Travail saisonnier: dans plusieurs régions, les agriculteurs s'opposent à une mesure du budget

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Des agriculteurs ont renversé des remorques de fruits et mis le feu à des pneus, sur le rond point d'accès à la plateforme logistique de Saint-Charles de Perpignan, le 24 septembre 2018
Des agriculteurs ont renversé des remorques de fruits et mis le feu à des pneus, sur le rond point d'accès à la plateforme logistique de Saint-Charles de Perpignan, le 24 septembre 2018
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© AFP, RAYMOND ROIG

AFP, publié le lundi 24 septembre 2018 à 17h45

Plusieurs centaines d'agriculteurs à Valence, Avignon ou Perpignan, ont manifesté lundi contre la suppression de l'exonération des charges pour les travailleurs saisonniers annoncée par le gouvernement dans le cadre du budget 2019.

Arboriculture, maraîchage, viticulture, horticulture ou production de semences, "c'est l'avenir de pans entiers de la production agricole française qui est en jeu" si l'exonération des charges pour les travailleurs saisonniers n'est pas rétablie, a averti le principal syndicat agricole, FNSEA lundi soir, à l'origine de la mobilisation.

A Valence, venus de la Drôme, de l'Isère et de l'Ardèche, les manifestants - 140, selon la police, 200 selon les organisateurs - ont accroché une banderole "mort à l'emploi agricole" devant la préfecture.

"On demande le maintien du TO/DE (travailleur occasionnel/demandeur d'emploi), afin de trouver des solutions équivalentes sur le long terme. Aujourd'hui, nous n'avons connaissance d'aucune mesure concrète. On attend que l'État se mette en marche", a déclaré à l'AFP Sébastien Richaud, président des Jeunes Agriculteurs de la Drôme.

Jeudi, le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, s'est engagé à proposer aux exploitations agricoles touchées par la suppression de l'exonération des charges des "solutions concrètes" pour compenser la fin de ce dispositif et sauvegarder leur compétitivité.

"On a un gouvernement qui ne nous écoute pas", a néanmoins déploré Jérôme Volle, vice-président de la FNSEA et viticulteur en Ardèche. Les protestataires réclament "depuis longtemps" une rencontre avec le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert.

"Nous voulons lui expliquer pourquoi nous avons besoin du TO/DE sur l'ensemble des filières arbo-viti-maraîchage, sans oublier les semences, les pépinières et l'horticulture", a poursuivi M. Volle.

"Le coût de l'emploi, c'est le nerf de la guerre", souligne Rémy Nodin, vigneron à Saint-Péray (Ardèche). "À eux de voir s'ils veulent saigner l'agriculture de notre pays", dit-il.

- La FNSEA inquiète -

A Avignon, près de 200 agriculteurs de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs (JA) ont rejoint, avec six tracteurs et une camionnette, la préfecture du Vaucluse.

Vendredi, des producteurs de pommes et de poires avaient arraché deux hectares de pommiers dans l'Hérault pour protester contre la suppression de ce dispositif.

Dans les Pyrénées-Orientales, à Perpignan, une centaine d'agriculteurs ont installé un barrage filtrant au péage de l'autoroute A9, avec distribution de tracts et de produits locaux aux automobilistes. 

Ils ont ensuite contrôlé des camions de fruits venant d'Espagne, renversé des remorques de fruits et mis le feu à des pneus sur le rond point d'accès à une plateforme logistique qui est l'un des principaux sites d'importations de fruits et légumes en France et en Europe. 

Selon la FNSEA, la réforme va affecter 930.000 contrats de travail saisonnier en France, et augmenter de 189 euros le coût par salarié saisonnier et par mois. 

"Si le gouvernement persiste dans cette voie, la perte pour la Ferme France s'élèvera à bien plus que les 144 millions d'euros que la fin de cette exonération est censée permettre d'économiser" a indiqué la FNSEA dans son communiqué.

"Si on supprime le TO/DE, beaucoup d'activités s'arrêteront", avait estimé récemment la présidente du syndicat, Christiane Lambert, en citant "les asperges, la vigne, les cerises".

Selon elle, "les coûts de production en France sont déjà 36% supérieurs à ceux de l'Italie, 27% à ceux de l'Allemagne et 21% à ceux de l'Espagne", ce qui met en danger les productions françaises par rapport à celles de ces pays.

La FNSEA a calculé que la France a déjà réduit de 56% ses surfaces d'asperges entre 1996 et 2016, alors que dans le même temps l'Allemagne les augmentait de 112%.

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