Sanofi Pasteur montre ses muscles avec un gros investissement industriel au Canada

Sanofi Pasteur montre ses muscles avec un gros investissement industriel au Canada
Le logo du laboratoire pharmaceutique Sanofi, au siège de l'entreprise à Gentilly, près de Paris, le 4 décembre 2017

AFP, publié le jeudi 12 avril 2018 à 23h22

Sanofi Pasteur a fait étalage de sa puissance en annonçant jeudi l'agrandissement pour 350 millions d'euros de son site de Toronto (Canada), son plus important projet industriel depuis celui de 2009 pour son vaccin contre la dengue, aujourd'hui en pleine tourmente.

La nouvelle unité de production, qui doit être livrée en 2021, sera destinée à répondre à une demande mondiale croissante pour des vaccins pédiatriques composés des cinq antigènes anti-coquelucheux. Elle pourra aussi produire des antigènes pour des vaccins contre la diphtérie et le tétanos.

"C'est l'un des plus grands investissements de Sanofi sur un seul site industriel", qui va permettre de considérablement augmenter les capacités tout en remplaçant des installations anciennes de l'usine, a déclaré Vincent Hingot, responsable des affaires industrielles de Sanofi Pasteur, lors d'un point presse à Toronto.

Quelque 1.400 salariés travaillent sur ce campus majeur de Sanofi Pasteur, dont un millier en production, 200 en recherche-développement et le reste dans des fonctions commerciales et administratives.

Les vaccins pédiatriques et ceux contre la grippe représentaient en 2017 les deux tiers des ventes de Sanofi Pasteur, actuel numéro trois du marché mondial des vaccins, derrière le britannique GSK et l'américain Merck & Co.

Avec 5,1 milliards d'euros de ventes l'an dernier (+8,3% sur un an), Sanofi Pasteur a pesé 14,6% du chiffre d'affaires total de son groupe, le géant pharmaceutique français Sanofi.

Cette division vaccins comptant plus de 15.000 salariés fabrique plus d'un milliard de doses par an contre 20 maladies infectieuses au total, à travers 12 sites de production dans le monde, dont trois en France.

- Investissements en série -

En octobre dernier, Sanofi Pasteur avait annoncé un autre investissement conséquent, de 170 millions d'euros, pour agrandir son usine de Val-de-Reuil (Eure), spécialisée dans les vaccins contre la grippe, faisant écho à un investissement de 250 millions d'euros en 2015 sur son pendant américain de Swiftwater (Pennsylvanie).

Auparavant, entre 2009 et 2015, Sanofi Pasteur a dépensé 350 millions d'euros pour reconvertir son usine chimique de Neuville-sur-Saône (Rhône) en un site de production pour Dengvaxia, son vaccin contre la dengue, le premier au monde à être arrivé sur le marché, fin 2015.

Cependant Dengvaxia est jusqu'à présent synonyme d'échec commercial retentissant, doublé d'un scandale aux Philippines, où le gouvernement accuse ce produit d'être responsable de la mort de plusieurs enfants qui avaient récemment été vaccinés.

Sanofi réfute ces accusations et reste officiellement "engagé" sur le Dengvaxia. Le groupe a néanmoins arrêté sa production en début d'année, en raison d'une montagne de doses invendues.

Construire une usine des années avant la commercialisation d'un produit, "des fois ça marche, des fois ça marche moins bien. C'est un pari (...), mais la prise de risque est importante dans ce domaine, à cause de la longueur des projets", a plaidé M. Hingot.

A l'avenir, les nouvelles technologies devraient permettre "d'avoir des unités de production plus flexibles, pour une meilleure gestion si un risque se matérialise, ou si l'on veut changer la production", a-t-il estimé.

- Bâtir sur les points forts -

Désormais, dans la recherche-développement de Sanofi Pasteur, la priorité est aussi donnée aux vaccins pédiatriques et antigrippaux, valeurs sûres de la division.

Dans les vaccins pédiatriques, Sanofi Pasteur place notamment beaucoup d'espoir sur son vaccin en développement contre le virus respiratoire syncytial (VRS), l'une des principales causes de la bronchiolite chez les bébés.

Un anticorps monoclonal prometteur contre le VRS développé par MedImmune, filiale du britannique AstraZeneca, a aussi été pris en licence par Sanofi Pasteur.

Sur le segment de la grippe, la division a consolidé l'an dernier sa part de numéro un mondial (40% de parts de marché) avec l'acquisition de l'américain Protein Sciences pour 650 millions d'euros.

Protein Sciences fabrique des vaccins antigrippaux d'un nouveau genre, avec des protéines recombinantes (génériquement modifiées) cultivées dans des cellules d'insectes.

Ce procédé permettrait de sécuriser et d'accélérer la production de vaccins en cas de pandémie, alors que les souches virales des vaccins antigrippaux classiques sont incubées dans des oeufs de poule.

Cette technologie pourrait aussi ouvrir la voie à des vaccins antigrippaux capables d'agir sur un plus grand nombre de souches et sur plusieurs saisons, véritable Graal de la recherche antigrippale.

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