Réguler internet est "inévitable", juge Emmanuel Macron

Réguler internet est "inévitable", juge Emmanuel Macron©Boursier.com

Boursier.com, publié le lundi 12 novembre 2018 à 20h50

Emmanuel Macron a invité lundi la communauté internationale, les Etats comme les entreprises privées, à réguler davantage Internet pour garantir la survie du réseau.

S'exprimant à l'ouverture du Forum sur la gouvernance de l'Internet (Internet governance forum) des Nations unies, réuni à Paris, le président français a estimé qu'"il y aura inévitablement à l'avenir davantage de régulation" d'Internet.

Le modèle californien versus le modèle chinois

Il a souligné que "la liste des pathologies (du réseau internet) s'allonge de jour en jour", au point qu'il "commence aussi à être décrit par certains comme une menace pour nos sociétés démocratiques".

"On voit deux types d'internet, l'internet californien et l'internet chinois" a noté le chef de l'exécutif. "L'un tiré par des acteurs privés, dominants mondiaux, qui ne sont pas démocratiquement élus, c'est le système de l'autogestion. De l'autre côté l'internet à la chinoise, avec un gouvernement qui contrôle", un système "hégémonique" dans lequel "nous n'avons pas le même lien avec les libertés individuelles".

Un "Appel de Paris" en faveur d'un code international de bonne conduite

Emmanuel Macron a défendu l'"Appel de Paris pour la confiance et la sécurité du cyberespace", qui vise à relancer des discussions sur un code international de bonne conduite sur Internet. Celles-ci sont au point mort depuis 2017, lorsqu'un groupe d'experts mis en place à l'ONU s'est séparé sur un constat d'échec, du fait des divergences entre les grandes puissances de la planète.

Selon le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, "51 États, 93 acteurs de la société civile et 218 partenaires du secteur privé" ont déjà signé cet appel. Il n'a pas identifié ces signataires, mais ni la Chine, ni la Russie ni le gouvernement fédéral américain n'en font partie. En revanche, les 28 membres de l'Union européenne et tous ceux du G7 (sauf les Etats-Unis) se sont engagés en faveur de l'appel de Paris.

Pour un cyberespace "ouvert, sûr et stable"

De nombreux grands acteurs privés américains ont en revanche signé cet accord, dont Microsoft, Alphabet (Google), Facebook, IBM, Intel ou encore Dell. Des opérateurs télécoms sont également signataires, dont BT, Deutsche Telekom, Telefonica ou la division Orange Cyberdefense d'Orange.

Les Etats s'engagent à agir contre les menaces liées à Internet.Tous s'engagent à soutenir "un cyberespace ouvert, sûr, stable, accessible et pacifique", où le droit international s'applique et où les droits des personnes doivent être protégés.

Réguler en commun, avec les acteurs privés

La France et l'Europe doivent incarner une troisième voie, a lancé Emmanuel Macron, entre cet "Internet californien, et l'Internet chinois". "Il nous faut construire par la régulation cette voie nouvelle, où les Etats arrivent à bien réguler, avec les acteurs privés".

"Il nous faut construire une régulation coopérative en commun, il nous faut apprendre à réguler ensemble", a lancé le chef de l'Etat aux grandes sociétés du web, en appelant le Forum à "devenir une instance de propositions concrètes" pour de nouvelles politiques publiques.

Mieux contrôler les contenus haineux

Emmanuel Macron a proposé en particulier de réfléchir à une nouvelle régulation des contenus haineux, de la diffamation et du harcèlement, que les algorithmes ont du mal à reconnaître automatiquement. L'Etat français va envoyer prochainement une délégation de régulateurs au sein du groupe américain Facebook pour concevoir de nouveaux outils de régulation de ces contenus.

Le Forum sur la gouvernance de l'Internet "doit se réformer, devenir une instance de propositions concrètes", a-t-il plaidé, suggérant de rattacher cette enceinte de discussions au secrétaire général des Nations unies et de la doter d'un secrétariat général dédié.

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