrès, M. Powell, qui est sous la pression des marchés et de la Maison Blanche pour baisser les taux d'intérêt, a pointé "les inquiétudes sur la faiblesse de la croissance mondiale" et "les incertitudes autour des tensions commerciales" qui peuvent "avoir un impact sur l'économie américaine".

Il a en outre dévoilé que "beaucoup" de membres du Comité monétaire s'étaient "montrés disposés" à considérer "une politique monétaire un peu plus accommodante" lors de la dernière réunion du 19 juin où la Fed avait laissé les taux inchangés.

Un membre du Comité avait même voté contre la décision de maintenir les taux en l'état, signant la première opposition depuis que M. Powell préside l'instance collégiale qui décide de la politique monétaire.

La Bourse de Wall Street a réagi en démarrant en hausse mercredi. 

L'indice S&P 500 a dépassé en séance la barre symbolique des 3.000 points pour la première fois de son histoire.

Les actifs boursiers ont tendance à grimper quand une baisse des taux est envisagée, les actions devenant plus rémunératrices que les obligations.

- Critiques -

Le dirigeant et la Banque centrale sont sous le feu de critiques constantes de la part du président Donald Trump qui dans ses tweets réclame une baisse des taux et affirme que la Fed "ne sait pas ce qu'elle fait".

Pour le bouillant président, qui brigue sa réélection en 2020, sans les hausses des taux de la Fed intervenues à la fin de l'année, les indices boursiers seraient beaucoup plus élevés et la croissance pourrait atteindre "4%, voire 5%", une envolée contestée par de nombreux économistes.

Le conseiller économique en chef de la Maison Blanche Larry Kudlow a assuré mardi que le mandat de Jerome Powell à la tête de la Banque centrale n'était pas menacé, démentant les informations de presse évoquant la volonté du président de le rétrograder.

Interrogé par la commission des finances de la Chambre des représentants sur un éventuel coup de téléphone du président qui sommerait le patron de la Fed de s'écarter, M. Powell a assuré qu'il ne partirait pas et resterait en poste jusqu'à la fin de son mandat. 

"Si vous receviez un coup de fil du président aujourd'hui vous disant qu'il vous renvoie, que vous devez partir, que feriez-vous?", lui a demandé Maxine Waters, la présidente de cette Commission.

"Je ne le ferais pas. Ma réponse serait non", a répondu à voix basse M. Powell. "Je ne vous entends pas!", a tempêté Mme Waters. "Vous n'emballeriez pas vos affaires pour partir ?". "Non, Madame", a alors répondu d'une voix plus forte le patron de la Fed.

La loi "me donne clairement un mandat de quatre ans et j'entends le remplir" jusqu'à son terme, a-t-il ajouté.

M. Powell a été nommé par Donald Trump lui-même, en février 2018. Le calendrier professionnel du patron de la Fed publié pour le mois de mai montre qu'il a eu une conversation téléphonique de 5 minutes avec l'hôte de la Maison Blanche le 20 mai.

Sur le front monétaire, tout en semblant identifier les risques d'un ralentissement qui pourrait justifier une baisse des taux d'intérêt par mesure de précaution, Jerome Powell s'est gardé de s'engager plus précisément sur une date. 

Le prochain rendez-vous du Comité monétaire (FOMC) est le 31 juillet et la plupart des acteurs financiers misent sur une baisse des taux.

Mais M. Powell a aussi décrit une économie demeurant robuste, ce qui ne plaide pas pour un repli du coût du crédit.

"Notre scénario de base est que la croissance économique va rester solide, le marché du travail dynamique et que l'inflation va remonter autour de la cible de 2%", a-t-il expliqué. 

Au premier trimestre, la croissance a affiché 3,1% en rythme annuel et le chiffre clé de la première estimation de l'activité du deuxième trimestre doit être publiée le 26 juillet. 

De plus, le patron de la Fed a relevé le dynamisme de la consommation, traditionnel moteur de l'économie américaine.

A contrario, les investissements des entreprises ont ralenti, ce "qui reflète peut-être les inquiétudes autour des tensions commerciales et d'une plus lente croissance mondiale", a-t-il commenté. 

Enfin, l'inflation reste atone. M. Powell estime même qu'il y a "un risque que la faible inflation soit encore plus persistante que ce que l'on croyait". L'inflation a marqué le pas en mai à 1,5%, loin des 2% que la Fed estime sains pour l'économie.

Traditionnellement, la Fed abaisse ses taux lorsque l'inflation est trop lente, afin de doper l'activité et les prix, en rendant le crédit meilleur marché, et les relève pour juguler l'inflation et empêcher une surchauffe. 

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