UE: Bruxelles veut un budget post-Brexit en hausse, mais avec des coupes

UE: Bruxelles veut un budget post-Brexit en hausse, mais avec des coupes
Le président de la Commission européeenne Jean-Claude Juncker (D) et l'eurodéputé britannique et fervent défenseur du Brexit Nigel Farage (G) font le geste du "high five" ("tape m'en cinq", pour encourager ...

AFP, publié le mercredi 02 mai 2018 à 16h53

La Commission européenne a plaidé mercredi pour un budget de l'UE en hausse après le Brexit, mais avec des coupes promettant de vives controverses dans deux secteurs emblématiques, l'agriculture et la cohésion en faveur des régions les plus modestes.

Après des mois de préparation, l'exécutif européen a également mis sur la table la création d'un lien inédit entre le versement de fonds européens et le respect de l'Etat de droit, qui ne devrait pas manquer de braquer des pays se sentant visés, comme la Pologne et la Hongrie.

La proposition, qui devra être négociée entre Etats membres et le Parlement européen, fixe à 1.279 milliards d'euros le budget pour la période 2021-2027 (contre 1.087 mds pour 2014-2020 en prix courants), en hausse malgré la perte prévue de l'importante contribution britannique.

"C'est un budget ambitieux mais équilibré, juste pour tous", a défendu le président de la Commission européeenne, Jean-Claude Juncker, qui a présenté sa proposition de "cadre financier pluriannuel" devant les eurodéputés réunis à Bruxelles.

- Le "trou" du Brexit -

Le cocktail d'économies et de nouvelles ressources demandées vise selon Bruxelles à donner à l'Union les moyens des ambitions affichées pour sa nouvelle vie à 27, sans le Royaume-Uni, dont le départ prévu fin mars 2019 rend l'équation budgétaire plus complexe que jamais.

Selon M. Juncker, le départ britannique va laisser un "trou de 15 milliards d'euros" par an dans les finances européennes après 2020 - dernière année de contribution de Londres malgré un Brexit programmé au printemps de l'année précédente.

Et la rupture avec ce "contributeur net" tombe d'autant plus mal que l'Union européenne cherche à financer à 27 de nouvelles politiques, en matière de défense ou de migration notamment, sans renoncer aux "anciennes".

Parmi les mesures les plus difficiles à faire passer dans les capitales, Bruxelles réclame "une réduction modérée" du financement  de la Politique agricole commune (PAC), chère à la France, et de la politique de cohésion, dont les pays de l'Est sont les grands bénéficiaires, "de 5% environ dans les deux cas".

Ceux domaines politiques emblématiques représentent actuellement respectivement 37% et 35% du budget de l'UE.

Pour Paris, "il est inacceptable que dans un budget en expansion il y ait des coupes si importantes dans les aides directes" aux agriculteurs, a réagi sans tarder une source diplomatique.

- "Etat de droit" -

Parmi les pays de l'Est, opposés à la baisse de la politique de cohésion, certains comme la Pologne et la Hongrie sont d'autant plus sur la défensive qu'ils se sentent visées par la proposition inédite de la Commission de lier versement de fonds européens et respect de l'Etat de droit.

Ce "nouveau mécanisme qui permettra de protéger le budget en fonction des risques liés aux déficiences de l'Etat de droit", a expliqué Jean-Claude Juncker, assurant qu'"il ne visait pas des Etats membres en particulier".

Plusieurs pays le réclamaient pour tirer les leçons du bras de fer infructueux entre Bruxelles et le gouvernement ultra-conservateur polonais, accusé de menacer l'indépendance de sa justice. Face à la lourdeur de la procédure en cours lancée par la Commission, l'idée est de pouvoir recourir à la pression financière dans des cas comparables.

"Nous n'accepterons pas de mécanismes arbitraires qui feront de la gestion des fonds un instrument de pression politique à la demande", avait averti récemment le vice-ministre polonais pour les Affaires européennes, Konrad Szymanski.

Des pays comme l'Autriche ou les Pays-Bas sont déjà mobilisés pour leur part contre une hausse des contributions nationales, à laquelle l'Allemagne et la France sont en revanche disposées.

La Commission plaide pour la nécessité de fonds plus importants pour le numérique, la recherche, le programme Erasmus+, la défense ou encorte la protection des frontières extérieures.

Elle a aussi proposé de nouvelles ressources propres pour l'UE, en demandant qu'une partie des revenus de la taxation des échanges de quotas de carbone soit à l'avenir orientée vers le budget européen. Elle a aussi mis sur la table la création d'une nouvelle taxe sur les déchets plastiques non recyclés. 

La Commission veut que les tractations entre Etats membres et eurodéputés soient bouclées avant les prochaines élections européennes, soit moins de deux mois après le divorce avec les Britanniques. 

"Ce genre de négociations prend normalement deux ans", souligne une source diplomatique, perplexe face à ce calendrier.

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