Santé : les patients pauvres victimes d'une "forte discrimination"

Santé : les patients pauvres victimes d'une "forte discrimination"©Boursier.com

Boursier.com, publié le mardi 29 octobre 2019 à 16h43

Un cabinet médical sur 10 refuserait des consultations de patients en raison de leur précarité, selon une étude menée par le Défenseur des droits...

Les résultats sont alarmants... Selon une enquête menée par le Défenseur des droits, qui s'appuie sur un testing téléphonique réalisé entre février et mai 2019, un cabinet sur dix refuserait de recevoir certains patients en raison de leur précarité. Ces refus de soins sont contraire à la déontologie médicale, et pourtant le phénomène est bien présent et d'ampleur...

L'étude mesure les différences de traitement dans l'accès aux soins auprès de professionnels de santé (les gynécologues, chirurgiens-dentistes et psychiatres) selon deux critères : "l'origine supposée de la patiente (identifiée à travers la consonance du nom patronyme) et la vulnérabilité économique (identifiée par le fait de bénéficier de la CMU-C ou de l'ACS)".

Ainsi, 12% des patientes bénéficiaires de la CMU-C ou de l'ACS ont subi un refus de soins discriminatoire de la part d'un cabinet médical. Dans le détail, 9% des chirurgiens-dentistes, 11% des gynécologues et 15% des psychiatres libéraux discriminent les patients qui bénéficient d'une aide sociale à la complémentaire santé en refusant de leur donner un rendez-vous qu'ils accordent dans le même temps à une patiente "lambda"...

L'ACS plus pénalisante que la CMU-C

Au total, la patiente de référence parvient à décrocher un rendez-vous dans 70% des cas, contre seulement 58% pour la personne bénéficiaire d'une aide...

L'étude révèle également que l'ACS apparaît plus pénalisante que la CMU-C dans les trois spécialités testées. En effet, on compte deux fois plus de soins discriminatoires pour les patients qui bénéficient de ce dispositif. "Ces différences peuvent renvoyer soit à la méconnaissance de l'ACS, soit encore aux difficultés administratives et aux délais de remboursement supérieurs qui sont anticipés par les professionnels de santé", explique l'étude.

Pour rappel, l'attribution de la CMU-C et l'ACS dépend de la situation et des ressources financières du foyer. Ces deux dispositifs vont d'ailleurs fusionner pour devenir la "Complémentaire santé solidaire" dès le 1er novembre prochain...

Un phénomène encore plus marqué à Paris

Par ailleurs, ces discriminations sont plus fréquentes en région parisienne. Dans la capitale, 38,2% des dentistes, 26,2% des gynécologues et 31% des psychiatres refusent des patients en situation de précarité économique.

Globalement, "peu de différences sont constatées lorsque le nom de la patiente évoque une origine africaine, y compris en la croisant avec le profil CMU-C-ACS", selon l'étude. Les discriminations selon l'origine ont été constatées dans certaines régions seulement.

Le Défenseur des droits rappelle que refuser des soins à l'encontre d'un bénéficiaire d'une aide ciblée, "du fait de sa vulnérabilité économique ou de son origine", est un acte contraire à la déontologie et à l'éthique médicale. Au regard de la loi, il s'agit d'un délit...

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