Projet phare d'ADP, le futur Terminal 4 de Paris-Charles de Gaulle inquiète

Projet phare d'ADP, le futur Terminal 4 de Paris-Charles de Gaulle inquiète
Vue aérienne de l'aérport Charles-de-Gaulle, le 5 avril 2019 à Roissy

AFP, publié le mercredi 10 avril 2019 à 18h09

Méga-projet d'Aéroports de Paris, le futur Terminal 4 de Roissy-Charles de Gaulle prévu pour 2037 et d'une capacité équivalente à celle d'Orly, provoque déjà des remous, les habitants craignant pollutions sonores et environnementales. 

L'objectif de ce nouveau terminal, dont les travaux doivent débuter au premier semestre 2021, vise "à répondre à la croissance" du nombre de passagers et "à maintenir l'attractivité du site dans un contexte de concurrence internationale", selon le PDG d'ADP Augustin de Romanet.

L'aéroport de Roissy, deuxième aéroport d'Europe derrière Heathrow avec 72,2 millions de passagers l'an dernier, devrait avoir franchi dans vingt ans le seuil des 100 millions de passagers, estime l'organisation des aéroports ACI Europe.

Le Terminal 4 sera doté d'une capacité de 40 millions de passagers. Il pourrait représenter "50.000 emplois directs" et "le chantier pourrait mobiliser 4.500 à 5.500 emplois par an", avance ADP.

Le groupe aborde ce projet d'infrastructures, dont le coût est estimé à entre 7 et 9 milliards d'euros, en jouant la carte du dialogue avec les Franciliens dans un contexte où ce type de projet a pu connaître ces dernières années de virulentes oppositions ailleurs en France.

L'idée d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) a ainsi été abandonné en janvier 2018 après des années de bras-de-fer entre l'Etat, les élus locaux et les riverains, et se pose désormais la question épineuse de l'agrandissement de l'aéroport de Nantes-Atlantique.

"Un aéroport ne peut se construire contre son territoire", assure François Charritat, directeur des relations territoriales du groupe.

Même s'il n'est pas tenu de le faire puisqu'il construit le T4 sur son propre terrain, ADP mène jusqu'au 12 mai une concertation publique sur sept départements (Seine-et-Marne, Yvelines, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Val-d'Oise, Oise et Paris).

Les salariés, riverains, usagers de la plateforme aéroportuaire sont invités à participer à réunions et cafés participatifs ou s'exprimer en ligne (terminal4-cdg.groupeadp.fr). 

Et déjà, les critiques fusent. 

"Les décideurs ne vivent pas ce qu'ils nous imposent, à nous les +survolés+. Ceux qui vivent dans la vallée de Montmorency vont subir 40% d'augmentation des vols", se désole ainsi une riveraine lors d'une réunion houleuse à Eaubonne (Val-d'Oise), où le représentant d'ADP a été copieusement sifflé.

- "Terminator 4" -

"A l'heure de l'urgence climatique, c'est complètement aberrant de doubler le trafic", juge un médecin du Val-d'Oise. "Je ne suis pas venu vivre près de la forêt pour me faire polluer. Nous ne voulons pas d'un +Terminator 4+", complète un autre.

En 2018, 1.340 avions ont décollé et atterri chaque jour à Roissy. Ce chiffre devrait connaître une hausse de 32 à 41% en 2037, selon ADP.

Si bien qu'avec le nouveau terminal, l'indicateur d'énergie sonore (IGMP) va augmenter de 66,7 à 75 pour un seuil réglementaire fixé à 100, d'après l'Autorité environnementale (AE).

Dans le périmètre de l'aéroport de Roissy, 127 communes (dont 69 dans le Val-d'Oise, 47 en Seine-et-Marne et 7 en Seine-Saint-Denis) sont concernées par les nuisances sonores. 

En France, les riverains des pistes d'aéroport sont ceux qui perdent le plus de mois de vie en bonne santé, en moyenne deux ans et demi, selon une étude 2019 de l'observatoire Bruitparif.

S'ajoutent les émissions de gaz à effet de serre qui vont augmenter de 12% à l'horizon 2037 sur la zone aéroportuaire, d'après les estimations d'ADP, "incompatibles avec l'objectif de la COP21", dénonce Roissy Environnement, un collectif d'associations.

L'argument de la création d'emplois est aussi balayé par les détracteurs.

Pour Françoise Brochot, présidente de l'ADVOCNAR (Association de défense contre les nuisances aériennes), "il n'y aura pas de miracle de l'emploi" car "l'automatisation des compagnies aériennes fait économiser des emplois". 

Et "c'est une population paupérisée qui vit près des aéroports, ceux qui ont les moyens partent. Ils n'ont pas de qualification, ne parlent pas anglais", souligne Mme Brochot. 

Particulièrement touchés par les nuisances sonores, des élus du Val-d'Oise et des associations vont lancer une pétition le 15 avril pour "réclamer la fin des vols de nuit à Roissy comme à Francfort ou Orly". Une sorte de "compensation" au futur Terminal 4, espère le maire de Gonesse Jean-Pierre Blazy, également président de l'association d'élus Ville et Aéroport. 

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