Turquie-UE: Macron propose un "partenariat" plutôt qu'une adhésion impossible

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 Le président français Emmanuel Macron (D) et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, le 5 janvier 2018 à Paris

Le président français Emmanuel Macron (D) et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, le 5 janvier 2018 à Paris

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© AFP, LUDOVIC MARIN, POOL
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AFP, publié le vendredi 05 janvier 2018 à 21h37

Le président français Emmanuel Macron a proposé vendredi au chef de l'Etat turc Recep Tayyip Erdogan un "partenariat" avec l'Union européenne "à défaut d'une adhésion", qu'Ankara est de toutes façons "fatigué" d'attendre.

En lançant cette proposition, M. Macron a dit avoir voulu "sortir de l'hypocrisie" face à son homologue.

"La discussion a été très franche", selon l'Elysée, entre les deux dirigeants qui ont notamment assumé leurs divergences sur la situation des droits de l'Homme en Turquie depuis le coup d'Etat manqué de 2016.

Mais ils se sont aussi félicité de leur coopération dans la lutte contre le "terrorisme", notamment jihadiste, qui est "stratégique et de qualité" selon Emmanuel Macron.

Au cours de la conférence de presse ayant suivi un déjeuner et un entretien, les deux présidents ont convenu que la perspective d'une entrée de la Turquie dans l'UE était plus éloignée que jamais.

La Turquie est "fatiguée" d'attendre "dans l'antichambre de l'Europe" depuis "54 ans", a déclaré M. Erdogan. "On ne peut pas en permanence implorer une entrée dans l'UE", a-t-il regretté.

En écho, Emmanuel Macron a jugé qu'il était "clair" que les "évolutions récentes" en Turquie dans le domaine des droits de l'Homme excluaient toute "avancée" dans les négociations d'adhésion.

En prenant acte, il a invité à "repenser cette relation non pas dans le cadre du processus d'intégration mais peut-être d'une coopération, d'un partenariat". Afin, a-t-il ajouté, de "préserver l'ancrage de la Turquie et du peuple turc dans l'Europe et de faire que son avenir se construise en regardant l'Europe et avec l'Europe".

Le président français se rapproche ainsi de la position de la chancelière allemande Angela Merkel, qui s'était déclaré en septembre favorable à un arrêt du processus de négociation avec Ankara.

Ce processus est de facto gelé depuis plusieurs années, M. Erdogan rappelant que 16 chapitres de négociation avait été "ouverts et jamais clos", sur 35 au total.

"Je pense que l'Union européenne n'a pas toujours bien fait avec la Turquie parce qu'elle a laissé croire que des choses étaient possibles alors qu'elles ne l'étaient pas totalement", a reconnu M. Macron.

Sa prise de position devrait satisfaire une bonne partie de la classe politique française, notamment chez les Républicains et au Front National.

- 'Etat de droit' -

La courte visite de M. Erdogan à Paris était la plus importante dans un pays de l'UE depuis le putsch manqué de 2016 et la répression qui l'a suivi.

Plus de 140.000 personnes ont été limogées ou suspendues et plus de 55.000 ont été arrêtées, dont des universitaires, des journalistes et des militants pro-kurdes, accusés de propagande "terroriste" ou de collusion avec les réseaux du prédicateur Fethullah Gülen.

Emmanuel Macron a appelé son invité à "respecter l'Etat de droit" et lui a soumis une liste de cas individuels de personnes turques incarcérée comme Osman Kavala, figure de la société civile d'Istanbul. 

Des associations de défense des droits de l'Homme avaient invité M. Macron à se montrer ferme car "les prisons turques sont remplies de journalistes qui n'ont fait que leur travail", selon Christophe Deloire, secrétaire général de l'ONG Reporters sans frontières. Il a dénoncé une "chape de plomb" dans ce pays, 155ème sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse, avec des dizaines de journalistes en détention et plus de 150 médias fermés.

