Réforme de l'assurance chômage: les syndicats unis sur le fond, divisés sur la forme

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Des drapeaux syndicaux sont accrochés aux grilles de la préfecture d'Ajaccio le 9 mai 2019 à l'occasion d'une manifestation contre la réforme de la fonction publique
Des drapeaux syndicaux sont accrochés aux grilles de la préfecture d'Ajaccio le 9 mai 2019 à l'occasion d'une manifestation contre la réforme de la fonction publique
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© AFP, PASCAL POCHARD-CASABIANCA

AFP, publié le lundi 24 juin 2019 à 18h10

Collectivement "en colère" contre la réforme de l'assurance chômage, les syndicats refusent pour autant de s'unir pour peser face à l'exécutif, même si, bousculés par le mouvement des "gilets jaunes", certains appellent à une stratégie unitaire.

Dès l'annonce, le 19 juin, de la réforme qui durcit notamment les règles d'indemnisation des chômeurs et pourrait impacter 6 à 700.000 personnes, Yves Veyrier, numéro un de FO, a plaidé pour "une réaction coordonnée" entre les cinq confédérations nationales, puisqu'on est tous les cinq en colère".

Il a appelé à "une action qui ne soit pas simplement pour le symbole". Mais le secrétaire général de la troisième confédération française n'a pas été entendu.

Mardi, la CFDT, la CFE-CGC, la CFTC, l'Unsa et l'organisation de jeunesse Fage se rassembleront devant le ministère du Travail. Seront présents Laurent Berger (CFDT), Philippe Louis (CFTC), François Hommeril (CFE-CGC) et Laurent Escure (Unsa).

Mais pas Philippe Martinez, de la CGT. Son organisation appelle mercredi à un rassemblement devant le siège de l'Unédic et à des actions un peu partout en France, notamment devant les agences Pôle emploi. Une date fixée de longue date. 

"Nous avons proposé à la CFDT de manifester avec nous. Ils n'ont pas voulu. Nous le regrettons", a dit à l'AFP Catherine Perret, dirigeante de la confédération. Elle assure que la CFDT, elle, ne les a pas invités au rassemblement de mardi.

Force ouvrière ne participera à aucun des rassemblements, pas plus que Solidaires.

"Sur l'assurance chômage, il n'y a pas l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette entre la CGT et la CFDT. Mais ça donne deux rassemblements", se désole Eric Beynel, porte-parole de Solidaires.

"On aurait pu s'unir", reconnaît Philippe Louis, le président de la CFTC, "très fâché contre la réforme qui va taper sur les précaires". Les syndicats sont particulièrement critiques du durcissement de quatre à six mois de travail pour l'ouverture des droits. 

Rejoignant la CGT, il considère que cette réforme va à l'encontre du discours tenu à Genève par Emmanuel Macron à l'occasion du centenaire de l'Organisation internationale du travail, le 11 juin, où le président a dénoncé les dérives d'un "capitalisme devenu fou".

- "Convergence des luttes" -

"Mais on ne veut pas de convergence des luttes: la CGT est contre toutes les réformes, pas nous. Nous sommes pour la réforme des retraites, pas eux. Nous étions aussi prêts à faire une réforme de l'assurance chômage", explique-t-il.

Une position que ne partage pas François Hommeril. "Chacun a sa culture et sa façon d'agir, mais on peut travailler à une convergence des luttes", estime le président de la CFE-CGC, la centrale des cadres. Mi-juin, elle a d'ailleurs lancé une pétition avec la CGT cadres contre la dégressivité des allocations pour les chômeurs qui avaient un revenu de travail supérieur à 4.500 euros.

Les numéros uns sont "en train de travailler à une mobilisation commune. On se téléphone, on se voit. En deux jours, j'ai rarement eu autant de contacts avec les numéros uns", sourit le dirigeant syndical.

Optimiste, il voit dans le rassemblement "symbolique" de mardi un "point de départ" à d'autres formes d'action "nouvelles". "Ce sera de notre responsabilité si on n'y arrive pas. Les +gilets jaunes" ont créé une réalité que nous ne pouvons pas ignorer", dit-il.

Solidaires a envoyé mardi une lettre à toutes les organisations syndicales pour les inviter à "échanger". Et "dépasser les divisions" qui "n'incitent pas le gouvernement à ralentir ou changer de pied", souligne M. Beynel. "Nous devons nous poser une question: est-ce que les divisions profitent au monde du travail?", ajoute-t-il.

"Il faut analyser ce qu'on a pu faire au cours des deux dernières années et arrêter une stratégie commune", invite Eric Beynel. Lui aussi a les "gilets jaunes" en tête: "si on continue dans la division, il y aura encore des mouvements à côté des syndicats".

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