Venezuela: les syndicalistes pétroliers dans la ligne de mire du pouvoir

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La raffinerie Amuay, le 29 octobre 2020 à Punto Fijo, au Venezuela
La raffinerie Amuay, le 29 octobre 2020 à Punto Fijo, au Venezuela
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© AFP, Handout, Vice-présidence vénézuélienne

AFP, publié le mercredi 23 décembre 2020 à 08h23

Visés par des accusations de terrorisme, divulgation d'informations confidentielles ou incitation à la haine, les syndicalistes du secteur pétrolier au Venezuela ont connu ces derniers mois une vague d'arrestations. 

"L'idée c'est de neutraliser par la force le mouvement syndical pétrolier", dénonce Ivan Freites, responsable de la Fédération unitaire des travailleurs pétroliers du Venezuela (FUTPV), qui a annoncé samedi sur les réseaux sociaux son exil à Bogota, en Colombie voisine. 

Dans une conversation avec l'AFP sur la messagerie WhatsApp, le syndicaliste de 57 ans accuse le gouvernement du président Nicolas Maduro de mener une "politique de persécution" envers les représentants syndicaux alors que le pays traverse depuis plusieurs années la plus grave crise économique de son histoire moderne. 

"Ils allaient finir par m'arrêter", ajoute Ivan Freites qui a réussi à passer clandestinement la frontière sous une fausse identité, malgré les restrictions imposées par la pandémie de coronavirus. 

Le 18 novembre, à Puerto La Cruz (est), des agents de la Direction de la contre-intelligence militaire (DGCIM) ont arrêté un autre syndicaliste du secteur, Eudis Girot, l'accusant de terrorisme et de divulgation d'informations sensibles.

Quatre jours plus tôt, Guillermo Zarraga, un collègue d'Ivan Freites à la raffinerie de Paraguana, la plus importante du pays, située à Falcon (nord-ouest), a été interpellé après une explosion sur le site que le gouvernement a qualifié d'"attaque terroriste". 

Des dirigeants syndicaux affirment que l'explosion a été provoquée par des avaries lors de la réactivation des installations qui souffrent de pénuries d'essence. 

Début 2020, le 28 janvier, la Garde nationale avait arrêté deux syndicalistes, Marcos Sabariego et Gil Mujica, en pleine réunion avec des ouvriers dans une des principales raffineries du pays, El Palito, dans l'Etat de Carabobo (centre-nord). 

Le 6 mai, c'était au tour de Bartolo Guerra d'être arrêté par la DGCIM à Puerto La Cruz après des négociations avec les responsables d'une filiale de transport maritime de la compagnie publique Petroleros de Venezuela SA (PDVSA). 

- Hémorragie -

Le Venezuela, qui possède les plus grandes réserves de pétrole au monde, produisait il y a une douzaine d'années jusqu'à 3,2 millions de barils par jour. Aujourd'hui, à peine 400.000 barils/j sont mis sur le marché, selon l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). 

La production en chute libre, sur fond d'accusations de mauvaise gestion et de corruption, a pris un nouveau coup avec l'embargo imposé en 2019 par Washington.

Avant cette chute drastique, PDVSA fournissait plus de 90% des revenus du pays. 

"Les pétroliers, nous sommes les plus attaqués en raison de ce que signifie le pétrole (...), c'est la base de leur pouvoir et ils ne vont pas permettre que les travailleurs se rebellent", estime Ivan Freites, dans une allusion au gouvernement.

L'ONG de défense des droits humains, Provea, critique du pouvoir, dénonce, elle, une "criminalisation" du syndicalisme. 

Le pouvoir "part du principe que tout acte de protestation effectué par des citoyens est (...) une +action déstabilisatrice+, refusant (...) la reconnaissance du droit de manifestation pacifique et de grève", estime l'ONG. 

Or dans ce contexte de crise, les salaires des ouvriers et des ingénieurs de PDVSA, qui ont fait longtemps des envieux, mais ne résistent plus à l'hyperinflation ni à la chute du bolivar, la monnaie locale, varient entre 3 et 10 dollars par mois. 

Les entreprises mixtes, de capitaux publics et privés, payent des primes jusqu'à 300 dollars. Mais c'est loin de profiter à tous les salariés du secteur qui a compté jusqu'à 150.000 employés sous le président Hugo Chavez (1999-2013) et a subi depuis une hémorragie de moitié en raison des bas salaires. 

"La classe ouvrière existe au-delà de la répression et de la prison (...) Nous allons continuer" à lutter, assure à l'AFP José Bodas, le secrétaire général de la FUPTV, qui rapporte des démissions et mises en retraite forcées. 

Mais le syndicalisme n'est pas épargné par les divisions : le président de la FUTPV, Wills Rangel, a été élu député sous l'étiquette du pouvoir aux élections législatives du 6 décembre, boycottées par l'opposition et non reconnues par une partie de la communauté internationale.

Nicolas Maduro, qui se vante régulièrement d'être un "président ouvrier" en raison de son passé de chauffeur de bus et de syndicaliste, assure qu'au Venezuela "les droits syndicaux sont garantis".

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