Veolia s'engage à ne pas lancer d'OPA hostile sur Suez, toujours opposé à la fusion

Veolia s'engage à ne pas lancer d'OPA hostile sur Suez, toujours opposé à la fusion
Veolia a annoncé qu'il s'engageait "inconditionnellement" à ne pas déposer d'offre publique d'achat hostile sur Suez, accédant ainsi à la principale condition posée par le grand actionnaire Engie pour lui céder ses parts
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AFP, publié le dimanche 04 octobre 2020 à 21h09

Pour tenter de convaincre Engie de lui céder d'ici lundi soir ses parts dans Suez, Veolia s'est engagé dimanche à ne pas lancer d'OPA hostile sur son rival, qui a toutefois aussitôt rejeté cette déclaration pacifique en assurant que, pour lui, l'opération restait "hostile".

Jugeant que l'affaire avait assez duré, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a appelé dimanche soir les deux groupes à "parvenir à un accord amiable dans les prochaines heures".

Le ministre a fait état de "progrès dans les discussions" au cours du week-end, montrant selon lui qu'un "accord est possible entre Veolia et Suez sur la cession de l'actif d'Engie dans Suez" avant lundi soir. 

Veolia a annoncé fin août son intention de constituer un géant du secteur en rachetant son rival historique Suez: d'abord en rachetant auprès d'Engie les 29,9% qu'il détient dans Suez, puis en lançant une offre publique d'achat (OPA) sur le reste du capital.

Face à l'hostilité de Suez et aux garanties exigées par l'Etat, actionnaire d'Engie à hauteur de 23,6%, Veolia a relevé mercredi l'offre faite à ce dernier, pour la porter à 3,4 milliards d'euros. Dimanche, il a fait un pas de plus en s'engageant, comme l'exigeait l'Etat, à ne pas lancer d'OPA hostile sur Suez. 

La réaction de Suez ne s'est pas fait attendre: Philippe Varin, son président du conseil d'administration, a fait savoir que pour le groupe, "l'opération proposée, notamment la première étape d'achat du bloc de 29,9% des actions de Suez (détenues) par Engie, reste hostile".

"L'offre a été considérée comme hostile par notre conseil d'administration: comment pouvez-vous déclarer que vous espérez un accord amical dans les heures à venir?", s'est interrogée pour sa part l'intersyndicale de Suez, à l'adresse du ministre.

- "bric-à-brac d'actifs" -

Dimanche soir, Suez a réaffirmé dans un communiqué son soutien au projet alternatif porté par le fonds français Ardian, un "projet de croissance" qui permettra notamment de doubler la part de l'actionnariat salarié".

Problème: entre Ardian et Veolia, Engie semble clairement pencher en faveur du second. L'énergéticien a en effet prévenu qu'il n'examinerait "une offre alternative" à celle de Veolia "que s'il s'agit d'une offre ferme et à un prix au moins égal à celui de Veolia".

La contre-proposition transmise mercredi à Engie par Ardian n'est pour l'instant qu'une lettre d'intention. Reste donc à savoir si Ardian, qui a les faveurs de la direction et des syndicats de Suez, est en mesure de déposer, avant lundi soir, une offre ferme d'un montant minimum de 3,4 milliards d'euros. 

Dimanche, une quarantaine de députés majoritairement LREM ont demandé à Bruno Le Maire de laisser le temps à Ardian de "formuler une offre solide et crédible". "Eu égard à l'importance des enjeux, il paraît opportun que ce temps lui soit laissé", écrit le député Pierre Person, qui va déposer lundi, symboliquement, une proposition de loi pour interdire les OPA hostiles pendant la crise sanitaire. 

De son côté, l'ancien ministre de l'Economie Arnaud Montebourg a appelé le gouvernement à agir contre le "dépeçage" d'un groupe plus que centenaire, fustigeant ce qu'il estime être "une distribution oligarchique d'avantages dans un cercle restreint d'amis privilégiés du pouvoir".

Pour une source proche de Suez, "c'est scandaleux qu'on ne nous laisse pas quelques jours pour sauver notre boîte". 

"Sous couvert d'offre amicale, la proposition de Veolia revient à constituer un bric-à-brac d'actifs hétéroclites, qui n'aura pas d'avenir stratégique, et répond à la seule volonté de Veolia de remplir ses obligations en matière de concurrence. C'est une logique de défaisance, pas une logique industrielle", ajoute une deuxième source proche.

Au contraire, "lors des discussions entre les deux groupes, Suez a fait des propositions constructives pour préserver son rang d'acteur mondial dans l'eau et les services à l'environnement, ainsi que l'intégrité de son socle industriel en France. Tout en offrant de renforcer Veolia sur certains segments où la société est particulièrement faible à l'international", a-t-elle fait valoir. 

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