Vaccin anti-Covid : critiqué, AstraZeneca contraint à une étude supplémentaire

Vaccin anti-Covid : critiqué, AstraZeneca contraint à une étude supplémentaire©Boursier.com

Boursier.com, publié le jeudi 26 novembre 2020 à 19h52

Le laboratoire britannique devra faire une nouvelle étude avant d'envisager une mise sur le marché de son candidat vaccin. Les bons résultats publiés en début de semaine résultaient d'une erreur de protocole que le groupe avait d'abord escamotée...

C'est un fâcheux contretemps pour le vaccin contre le Covid-19 développé par le laboratoire britannique AstraZeneca et l'université d'Oxford. Après une communication brouillonne et des soupçons d'irrégularités dans l'essai de Phase 3, le vaccin nécessite "une étude supplémentaire", a indiqué jeudi le directeur général du groupe.

Dans un entretien à l'agence 'Bloomberg', Pascal Soriot, a reconnu que "maintenant que nous avons trouvé ce qui semble être une meilleure efficacité, nous devons la valider, donc nous devons faire une étude supplémentaire". Ce sera probablement une autre "étude internationale, mais celle-ci pourrait être plus rapide car nous savons que l'efficacité est élevée, nous avons donc besoin d'un plus petit nombre de patients", a-t-il poursuivi.

Une efficacité de 90% obtenue suite à une "erreur" de dosage!

Depuis la publication, lundi, des résultats préliminaires de son essai de phase 3, le laboratoire est sous le feu des critiques concernant la rigueur de son étude et de sa communication. Il s'est en effet avéré que le protocole ayant obtenu les meilleurs résultats (90% d'efficacité) lors de cet essai est le fruit d'une.... erreur de dosage. Cela pourrait être une bonne nouvelle, à ceci près que le groupe pharmaceutique n'a pas initialement communiqué sur cette erreur, et ne l'a dévoilée que mercredi, à la suite de critiques d'experts et de scientifiques.

Le fait d'avoir tardé à révéler l'erreur pourrait bien entamer la confiance du public et des autorités sanitaires envers ce vaccin, et diminuer ses chances d'obtenir rapidement une autorisation de mise sur le marché. Les vaccins concurrents, ceux de Pfizer-BioNTech et de Moderna, ont de leur côté affiché une efficacité proche de 95% en phase 3 et leur protocoles offrent a priori une transparence irréprochable.

Le dosage le moins élevé serait le plus efficace

AstraZeneca avait annoncé lundi que son candidat vaccin affichait une efficacité de 70%. Ce taux reflétait en fait la moyenne entre deux protocoles expérimentaux distincts : le premier, efficace à 90% consistait à administrer une demi-dose, puis une dose complète un mois plus tard, tandis que le second, efficace à seulement 62%, consistait en une dose complète suivie d'une autre dose complète un mois plus tard. Or, il s'avère qu'il n'était initialement prévu qu'un seul protocole, celui prévoyant l'injection de deux doses complètes.

Autre problème : le taux de 90% a été obtenu sur un groupe de seulement 3.000 patients (qui n'ont reçu qu'une demi-dose au départ, suite à l'erreur), alors que le taux de 62% a été obtenu sur un groupe bien plus important, de près de 9.000 personnes. D'où la nécessité de faire un essai complémentaire afin de pouvoir valider le protocole le plus efficace.

Un "heureux hasard", mais une communication défaillante

Le vice-président exécutif d'AstraZeneca, Mene Pangalos, a expliqué mercredi dans une interview à 'Reuters' que l'erreur de dosage provenait d'une entreprise contractuelle, et a décrit cette erreur comme un "heureux hasard".

Dans un autre entretien, au 'New York Times', M. Pangalos a rejeté maladroitement les accusations de manque de rigueur, expliquant qu'il ne voyait pas l'intérêt de dévoiler d'emblée l'erreur de dosage. "Cela ne change rien que ce soit fait exprès ou non", a-t-il déclaré, estimant que ce vaccin constituait une "réussite scientifique britannique".

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