Renault : équilibre menacé par les déboires de Carlos Ghosn ?

Renault : équilibre menacé par les déboires de Carlos Ghosn ?
Nissan Carlos Ghosn PDG

Boursier.com, publié le lundi 19 novembre 2018 à 21h57

L'annonce, lundi, de l'arrestation au Japon de Carlos Ghosn, le patron de l'alliance automobile Renault-Nissan-Mitsubishi, a fait l'effet d'une bombe dans les milieux d'affaires, et causé un plongeon de 8,4% de l'action Renault à la Bourse de Paris.

Ainsi, Carlos Ghosn, 64 ans, l'artisan de cette alliance automobile hors normes, est suspecté d'avoir sous-évalué sa propre rémunération dans des rapports financiers au Japon. Il devrait être écarté de la présidence des conseils d'administration de Nissan et de Mitsubishi dans les prochains jours.

"De nombreuses malversations ont été découvertes"

Hiroto Saikawa, le directeur général de Nissan, a affirmé lundi que "l'alliance entre les trois entités", Renault, Nissan et Mitsubishi Motors, "ne sera pas affectée par cet événement", mais de nombreux analystes estiment que si les faits sont avérés, cette affaire pourrait entraîner des tensions concernant l'équilibre de l'alliance, qui penche actuellement en faveur de la partie française sur le plan capitalistique, alors que sur le plan industriel, Nissan est désormais bien plus gros que Renault (92 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2017, contre 58,7 MdsE pour le français).

Nissan a confirmé lundi qu'une enquête interne, menée grâce à un lanceur d'alerte, avait montré que Carlos Ghosn avait "pendant de nombreuses années déclaré des revenus inférieurs au montant réel". En outre, "de nombreuses autres malversations ont été découvertes, telles que l'utilisation de biens de l'entreprise à des fins personnelles", a ajouté le groupe qui va proposer au conseil d'administration de le "démettre de son poste rapidement".

L'Etat français sera "extrêmement vigilant", affirme Emmanuel Macron

Le conseil d'administration de Nissan est convoqué dès jeudi pour discuter du limogeage de son président. Mitsubishi (qui a rejoint l'alliance en 2016) a également annoncé lundi son intention de démettre Carlos Ghosn de ses fonctions de président du conseil d'administration. En France, le conseil d'administration de Renault a annoncé qu'il allait se réunir "au plus vite".

Créée en 1999 sous l'égide de Carlos Ghosn, et alors que Nissan était au bord de la faillite, l'alliance est fondée sur des participations croisées entre les groupes nippon et français. Renault détient 43,4% du capital de Nissan, qui possède en retour 15% de Renault. De son côté, l'Etat français est le premier actionnaire de Renault avec 15,01% du capital.

L'affaire s'annonce donc hautement politique, d'autant que depuis plusieurs années, les rumeurs vont bon train sur un rééquilibrage, voire une fusion de Renault et Nissan. Ainsi, lundi, Emmanuel Macron a assuré que l'Etat français serait "extrêmement vigilant" concernant "la stabilité" du constructeur automobile Renault et l'avenir de son alliance avec Nissan.

Nissan souhaite rééquilibrer l'alliance de longue date

Quant à Bruno Le Maire, le ministre des Finances, il s'est aussi voulu rassurant, en expliquant que l'Etat français mettrait tout en oeuvre pour assurer la stabilité de Renault. "Je recevrai prochainement les principaux administrateurs de l'entreprise Renault pour examiner avec eux toutes les décisions que le conseil de Renault pourrait être amené à prendre dans les jours ou dans les semaines qui viennent", a encore déclaré le ministre Le Maire.

A l'automne 2015 déjà, la gouvernance de Renault-Nissan avait fait couler beaucoup d'encre. En effet, Nissan, bien qu'actionnaire à 15% de Renault, ne possède pas de droits de vote en Assemblée générale des actionnaires de Renault. Cette situation avait poussé Hiroto Saikawa, alors représentant de Nissan au conseil d'administration de Renault, à proposer un rééquilibrage via l'activation des droits de vote de Nissan dans Renault. Il souhaitait aussi que Renault cède une partie de sa participation dans son partenaire japonais, afin de descendre sous la barre des 40%... Emmanuel Macron, alors ministre de l'Economie, avait fait barrage à une telle opération, affirmant que "la priorité n'est pas de changer la gouvernance mais de se concentrer totalement sur la réussite industrielle du groupe".

Un fusion envisagée au printemps dernier ?

Plus récemment, en mars dernier, des rumeurs de fusion entre Renault et Nissan ont circulé. L'agence 'Reuters' écrivait ainsi que Renault et Nissan négociaient un renforcement de leur alliance qui pourrait déboucher sur le rachat par le constructeur japonais de l'essentiel de la part de 15% détenue par l'Etat dans le capital du groupe français. Nissan avait alors démenti.

Quelques semaines plus tard, l'agence 'Bloomberg' évoquait elle aussi un scénario de fusion, selon lequel les deux groupes négociaient la création d'une nouvelle société, dans laquelle les actionnaires actuels recevraient des actions. La nouvelle entreprise pourrait être basée soit à Londres soit aux Pays-Bas tout en conservant un siège à Paris et à Tokyo. 'Bloomberg' affirmait que Carlos Ghosn menait les négociations et qu'il prendrait la tête de la nouvelle société si l'opération se réalisait...

Carlos Ghosn reconduit PDG de Renault jusqu'en 2022

Quant à l'avenir professionnel de Carlos Ghosn, il fait aussi l'objet de spéculations. Au printemps dernier, il a pourtant été prolongé à la tête de Renault pour quatre années supplémentaires par les actionnaires. Le dirigeant a toutefois affirmé sa volonté ne pas aller au terme de ce mandat qui s'achève en 2022. A noter que Bruno Le Maire avait conditionné le soutien de l'Etat soutien au PDG de Renault à une baisse de sa rémunération, qui a souvent défrayé la chronique en France.

Au Japon, Ghosn a abandonné l'an dernier la direction opérationnelle de Nissan à Hiroto Saikawa. En France, il avait promis en janvier de faire de même chez Renault, mais il est finalement resté président et directeur général. Le groupe lui a toutefois choisi un numéro deux, Thierry Bolloré, nommé directeur général adjoint.

L'Alliance vise 14 millions de véhicules en 2022

Sur le plan opérationnel, l'Alliance Renault-Nissan a avalé en 2016 le constructeur japonais Mitsubishi Motors, ce qui lui a permis en 2017 de devenir le numéro un mondial de l'automobile, devant l'allemand Volkswagen, avec 10,6 millions d'automobiles et utilitaires légers vendus.

Renault contrôle aussi les marques Dacia, Samsung Motors, Alpine et Lada, tandis que Nissan possède les marques Datsun et Venucia, ainsi que le haut de haut de gamme Infiniti. L'Alliance vise désormais 14 millions d'unités par an en 2022.

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