Un prince de la banque italienne, Andrea Orcel, à la tête d'UniCredit

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Andrea Orcel à Londres le 15 novembre 2012
Andrea Orcel à Londres le 15 novembre 2012
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AFP, publié le mercredi 27 janvier 2021 à 19h56

Andrea Orcel, longtemps considéré comme l'un des banquiers les mieux payés au monde, a été choisi mercredi pour prendre les rênes d'UniCredit dans un contexte de consolidation du secteur bancaire italien.

Ce banquier italien haut en couleurs prendra la succession du très austère Jean-Pierre Mustier, qui avait accepté de réduire de 25% ses émoluments en 2020, en signe de solidarité avec un pays durement frappé par la pandémie de coronavirus.

Le conseil d'administration de la banque a entériné à l'unanimité la nomination de "ce banquier de réputation internationale", selon son président sortant, Cesare Bisoni.

Andrea Orcel, 57 ans, avait défrayé la chronique en engageant une bataille judiciaire contre Banco Santander, qui avait promis de l'embaucher en janvier 2019 avant de faire marche arrière, jugeant qu'il coûtait trop cher.

Les indemnités qui devraient lui être versées dans le cadre de ce conflit - il réclame plus de 100 millions d'euros - lui ont permis de proposer à UniCredit de se passer de rémunération ou presque la première année, selon la presse italienne.

- "Cristiano Ronaldo des banquiers" -

Patron de la banque d'investissement d'UBS de 2014 à 2018, Andrea Orcel avait auparavant travaillé pendant 20 ans dans le secteur des fusions et acquisitions de Bank of America Merrill Lynch, une activité qui lui a valu le surnom de "Cristiano Ronaldo des banquiers".

Sa riche expérience dans ce domaine tombe à pic alors que le gouvernement italien souhaiterait revendre à UniCredit ses parts dans Banca Monte dei Paschi (BMPS), qui avait bénéficié d'un sauvetage public en 2017. 

Ce dossier avait divisé la coalition au pouvoir en Italie, avant même la démission mardi du Premier ministre Giuseppe Conte qui continue à gérer les affaires courantes.

L'un des deux piliers de la coalition, le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème), avait fustigé des "cadeaux aux banques" après des informations de presse faisant état de l'offre du gouvernement à UniCredit de lui racheter des milliards d'euros de créances douteuses pour faciliter la transaction.

Andrea Orcel va rejoindre chez UniCredit l'ancien ministre des Finances Pier Carlo Padoan, qui avait piloté le sauvetage en 2017 par l'Etat italien de BMPS, alors au bord d'une faillite retentissante. M. Padoan a été désigné en octobre président d'UniCredit pour la période 2021-2023.

Considérée comme le maillon faible du système bancaire italien, BMPS avait à l'époque bénéficié d'une recapitalisation de 5,4 milliards d'euros de la part de l'Etat italien, qui est désormais son premier actionnaire avec une part de 64%.

- Champion des fusions -

Dix ans auparavant, Andrea Orcel avait assisté en tant que conseiller à la vente par Banco Santander de Banca Antonveneta, banque italienne régionale, à BMPS, une acquisition qui devait par la suite précipiter la chute de la plus vieille banque du monde.

Les 9 milliards d'euros déboursés alors par BMPS avaient été jugés excessifs par les analystes.

M. Orcel a également joué un rôle majeur dans la fusion entre Unicredito et Credito Italiano en 1998, qui avait alors donné lieu à la création du premier groupe bancaire italien. 

Depuis, UniCredit s'est fait doubler par son concurrent Intesa Sanpaolo, qui lui a ravi sa première place en absorbant Ubi Banca.

Le Français Jean-Pierre Mustier, qui a réussi à redresser UniCredit depuis son arrivée à sa tête en 2016, devrait quitter la banque après la présentation des résultats annuels le 11 février, a-t-on appris de source financière.

Selon le consensus des analystes publié par Unicredit, la banque doit s'attendre à une perte nette abyssale de 2,3 milliards d'euros pour 2020.

M. Mustier avait annoncé en novembre qu'il quitterait son poste en raison de divergences avec le conseil d'administration sur la stratégie à mener. Il avait réitéré régulièrement que sa stratégie d'ici 2023 excluait d'éventuelles acquisitions.

Il se positionnait ainsi à contre-courant du mouvement de consolidation en cours dans le paysage bancaire italien, avec le rachat d'Ubi Banca par Intesa Sanpaolo et les visées de Crédit Agricole sur Creval.

La tradition française ne se perdra pas totalement chez UniCredit, car Andrea Orcel a fréquenté le lycée français Chateaubriand à Rome.

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