Thierry Bolloré, propulsé sur le devant de la scène chez Renault

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Thierry Bolloré, le 4 juillet 2018 à Paris
Thierry Bolloré, le 4 juillet 2018 à Paris
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© AFP, Eric Feferberg

AFP, publié le mardi 20 novembre 2018 à 23h11

Thierry Bolloré, propulsé mardi à la direction par intérim du constructeur automobile français Renault après l'arrestation retentissante de Carlos Ghosn, est un fin connaisseur de l'Asie que le PDG s'était choisi comme dauphin il y a moins d'un an.

Ce Breton de 55 ans, discret et assez peu connu du grand public, était en effet devenu "directeur général adjoint du groupe" en février dernier, ce qui avait été vu comme un adoubement au moment où l'État français, actionnaire influent du constructeur, souhaitait voir M. Ghosn préparer sa succession.

M. Bolloré, arrivé dans le groupe en 2012 et nommé l'année suivante directeur délégué à la compétitivité, a, comme Carlos Ghosn, démarré chez le manufacturier de pneumatiques Michelin et connu une carrière très internationale, exclusivement dans l'automobile, avec une longue expérience en Asie.

"Très rigoureux, très sérieux, mais en même temps chaleureux, il a des qualités de calme, d'analyse et il est pondéré", dit de lui un responsable du secteur automobile qui l'a côtoyé pendant plusieurs années au sein de l'équipementier Faurecia (groupe PSA).

"Je pense que sa connaissance de l'Asie et ses aptitudes dans les relations avec les Japonais lui donnent un avantage dans la succession", ajoute cet ancien collègue qui assure avoir apprécié "sa droiture et sa loyauté".

Le développement commercial en Chine est une priorité de l'entreprise et la relation avec les partenaires japonais est cruciale, surtout alors qu'une crise de gouvernance pourrait menacer l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi après l'éviction en cours par Nissan de Carlos Ghosn, accusé de malversations.

Renault possède 43,4% de Nissan, qui détient lui-même 15% de Renault et 34% de Mitsubishi, dont il est premier actionnaire.

L'alliance aux dix marques partage une large base industrielle commune et revendique depuis l'an dernier le rang de numéro un mondial de l'automobile, avec 10,6 millions de véhicules vendus.

- Passionné de voile -

Marié, père de cinq enfants, cet homme grand, au physique solide, connaît bien l'outil industriel du groupe Renault dont il a géré l'amélioration de la compétitivité des usines et la transformation numérique.

"C'est quelqu'un d'ouvert, de posé, à l'écoute et en même temps il sait prendre des positions" et il "accepte la critique", expliquait début 2018 Franck Daoût, délégué central CFDT, troisième syndicat de Renault.

Chez Faurecia, à partir de 2005, il avait été vice-président pour l'Asie de la branche pots d'échappement, fonction basée en Chine, dans laquelle il a unifié des activités jusque-là éclatées. Puis, il a été vice-président monde en charge du marketing, de la R&D, de la stratégie et du développement. Il s'est plus tard occupé de l'industrie, de la qualité et des achats, peaufinant un profil de généraliste.

Originaire de Quimper, ce passionné de voile, qui malgré l'homonymie n'a pas de lien de famille direct avec un autre industriel originaire la région, Vincent Bolloré, a commencé sa carrière en 1990 à Poitiers comme chef d'atelier dans une usine de pneus pour poids lourds du groupe Michelin.

Repéré comme un fort potentiel, le titulaire d'un MBA de l'université Paris Dauphine a gravi rapidement les échelons. Après trois ans, il devient responsable procédés et qualité pour l'ensemble des usines poids lourds du monde, un poste qui le fait voyager régulièrement, notamment en Amérique du Sud et Amérique du Nord.

En 1997, il part au Japon comme assistant industriel à l'usine pneus tourismes d'Ohta, puis il est nommé en Thaïlande en 1998 où il dirige et développe les activités poids lourds et avion. "Ce passé chez Michelin a dû aussi taper dans l'oeil de Carlos Ghosn", qui a été très marqué par les 18 premières années de sa carrière au sein du manufacturier de Clermont-Ferrand, estime un expert du secteur.

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