Un mini-krach, avant tout technique, qui n'a rien d'exceptionnel

Un mini-krach, avant tout technique, qui n'a rien d'exceptionnel©Boursier.com

Boursier.com, publié le mercredi 07 février 2018 à 15h02

Après la pluie le beau temps ? Les économistes et analystes sont à peu près du même avis : ce mini-krach semblait inévitable après la montée en quasi ligne droite des indices ces derniers mois, mais sur le fonds rien n'a changé et l'environnement reste porteur pour les marchés actions. Petit retour sur les raisons de cette baisse brutale.

Nicolas Chaput, directeur général d'Oddo BHF AM et co-directeur des investissements,  explique qu'après "un début d'année spectaculaire des actifs risqués et notamment des actions (MSCI World All countries + 5,6% fin janvier), la rapide hausse des taux observée sur l'ensemble de la courbe américaine a perturbé les investisseurs. En effet, en 3 mois, la hausse de 60 bps sur les taux à 10 ans américains n'avait pas été compensée par une hausse de la prime de risque équivalente sur les marchés actions. Avec une baisse de près de 9% des actions américaines depuis leur pic le 26 janvier 2018, nous sommes tentés de dire que le rattrapage est fait. Ainsi avec un PE à 12 mois sur les bénéfices prévisionnels passant de 19 à près de 16 (compte tenu des révisions de bénéfices à la hausse) la prime de risque diminue de ... 60bps. Le problème réside dans la soudaineté et la violence de la correction. Après un tel choc, le marché prend du temps avant de retrouver plus de sérénité".

Une correction avant tout technique

Chez Candriam, Nadège Dufossé, responsable de l'allocation d'actifs, souligne que la "vraie raison derrière la chute brutale du marché américain qui s'est produite lundi soir, était liée à une correction technique, et non à des craintes liées à l'inflation, comme en témoigne la baisse des rendements obligataires durant le mouvement de vente sur le marché actions. Cette correction est le résultat de la vente systématique et du rachat d'importantes positions à découvert sur l'indice de volatilité (Vix). Mais pour la spécialiste, il n'existe à ce stade pas de raison pour remettre en question le contexte de " Boucle d'Or " des derniers mois, associant la croissance à de faibles pressions inflationnistes. Ce dernier devrait toujours prévaloir et les fondamentaux rester avantageux cette année. Les actions sont devenues plus attrayantes après la récente correction. D'autant que la forte révision à la hausse des bénéfices devrait continuer de soutenir leur performance".

Des fondamentaux toujours positifs

Même son de cloche chez Onica Defend, responsable de la recherche et de la stratégie chez Amundi : "les fondamentaux positifs micro et macroéconomiques ne justifient pas le récent mouvement de marché. Alors que l'amélioration de la conjoncture économique se confirme, la saison des publications de résultats à travers le monde a été solide et en ligne avec notre opinion selon laquelle le cycle des bénéfices par action est crucial pour continuer à avoir du rendement sur les actions".

"la normalité peut se révéler surprenante"

James Bateman, directeur de la gestion diversifiée chez Fidelity, estime que, sur toute l'histoire des marchés financiers, la correction récente "n'a rien d'exceptionnel et est même tout à fait normal. Cependant, dans un monde où le concept même de correction semble avoir été oublié et alors que la hausse des marchés actions se voulait irrépressible, la normalité peut se révéler surprenante, voire douloureuse. Toutefois, nous assistons peut-être au signe le plus manifeste de la bonne santé des marchés financiers depuis longtemps. En effet, le rally boursier américain alimenté par les valeurs technologiques a tiré les valorisations à des niveaux hors de toute commune mesure. De plus, dans ce contexte économique favorable, particulièrement outre-Atlantique, l'anticipation d'une inflation durablement faible n'était plus tenable. Finalement, ce qui serait inquiétant, c'est de n'avoir eu aucune réaction de la part des marchés, alors même que le nouveau patron de la FED va devoir faire ses preuves..."

La volatilité ne devrait pas à nouveau disparaître

Dans le même sens, Mark Haefele, directeur des investissements d'UBS Wealth Management, note que "si la vitesse de la baisse du marché sur la semaine écoulée est impressionnante, des baisses de marché de cette ampleur ne sont pas extraordinaires. (..) Et le contexte fondamental favorable de croissance mondiale supérieure à la tendance et de qualité des résultats de sociétés reste intact...De notre point de vue, le risque de voir la Réserve fédérale relever trop rapidement les taux d'intérêt et déclencher une récession aux Etats-Unis au cours des deux prochaines années est très faible. Ceci dit, les marchés devraient rester volatils à court terme".

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