Venezuela: l'embargo américain sur le pétrole, un levier pour pousser Maduro vers la sortie?

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Monument situé devant le siège du du groupe pétrolier public vénézuélien PDVSA, le 29 janvier 2019 à Caracas
Monument situé devant le siège du du groupe pétrolier public vénézuélien PDVSA, le 29 janvier 2019 à Caracas
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© AFP, LUIS ROBAYO

AFP, publié le vendredi 26 avril 2019 à 16h32

L'entrée en vigueur d'un embargo américain sur le pétrole vénézuélien va forcer Caracas à dépendre d'autres partenaires, russes et chinois en tête, mais il risque aussi d'aggraver la crise économique, sans nécessairement pousser le président Nicolas Maduro vers la sortie.

Jusque-là, les sanctions américaines tapaient au portefeuille du chef de l'Etat et de hauts responsables vénézuéliens, avec comme but affiché de renverser le gouvernement au profit de l'opposant Juan Guaido, président par intérim auto-proclamé et reconnu comme tel par une cinquantaine de pays.

Mais l'embargo qui entre en vigueur dimanche touche le pilier même de la fragile économie vénézuélienne, le pétrole, qui représente 96% du revenu national et dont les Etats-Unis sont de gros consommateurs. Fin 2018, le Venezuela exportait un demi-million de barils par jour (b/j) vers les Etats-Unis et 75% de ses revenus pétroliers provenaient d'entreprises américaines.

L'embargo va interdire à toute entreprise américaine d'acheter du pétrole au Venezuela et à toute entité étrangère d'utiliser le système bancaire américain pour se fournir en or noir vénézuélien.

Le premier effet palpable risque d'être une baisse drastique de la production. Le cabinet de conseil en énergie Rapidan Energy Group estime que la compagnie pétrolière publique PDVSA pourrait ainsi produire 200.000 b/j en moins, ce qui accentuerait la dégringolade de sa production passée de 3,2 millions b/j en 2008 à seulement 840.000 b/j au mois de mars.

Les conséquences sur le quotidien des Vénézuéliens pourraient être immédiates. Gorka Lalaguna, analyste au cabinet vénézuélien Ecoanalitica, juge qu'il sera "de plus en plus difficile" de maintenir la quasi-gratuité de l'essence à la pompe. 

Et c'est sans compter sur la chute des revenus de l'Etat qui risque d'avoir encore plus de mal à répondre aux attentes d'une population déjà durement éprouvée par la crise. L'hyper-inflation devrait atteindre 10.000.000% cette année, selon le FMI, les coupures de courant sont devenues monnaie courante et le pays connaît des graves pénuries de médicaments. 

-"Bouées de sauvetage"-

Voyant l'embargo américain se profiler à l'horizon dès son annonce en janvier, le gouvernement vénézuélien a anticipé. Il s'est tourné vers des partenaires chinois et russes qui se chargent de distribuer son pétrole, de percevoir les revenus qui en découlent et de les reverser à PDVSA. 

Le Venezuela, affirme l'analyste Luis Oliveros, utilise le géant russe semi-public du pétrole Rosneft et "d'autres entreprises pour placer son brut" sur le marché. Une assertion que réfute Rosneft.

Le président de PDVSA, Manuel Quevedo, s'est aussi rendu en Inde avec pour objectif de multiplier par deux les 300.000 b/j que Caracas fournit à des entreprises indiennes, telles Reliance Industries et Nayara Energy (liée à Rosneft).

Mais le spectre de l'embargo a refroidi les entreprises indiennes. La semaine dernière, Reliance a indiqué à l'AFP qu'elle avait commencé à freiner ses importations de pétrole vénézuélien et qu'elle suspendait ses exportations vers Caracas de diluants nécessaires au raffinage du brut.

Parallèlement, les revenus provenant des exportations vers la Chine et la Russie vont avant tout dans le remboursement de la dette extérieure du Venezuela qui s'élève à 150 milliards de dollars. 

Mais malgré les obstacles, la Russie et la Chine apparaissent de plus en plus comme des "bouées de sauvetage" pour le Venezuela, plongé dans la pire crise de son histoire récente, estime l'analyste Luis Oliveros.

Nicolas Maduro met cette crise sur le compte des sanctions américaines, dont l'embargo sur le pétrole est la plus significative jamais prise à l'encontre du Venezuela.

Le gouvernement risque d'être forcé de réduire encore un peu plus l'offre de services publics et le mécontentement de la population pourrait augmenter. Mais "rien ne dit que cela mettra fin au gouvernement Maduro", prévient Michael Shifter du centre de réflexion Inter-American Dialogue, basé à Washington.

Car dans l'équilibre des forces vénézuéliennes, la clef de voûte reste l'armée, dont l'état-major continue à soutenir Nicolas Maduro.

Le contrôle que le haut-commandement militaire exerce sur PDVSA lui permet de profiter de la rente pétrolière. Après l'entrée en vigueur de l'embargo, le président vénézuélien devrait "le faire bénéficier en priorité des ressources dont il dispose", estime David Smilde du Washington Office on Latin America, un centre de réflexion qui défend les droits de l'Homme.

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