Tentative de remède au marasme économique, les bons d'achat séduisent mairies et commerçants

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Un nombre croissant de communes proposent à l'approche des fêtes des bons d'achat valables dans leurs boutiques de centre-ville
Un nombre croissant de communes proposent à l'approche des fêtes des bons d'achat valables dans leurs boutiques de centre-ville
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© AFP, FREDERICK FLORIN

AFP, publié le vendredi 18 décembre 2020 à 12h08

Comme un cadeau de Noël avant l'heure, un nombre croissant de communes proposent à l'approche des fêtes des bons d'achat valables dans leurs boutiques de centre-ville, une manière "complémentaire" de relancer l'activité après une année noire pour le commerce physique.

Dans la ville de Barr (Bas-Rhin), 7.000 habitants à une quarantaine de kilomètres au sud de Strasbourg, la maison de vin Hering est installée depuis 1858. En plus de gérer des vignes sur les collines alentour, ces vignerons indépendants ont ouvert un magasin à quelques pas de l'hôtel de ville.

Depuis lundi, certains clients règlent leur crémant d'Alsace ou leur pinot gris, les spécialités locales, avec des bons d'achat proposés par la mairie et valables dans une petite vingtaine d'enseignes.

"C'est un vrai coup de pouce pour faire revenir les acheteurs", témoigne Fabienne Hering, gérante de l'entreprise familiale avec son mari. "C'est une initiative qui tombe à pic avant Noël: on a besoin d'être aidé maintenant, et ce dispositif apporte une solution immédiate. Ce n'est pas en mars qu'on vendra beaucoup de bouteilles".

Bien sûr, d'autres programmes d'aide ont été mis en œuvre par les pouvoirs publics. Mais pour cette vigneronne de 50 ans, les bons d'achat présentent l'avantage de la simplicité.

"On nous promet pas mal d'aides, mais ce n'est pas toujours évident de rentrer dans les clous, et puis on n'a pas une personne dédiée qui peut s'occuper de chercher et de répondre à tout ce qui est proposé. Les aides, il faut que ce soit fonctionnel et que ça marche tout de suite".

- Effet multiplicateur -

C'est précisément pour ce type de commerces, qui ont vu leur chiffre d'affaires fondre ces derniers mois, que la mairie a mis sur pied cette offre. Le principe: pour un bon de 20 euros acheté à valoir dans les magasins de la commune, la ville offre un bon de 20 euros.

"L'objectif était de remplir les caisses des commerçants, tout en améliorant le pouvoir d'achat des administrés", explique le premier adjoint au maire Angelo Errera Muller, lui-même entrepreneur. "On le voit, il y a une précarité qui s'installe, même chez des populations jusqu'ici plutôt protégées. Ce sont des signaux qui nous font dire qu'il y a urgence et qui nous poussent à ne pas nous reposer sur les subsides de l'Etat ou de la région."

Ainsi, bien que le développement économique ne soit pas une compétence de la mairie, 100.000 euros ont été débloqués pour cette opération. Un montant conséquent pour cette petite ville: il représente plus de trois fois le budget annuel alloué aux associations.

"On rognera sur les dépenses de fonctionnement mais il fallait agir", insiste la maire Nathalie Ernst (LR). "Un commerce qui ferme, ça peut aller très vite et ça a des conséquences autour. Par contre, pour en rouvrir un ensuite, c'est beaucoup plus compliqué".

Elle estime que l'effet incitatif du dispositif permettra au final d'apporter un surplus de 400.000 euros de consommation dans l'économie local.

- Eviter l'épargne -

De telles aides se sont multipliées ces derniers temps: de Calais à Biscarosse (Landes), d'Angoulême à Thonon-Les-Bains (Haute-Savoie), un grand nombre de municipalités ont commencé à proposer des bons d'achat avec des objectifs similaires.

"Il y a un mouvement global d'utilisation de ces titres-là pour mettre en œuvre des politiques publiques ciblées", souligne Amal Chevreau qui mène un travail de recherche à l'OCDE sur ces "bons sociaux". "Certains se demandent pourquoi ne pas donner d'argent liquide? Mais le problème avec le liquide c'est que vous n'avez aucune traçabilité. Alors qu'avec ce type de titres, vous savez exactement à quoi ils vont servir".

Certains plaident même pour un recours massif à ce dispositif à l'échelle nationale, comme en Belgique. Dans une note publiée mi-décembre, l'Institut Montaigne recommande ainsi, pour 2021, d'injecter 12 milliards d'euros sous forme de "chèques consommation" pour les ménages les plus modestes.

"Cela permettrait une défibrillation de la consommation sans l'effet pervers d'une augmentation de l'épargne", juge le co-auteur de la note Julien Damon, professeur à Sciences-Po. "Et il n'y a rien de mieux pour une entreprise que d'engranger du chiffre d'affaires, plutôt que des subventions qui ne couvriront jamais ses pertes".

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