Mais Recep Tayyip Erdogan a défendu "l'indépendance" de la justice turque et s'en est pris aux "jardiniers du terrorisme" que sont ces "gens qu'on considère comme des hommes de pensée ou d'idée" mais qui apportent de l'eau au moulin" des extrémistes.

Il a aussi vertement répondu à un journaliste français l'interrogeant sur la livraison supposée d'armes par Ankara au groupe Etat islamique en 2014. "Tu parles avec les mots de FETO ("l'Organisation terroriste des partisans de Fethullah"), pas comme un journaliste", lui a-t-il lancé, énervé.

Les deux dirigeants ont également discuté de la Syrie, sur laquelle ils ont des points de convergence et d'autres de divergence, comme les processus d'Astana et de Sotchi menés par la Russie, l'Iran et la Turquie.

Emmanuel Macron critique ces initiatives qui "ne construiront pas la paix car elles sont biaisés sur le plan politique", en n'accordant pas assez de place à l'opposition au régime de Bachar al-Assad.

Sur le plan bilatéral, M. Erdogan a souhaité que les échanges commerciaux soient portés à 20 milliards de dollars contre 13,4 milliards actuellement. Paris et Ankara, tous deux membres de l'Otan, ont signé un contrat d'étude dans la défense aérienne et antimissile impliquant le consortium franco-italien Eurosam.

 
62 commentaires - Turquie-UE: Macron propose un "partenariat" plutôt qu'une adhésion impossible
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    ajlbn -

    Les droits de l'Homme, la Liberté d'expression, la laïcité, passent après les contrats juteux, le commerce. La Turquie est un lieu de délocalisation de nos industries (automobiles et autres). Mais on peut choisir individuellement de ne pas acheter des produits venant de ce pays, comme venant d'autres, et de ne pas y aller en vacances!

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    ajlbn -

    référence à l'article :
    Les tweets injurieux d'un porte-parole d'En Marche refont surface
    Statut : refusé
    Il y a 2 minutes
    C'est surtout un spécialiste du mépris, de l'injure, de la grossièreté, avec un fond haineux! Le fn a eu le même genre de problème avec tous les candidats frais embauchés et peu expérimentés! Les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets! Et pourtant, c'est un énarque! Comme quoi...Une tête bien pleine, mais pas une tête bien faite!
    03 - nombre de fois censuré= repassé et complété.
    Comme c'est curieux, mon commentaire est largement plus factuel que certains qui eux sont passés sans problème, et surtout plus respectueux de la charte! Ce qui démontre bien que le traitement égal pour tous n'est juste qu'une affirmation purement marketing. La Liberté d'expression ne se décrète pas elle se constate...ou pas. Notez également que c'est ce monsieur qui a été injurieux et pas moi. Et encore une fois, exprimer une critique envers le FN ou LREM conduit quasi systématiquement à la censure, Alors oser une critique sur les deux en même temps, pour certains je dois mériter la pendaison, le fagot, et les pires tourments! Je repasse mon avis autant de fois que nécessaire. Cordialement.

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    pajopi -

    On ne connait pas vraiment les dossiers, je fais confiance au gouvernement sur ce sujet car tout le monde raconte la sienne en France. Vu de la Turquie, les gens ne voit pas les choses de la même façon.

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    ajlbn -

    En France on a la liberté d'expression! Enfin, presque! La censure masquée veille. Le forum ORANGE en est un bel exemple, qui rejette tout ce qui peut passer pour une critique, même respectueuse de la charte, du FN ou de Macron et de son gouvernement de droite!

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    CatonAncien -

    Désaccord mais sur quoi ? puisque le chef d'en marche veut lui aussi instaurer une police de sa vérité sur internet à la manière du dictateur turc...

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    Buggy777 -

    En Turquie les journalistes sont en prison , En France ils sont libres mais sont-ils vraiment libres ?

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    ajlbn -

    Sur le Forum ORANGE, la censure, même pour des propos respectueux de la charte, censure tout ce qui peut être une critique factuelle du FN et de Macron! L'ostracisme et le fait du prince modérateur sont la loi!

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