Réouverture partielle contestée mais imminente de Lubrizol à Rouen

Réouverture partielle contestée mais imminente de Lubrizol à Rouen

AFP, publié le vendredi 13 décembre 2019 à 16h21

La réouverture partielle de Lubrizol à Rouen est imminente, avec le feu vert préfectoral attendu vendredi, malgré de vives contestations, moins de trois mois après l'incendie qui a touché le site Seveso. 

La signature de l'arrêté de réouverture partielle va "intervenir dans les prochaines heures (et) entrer en vigueur aujourd'hui", vendredi, a indiqué le préfet de la Seine-maritime, Pierre-André Durand, interrogé par l'AFP lors d'une conférence de presse.

Un démarrage est possible "même demain (samedi) matin puisque nous avons des équipes 24/24", dès lors que la société aura reçu l'arrêté préfectoral, a indiqué de son côté à l'AFP Isabelle Striga, directrice générale de Lubrizol France.

Il sera toutefois progressif. "On attend l'arrêté. Dès lors que l'arrêté nous est transmis, on va pouvoir acheminer les matières premières dont on a besoin" ce qui peut prendre plusieurs jours, a indiqué Mme Striga.

Selon la direction, "plus de cent salariés" travaillent sur la réouverture partielle.

Le préfet et Mme Striga s'exprimaient à l'issue d'une réunion en préfecture du "comité pour la transparence et le dialogue" sur l'incendie du 26 septembre.

"Majoritairement, il y a un net soutien à cette réouverture", a estimé le préfet à l'issue du comité qui réunit élus locaux, représentants de l'Etat, industriels et associations.

Elle ne concerne que deux petites unités de mélanges "sans réaction chimique" avec une "diminution drastique des (quantités de) produits conservés sur place", a argumenté le préfet soulignant "l'ampleur des dispositifs anti-incendie imposés qui vont très au-delà de la réglementation". L'incendie de milliers de tonnes de produits chimiques le 26 septembre avait provoqué un panache de fumée noire de 22 km de long.

- "Mépris à l'égard de la population" - 

"Cette réouverture est précipitée, préméditée et tout à fait dangereuse", a pourtant estimé Jacky Bonnemains représentant de l'association Robin des bois au comité, interrogé par l'AFP.

Le stockage des produits va être "sous-traité" à trois sociétés: Multisol à Sotteville-lès-Rouen et deux entreprises Seveso proches du Havre, GCA logistique à Lillebonne, Seveso seuil bas, et, Care à Rogerville, Seveso seuil haut, a ajouté M. Bonnemains.

"Il a été dit que ces entreprises seraient surveillées de très près mais ça va être difficile de surveiller qu'elles ne surstockent pas", a-t-il estimé.

En attendant, Lubrizol reprend des activités "alors que la mise en sécurité des fûts dangereux endommagés pendant l'incendie n'est pas terminée", déplore l'association. Selon le préfet, "il reste 900 fûts à évacuer", dont "de l'ordre de 70 présentant une certaine sensibilité". "Tous sont traités par robot dans un espace de confinement dédié", a souligné M. Durand. 

Mardi, le comité départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) a émis un avis largement positif à cette réouverture. Mais la Métropole de Rouen, l'Union régionale des médecins libéraux, UFC Que choisir, et France nature environnement (FNE) ont voté contre. Onze élus locaux ont dans un communiqué dit leur opposition à ce redémarrage, dont le député PS Christophe Bouillon qui préside la mission de l'Assemblée nationale sur l'incendie et Charlotte Goujon la maire PS de Petit Quevilly, qui jouxte l'usine.

La réouverture partielle intervient "alors que certaines prescriptions de l'Etat sur le site ne sont pas respectées", a déploré Mme Goujon interrogée par l'AFP à la mi-journée.

"Il y a des prescriptions à réaliser mais qui portent sur le reste du site", et donc pas sur les unités qui vont rouvrir, a répondu le préfet interrogé sur ce sujet.

"C'est l'intérêt des industriels qui priment, une nouvelle marque de mépris à l'égard de la population. On va attaquer cette décision", a réagi de son côté David Cormand, député européen EELV et élu de Rouen interrogé par l'AFP.

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