Slovénie: l'ex-"élève modèle" de l'UE a retrouvé la croissance, pas la confiance

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Le chef d'entreprise Valter Makovec dans son bureau à Komen en Slovénie, le 25 mai 2018
Le chef d'entreprise Valter Makovec dans son bureau à Komen en Slovénie, le 25 mai 2018
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© AFP, Jure Makovec

AFP, publié le samedi 02 juin 2018 à 16h02

Valter Makovec le reconnaît: sa petite entreprise ne s'est jamais aussi bien portée. Mais malgré la croissance économique record de la Slovénie, qui renouvelle dimanche son Parlement, il dit rester marqué par les crises à répétition traversées par son pays. Et redouter la prochaine.

2007: trois ans tout juste après son entrée de l'UE, la Slovénie adopte en grande pompe l'euro, symbole de son statut d'"élève modèle" parmi les nouveaux États membres.

Mais la crise financière internationale de 2008 frappe le pays de plein fouet. L'économie slovène sort brièvement la tête de l'eau en 2010 pour replonger deux ans plus tard dans une sévère récession, plombée par les difficultés de son secteur bancaire.

En 2013, la "Petite Suisse des Balkans", qui doit recapitaliser en catastrophe ses banques, est au bord de la faillite et n'échappe que de justesse à une mise sous tutelle internationale comme celle imposée à la Grèce.

Au début de la crise, "notre marché s'est effondré en trois mois. Nous avons dû licencier pour ne garder que six salariés" sur 17, soupire M. Makovec, rappelant que sa fabrique d'ameublement, qui venait d'investir 1,2 million d'euros, ne pouvait alors plus honorer ses traites.

Basée à Komen, à une centaine de kilomètres de la capitale Ljubljana, sa PME emploie aujourd'hui 25 personnes et a pratiquement doublé son chiffre d'affaires en deux ans, à 2 millions d'euros.

- 'Redémarré à zéro' -

Représentative du dense tissu de PME qui assurent près des deux tiers du Produit intérieur brut slovène, l'entreprise n'est pas une exception: depuis 2013, l'économie a progressé de quelque 15%, avec une hausse record de 5% en 2017, l'une des plus élevées de la zone euro.

Le chômage est par ailleurs retombé à 5,2%, selon la norme Eurostat, un taux comparable à ceux enregistrés avant la crise. Et le gouvernement s'est enorgueilli d'afficher un léger excédent des comptes publics l'an passé, alors que le déficit avait atteint 14,7% en 2013.

Mais l'assainissement budgétaire, marqué par des baisses de salaires et des réductions des prestations publiques, a eu un coût social important et "beaucoup de Slovènes n'ont pas l'impression de bénéficier de la croissance", note Rosvita Pesek, journaliste politique à la télévision publique RTV.

Les grèves et manifestations de fonctionnaires pour une revalorisation des traitements se sont multipliées depuis le début de l'année et la coalition de centre-gauche sortante du Premier ministre Miro Cerar est en passe d'être balayée lors du scrutin, selon les sondages.

Pour Valter Makovec, la nouvelle prospérité de sa société familiale, qui s'est notamment spécialisée dans l'ameublement pour casinos et réalise aujourd'hui tout son chiffre d'affaires à l'export, ne doit d'ailleurs rien au pouvoir politique.

"Nous avons redémarré à zéro en cherchant nous-mêmes des contrats à l'étranger", souligne l'entrepreneur, selon qui le résultat des élections, pour lesquelles le conservateur Janez Jansa est donné favori, n'aura "pas le moindre impact sur l'activité".

"Les gouvernements n'ont pas fait grand chose pour aider les exportations. Elles sont réalisées par des gens ambitieux qui se sont tournés vers l'étranger, car ici il n'y a que très peu d'investissements", estime-t-il.

- Fragiles exportations -

Représentant 80% du PIB en valeur, les exportations sont la force et le talon d'Achille de l'économie slovène, reconnaît l'économiste Hermina Vidovic, de l'Institut international viennois d'études internationales (Wiiw).

"La reprise s'explique uniquement par un environnement plus favorable en Europe, notamment chez les principaux partenaires commerciaux de la Slovénie", souligne-t-elle, relevant que cette exposition au marché international menaçait le pays de s'enrhumer à nouveau au moindre coup de froid.

D'autant que les principales industries du pays, filiales de Renault (automobile) et de Novartis (pharmacie), travaillent elle aussi quasi exclusivement pour l'export.

Un avis partagé par M. Makovec. "L'évolution du marché du jeu m'inquiète. La croissance est trop forte, cela me rappelle ce qui s'est produit en 2005 et 2006" (avant la crise de 2008, ndlr), confie-t-il, rappelant que "le marché du jeu est un indicateur avancé".

Tout en saluant les progrès accomplis, la Commission européenne et le Fonds monétaire international (FMI) ont appelé Ljubljana à poursuivre ses réformes, notamment en matière de santé, et à poursuivre son programme de privatisations.

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