Turquie: croissance à deux chiffres, l'arbre qui cache la forêt?

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 Le président turc Recep Tayyip Erdogan, ici le 17 novembre 2017 à Ankara

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, ici le 17 novembre 2017 à Ankara

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© AFP, ADEM ALTAN
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AFP, publié le mercredi 13 décembre 2017 à 07h34

Pour le président turc Recep Tayyip Erdogan, la croissance à 11,1% du troisième trimestre 2017 fait de la Turquie l'économie qui croît le plus vite au monde et cloue le bec de ses détracteurs.

Mais les économistes s'inquiètent que cette croissance -- la plus élevée en six ans pour la Turquie qui se retrouve devant l'Inde et la Chine sur la même période -- ne cache des risques potentiels.

L'inflation a en effet atteint le mois dernier 12,98% et la livre turque a perdu environ 11% de sa valeur depuis septembre tandis que le déficit du compte courant se creuse.

Avec l'explosion du secteur de la construction à la faveur de crédits à taux bas et des fortes dépenses publiques, l'économie présente des risques de surchauffe.

"L'économie croît bien au-delà de son potentiel de long-terme. C'est la définition même de la surchauffe, dont l'inflation à 13% est un autre signe", explique Selva Demiralp, professeure associée d'Economie à l'Université Koç d'Istanbul.

Les chiffres actuels de l'inflation sont très loin de l'objectif de 5% de la banque centrale. 

- Economie 'résistante' -

M. Erdogan a annoncé cette semaine que la Turquie connaîtrait une croissance annuelle de 7,5% en 2017, une estimation qui correspond peu ou prou à celles de nombreux économistes.

La popularité du président depuis l'arrivée au pouvoir de son parti en 2002 est largement fondée sur l'efficacité de ses politiques économiques qui ont permis de redresser l'économie après la crise de 1999-2000.

Avec l'augmentation du déficit du compte courant qui risque de se maintenir à plus de 5% du PIB sur le moyen-terme, "les incertitudes autour de l'économie vont se maintenir", selon Deniz Ciçek, économiste à la QNB Finansbank.

Mais une conseillère économique du président Erdogan, Hatice Karahan, a décrit mardi l'économie turque comme étant "très résistante". Elle a en effet surmonté de nombreuses épreuves en 2016, dont un putsch manqué, avec une croissance principalement portée par la demande intérieure.

Mme Karahan a néanmoins admis, au cours d'un entretien avec des journalistes étrangers à Istanbul, que la croissance doit se faire d'une manière faisant aussi face "au problème du chômage", qui a atteint 10,6% en août, et que l'inflation est "clairement supérieure aux objectifs".

- Volatilité -

Autre source d'inquiétude pour Ankara, le procès, actuellement en cours à New York, visant un banquier turc accusé d'avoir violé les sanctions américaines contre l'Iran.

Un ancien allié du gouvernement devenu le témoin-clé de ce procès, le magnat de l'or turco-iranien Reza Zarrab, plaide coupable dans cette affaire dans laquelle il a également impliqué M. Erdogan.

Selon M. Ciçek, "un résultat défavorable dans ce procès pourrait tendre davantage les relations diplomatiques avec les Etats-Unis, ce qui accroîtrait davantage la volatilité des marchés financiers".

Le vice-Premier ministre Mehmet Simsek a assuré aux marchés qu'Ankara soutiendrait les banques turques pour empêcher toute menace sur le secteur financier.

"Il va probablement y avoir des amendes (contre des banques turques), mais à moins qu'il y ait une enquête menée en Turquie, ce qui n'arrivera pas, ce sera probablement juste une autre tempête qu'Erdogan et le (parti au pouvoir) balaieront d'un revers de la main", estime Nigel Rendell, analyste chez Medley Global Advisors.

- Crise généralisée ? -

Une crise généralisée est toutefois loin d'être inévitable et la banque centrale aura jeudi l'occasion de restaurer la confiance en la livre turque avec une décision très attendue sur les taux d'intérêt.

Une augmentation de 100 points de base est attendue, mais les analystes estiment que seule une augmentation de 400 points de base serait suffisante pour convaincre les marchés qu'Ankara souhaite sérieusement lutter contre l'inflation et soutenir la livre turque.

"Si les taux ne sont augmentés que de 100 points de base (...) nous pouvons être certains d'une faiblesse accrue de la devise, même s'il n'y a pas de crise généralisée dans l'année à venir", estime M. Rendell.

Les économistes affirment que la marge de manoeuvre de la banque centrale est limitée, M. Erdogan pestant régulièrement contre la logique selon laquelle il faudrait augmenter les taux d'intérêt pour contrer l'inflation, alors que lui-même appelle à les baisser.

La QNB Finansbank ne s'attend pas à une crise en 2018, même si l'économie turque présente "un risque de ralentissement", selon M. Ciçek

 
1 commentaire - Turquie: croissance à deux chiffres, l'arbre qui cache la forêt?
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    JON-DE-LIONNE -

    de la censure, encore de la censure, toujours de la censure sur le Forum Orange.
    Et bien puisque sur la rubrique Finance, un bug est là ...... moi aussi
    référence à l'article :
    LR: Wauquiez fustige le choix de Bertrand
    Statut : refusé
    Il y a une heure
    le 12 12 2017 à 13 26
    je pense que pour bien comprendre et connaître les valeurs de l'UMP, le plus simple est encore d'écouter un discours de Chirac ( facile à trouver sur internenette) et qui s'appelle du bruit et de l'odeur , ou quelque chose comme ça.

    Un fois entendu ce que disait Chirac en 91, cela permet de savoir qui aurait traverser des " lignes rouges" comme dit M, Juppé et surtout de savoir dans quel sens.

    de wikipédia :

    Le discoursLe 19 juin 1991, au cours d'un dîner-débat du RPR, Jacques Chirac prononce le discours qui contient l'expression le « bruit et l'odeur ». Voici un extrait5, portant sur l'immigration :

    « Notre problème, ce n'est pas les étrangers, c'est qu'il y a overdose. C'est peut-être vrai qu'il n'y a pas plus d'étrangers qu'avant la guerre, mais ce n'est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d'avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d'avoir des musulmans et des Noirs […] Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d'or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! [applaudissements nourris] Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur [rires nourris], eh bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela. Nous n'avons plus les moyens d'honorer le regroupement familial, et il faut enfin ouvrir le grand débat qui s'impose dans notre pays, qui est un vrai débat moral, pour savoir s'il est naturel que les étrangers puissent bénéficier, au même titre que les Français, d'une solidarité nationale à laquelle ils ne participent pas puisqu'ils ne paient pas d'impôt ! [...] Il faut que ceux qui nous gouvernent prennent conscience qu'il y a un problème de l'immigration, et que si l'on ne le traite pas et, les socialistes étant ce qu'ils sont, ils ne le traiteront que sous la pression de l'opinion publique, les choses empireront au profit de ceux qui sont les plus extrémistes6,7. […] [Au sujet des épiciers de proximité] La plupart de ces gens-là sont des gens qui travaillent, des braves gens ; on est bien content de les avoir. Si on n'avait pas l'épicier kabyle au coin de la rue, ouvert de 7 heures du matin à minuit, combien de fois on n'aurait rien à bouffer le soir8 ? »

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