Subprime: Wells Fargo à l'amende dix ans après la crise

Subprime: Wells Fargo à l'amende dix ans après la crise
La banque californienne Wells Fargo va payer une amende de 2,1 milliards de dollars pour avoir accordé dans les années précédant la crise financière de 2008 des prêts immobiliers douteux "subprime"

AFP, publié le mercredi 01 août 2018 à 22h12

La banque californienne Wells Fargo a accepté mercredi de payer une amende de 2,1 milliards de dollars pour avoir accordé des prêts immobiliers douteux, signe que les grandes banques n'ont pas encore tourné définitivement la page des subprime près de dix ans après la crise financière.

Cette forte amende, annoncée mercredi par le département de la Justice américain (DoJ), survient à un mois et demi du dixième anniversaire de la banqueroute de la banque d'affaires Lehman Brothers, dont la surexposition au marché immobilier américain a déclenché en septembre 2008 la plus grave crise financière depuis la Grande dépression.

Les autorités reprochent à Wells Fargo d'avoir commencé à émettre en 2005 et ce jusqu'en 2007 des RMBS, titres financiers adossés à des prêts hypothécaires risqués subprime, vendus ensuite à de grands investisseurs dont des agences fédérales garantissant les prêts.

Sa production de crédits "subprime" a ainsi doublé à l'époque, alors même que Wells Fargo "savait qu'ils contenaient des informations erronées sur les revenus (des emprunteurs) et que ces crédits ne répondaient pas aux critères de qualité mis en avant".

Des données internes montrent qu'un nombre "substantiel" d'emprunteurs avaient fourni des données fausses sur leurs revenus, ce qui n'a pas empêché Wells Fargo de leur accorder les prêts demandés, accuse le régulateur.

Ce silence a conduit à "des milliards de dollars de pertes" pour les investisseurs ayant investi dans des produits financiers adossés à ces prêts, précise le département de la Justice.

- "Ruiné" -

L'établissement avait accordé au moins 73.529 prêts RMBS entre 2005 et 2007 dont "près de la moitié ont débouché sur des défauts de paiement" des ménages les ayant contractés, enfonce le DoJ, ajoutant que Wells Fargo s'était en revanche arrangée pour ne pas avoir ces crédits toxiques dans son portefeuille d'investissements afin de se prémunir des pertes éventuelles.

"Les abus dans l'industrie des produits financiers adossés à des prêts immobiliers a conduit à la plus grande crise financière ayant ruiné des millions d'Américains", fustige Alex Tse, procureur fédéral en Californie.

S'il a accepté de s'acquitter de l'amende, l'établissement n'a pas admis sa culpabilité et est apparu soulagé d'éviter des poursuites judiciaires.

"Nous sommes heureux de mettre derrière nous les problèmes juridiques liés aux RMBS survenus il y a plus de dix ans", a déclaré Tim Sloan, le PDG de Wells Fargo, banque octroyant près d'un crédit immobilier sur cinq aux Etats-Unis.

Les litiges autour des RMBS ont concerné certains des plus grands noms de la finance mondiale, qui ont vendu à de grands investisseurs et d'autres établissements financiers de petite et moyenne tailles ces actifs financiers adossés à des crédits immobiliers accordés en masse dans les années 2000 à des ménages fragiles.

Les défauts de paiement de ces emprunteurs ont conduit à une cascade de charges et de provisions dans le secteur financier mondial et, in fine, à la crise de 2008.

En mai, les autorités américaines ont conclu un accord avec la banque britannique RBS, portant sur une amende de 4,9 milliards de dollars pour son rôle dans les RMBS. Fin 2016, c'est Deutsche Bank qui avait accepté de payer 7,2 milliards pour éviter des poursuites judiciaires.

Quatre grandes banques américaines - JPMorgan Chase, Citigroup, Morgan Stanley et Bank of America - se sont, elles, acquittées d'amendes d'un montant cumulé de 40 milliards de dollars pour solder des poursuites liées aux RMBS.

Cette affaire vient écorner encore un peu plus l'image de Wells Fargo, qui s'est toujours présentée comme une banque proche des consommateurs. L'établissement a écopé récemment d'un carton rouge sans précédent de la banque centrale américaine (Fed) pour avoir ouvert, à l'insu de ses clients, des millions de comptes en leur nom. Il fait également l'objet d'enquêtes sur ses pratiques commerciales dans les primes d'assurance auto ou encore les frais prélevés à ses clients fortunés.

Elle met par ailleurs en évidence le fait que les grandes banques n'ont pas encore soldé l'héritage des subprime même si elles ont assaini leurs bilans et limité leurs prises de risques sous la pression des régulateurs.

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