Uber Eats: en quête d'avancées, les livreurs veulent s'inspirer du modèle stéphanois

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Un livreur d'Uber Eats dans les rues de Paris, le 3 novembre 2020
Un livreur d'Uber Eats dans les rues de Paris, le 3 novembre 2020
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© AFP, JOEL SAGET

AFP, publié le vendredi 01 janvier 2021 à 12h39

Rémunération minimum, prime de nuit: les avancées obtenues par les livreurs d'Uber Eats à Saint-Etienne pourraient essaimer dans d'autres villes, espèrent des représentants de travailleurs, selon qui la plateforme veut éviter cet "effet boule de neige".

Deux jours de forte mobilisation, les 13 et 18 décembre, ont suffi aux livreurs stéphanois pour obtenir des concessions de la part d'Uber Eats: une rémunération minimum, à certaines heures et sous conditions, et le retour d'une "prime de pluie", à hauteur d'un euro par commande.

Ces avancées ont permis à la plateforme de passer Noël sans perturbation dans la préfecture de la Loire, alors que 180 livreurs, soit 90% des effectifs stéphanois travaillant pour les plateformes Uber Eats, Deliveroo et Stuart, s'étaient mobilisés les 13 et 18 décembre, assure Pierre, l'un des porte-paroles du mouvement.

Mais, à peine annoncées, ces concessions sont déjà menacées. Il s'agit de "mesures temporaires liées aux fêtes de fin d'année et aux conditions d'activité particulières à la ville", explique à l'AFP un porte-parole d'Uber Eats.

Une position qui ne surprend pas les livreurs. "On n'a rien signé, donc ils peuvent revenir sur leur décision en un claquement de doigts", concède Pierre, avant de prévenir: "La colère monte, les livreurs sont déjà prêts à se remettre en grève". Une négociation est prévue avec Uber Eats début janvier.

- "Tache d'huile" -

Bien que fragile, la réussite de cette mobilisation pourrait inspirer les livreurs d'autres villes. Des mouvements similaires ont récemment eu lieu, sans succès, à Lyon, Strasbourg, Nantes ou encore Angers.

"Le mouvement de Saint-Etienne montre que c'est possible d'obtenir quelque chose grâce au rapport de force", retient Ludovic Rioux, de la section CGT Uber Eats/Deliveroo à Lyon, où la mobilisation n'a pas été assez forte pour faire plier le géant américain.

"C'est la première fois qu'Uber Eats accepte de discuter avec des livreurs à la suite d'une mobilisation", souligne pour sa part Jérôme Pimot, porte-parole du Collectif des livreurs autonomes parisiens (Clap), qui suit avec attention les mouvements de livreurs hors de Paris.

Or, selon Pierre, Uber Eats a justement "eu peur de l'effet boule de neige". Ou, comme l'exprime Jérôme Pimot, de la possibilité "que cette méthode (de mobilisation) fasse tâche d'huile" et se répande dans d'autres villes où la plateforme est active.

Tous deux affichent des revendications communes: la rémunération horaire minimum mais aussi un tarif minimum à la course, l'arrêt du système de notation en place chez Uber Eats, contrairement à son concurrent Deliveroo, et l'arrêt des suspensions de comptes sans explications.

Cependant, en ayant recours, comme ses concurrents, à des livreurs indépendants, Uber Eats n'a aucune obligation d'étendre à d'autres villes les concessions faites aux travailleurs stéphanois.

La plateforme reconnaît d'ailleurs pouvoir "décider d'initiatives qui tiennent compte de contextes spécifiques à l'échelon d'une ville".

- "Nouvelle Internationale" -

Ludovic Rioux rappelle que cette rémunération minimum "existait avant", à l'apparition de ces plateformes en France. "C'est très compliqué de faire confiance à une plateforme qui réduit les rémunérations depuis son lancement", lâche-t-il, amer.

Plutôt que des concessions nationales de la part d'Uber Eats, les livreurs comptent en réalité davantage sur les pouvoirs publics. La ministre du Travail, Élisabeth Borne, a commandé un projet d'ordonnance sur le dialogue social dans le secteur à Bruno Mettling, ancien DRH d'Orange, Pauline Trequesser, travailleuse indépendante et animatrice d'un collectif d'indépendants, et Mathias Dufour, président d'un groupe de réflexion (#leplusimportant).

Pour se faire entendre de ces trois personnalités et des différentes plateformes du secteur, Jérôme Pimot rêve d'une "coalition de collectifs autonomes" dans toute la France, voire avec les livreurs d'autres pays, où "les griefs sont toujours les mêmes".

"En quatre ou cinq ans, l'ubérisation a presque réussi à créer une nouvelle Internationale", sourit-il. Une Internationale qui pourrait trouver sa planche de salut dans une ordonnance.

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