Un nouveau patron pour une SNCF sous haute tension

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Jean-Pierre Farandou, qui prendra la tête de la SNCF le 1er novembre et remplacera ainsi Guillaume Pepy, resté près de 12 ans à ce poste
Jean-Pierre Farandou, qui prendra la tête de la SNCF le 1er novembre et remplacera ainsi Guillaume Pepy, resté près de 12 ans à ce poste
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© AFP, ERIC PIERMONT, LUDOVIC MARIN

AFP, publié le jeudi 31 octobre 2019 à 20h17

Invocations du droit de retrait, grève sans préavis et mobilisation annoncée contre la réforme des retraites: le nouveau patron de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, va faire son entrée sur un terrain social miné, en pleine réforme ferroviaire.

"Il n'y a pas de crise sociale à la SNCF", martèle Guillaume Pepy, qui passera vendredi les rênes de l'entreprise à Jean-Pierre Farandou, ancien patron de Keolis, filiale de la SNCF spécialisée dans les transports en commun.

"Le climat social est extrêmement tendu, l'entreprise bouge dans tous les sens et les salariés ne se reconnaissent plus dans l'entreprise", s'alarme au contraire Olivier Depoulain, de l'Unsa ferroviaire, deuxième syndicat de cheminots. "Le malaise est très profond, à tous les niveaux de l'entreprise", affirme-t-il.

La contestation a pris ces dernières semaines des formes inhabituelles, à commencer par le droit de retrait - une grève "surprise" selon M. Pepy - qu'ont fait valoir des contrôleurs et conducteurs après la collision d'un TER avec un convoi routier exceptionnel dans les Ardennes ayant fait plusieurs blessés.

- "Cocotte-minute" -

A cet épisode qui a perturbé le trafic au début des vacances scolaires a succédé une grève sans préavis toujours en cours - qualifiée de "sauvage" par la direction - au Technicentre de Châtillon (Hauts-de-Seine), chargé de la maintenance des TGV de l'axe ouest et sud-ouest. Cette mobilisation spontanée, qui a échappé aux syndicats, a semé la pagaille dans le trafic avec 7 TGV sur 10 annulés en début de semaine.

Les quelque 200 grévistes ont réagi à chaud au projet de la direction de dénoncer un accord local garantissant douze jours de repos compensateurs pour ces agents touchant de bas salaires et soumis à des rotations de nuit et le week-end, un projet depuis enterré.

Cette grève est née d'"une vraie réaction collective de la base", affirme Julien Troccaz, secrétaire fédéral de Sud-Rail, troisième syndicat de l'entreprise. "La cocotte-minute explose là, mais elle va exploser partout", estime le syndicaliste.

Jeudi matin, des débrayages ont eu lieu dans deux autres centres de maintenance en banlieue parisienne, en charge des Eurostar, Thalys, et des TGV circulant sur les axes nord et sud-est. Mais "toutes les rames qui devaient être maintenues l'ont été, et sans retard", selon un porte-parole de la SNCF.

"Si on commence à jouer avec les règles de conflictualité, tout le monde sera perdant. Même les organisations syndicales, qui seront dépassées", met en garde un cadre de la direction.

-Chercher l'apaisement-

Des années de réorganisations, encore accrues avec l'ouverture imminente à la concurrence, ainsi que la perspective de la fin de l'embauche au statut de cheminot dès 2020, ont déboussolé les cheminots. Certains restent amers depuis l'adoption en juin 2018 de la réforme ferroviaire malgré le plus long mouvement de grève depuis 30 ans à la SNCF.

C'est dans ce "contexte d'urgence sociale" que Jean-Pierre Farandou, fin connaisseur du secteur, prend la direction du groupe, relève Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT-Cheminots (4e syndicat), dans une lettre ouverte au nouveau président.

Le syndicaliste regrette "une relation dégradée entre la direction et les cheminots, qui a engendré de profondes ruptures et une grande défiance" et réclame un "inventaire" sur "les effets des incessantes réorganisations". "Vous avez le pouvoir et le devoir d'apaiser les cheminots dans cette période charnière que connaît la SNCF", l'interpelle-t-il.

Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots, premier syndicat, exhorte la nouvelle direction à répondre rapidement aux différents signaux d'alarme tirés - sur la sécurité des trains, les difficultés du fret, l'insatisfaction des usagers dans les gares ou encore les inquiétudes pesant sur les petites lignes. Sans quoi "le climat explosif dans l'entreprise conduira à un nouveau conflit de grande ampleur en fin d'année", déclare-t-il à l'AFP.

Pour Didier Mathis, secrétaire général de l'Unsa ferroviaire, M. Farandou "arrive dans un climat des plus difficiles, surtout vis-à-vis de la réforme des retraites" sur laquelle il n'a pas de prise.

La CGT, l'Unsa et Sud se sont en effet déjà donné rendez-vous le 5 décembre contre cette réforme qui menace le régime spécial des cheminots, un mouvement que ces deux derniers souhaitent reconductible.

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