Ville allemande vieillissante recrute Polonais du Brexit

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La mairie de Görlitz (g) et l'hôtel Boerse (g) dans le centre historique de la ville, le 26 novembre 2020 en Allemagne
La mairie de Görlitz (g) et l'hôtel Boerse (g) dans le centre historique de la ville, le 26 novembre 2020 en Allemagne
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© AFP, John MACDOUGALL

AFP, publié le mardi 08 décembre 2020 à 12h54

Des champignons séchés et du gâteau aux épices et fruits confits. Certains Polonais vivant au Royaume-Uni découvriront avant Noël ce colis surprise au fond de leur boîte aux lettres. 

L'expéditeur de ces spécialités polonaise et allemande? La ville de Görlitz, en ex-RDA. 

Confrontée à une démographie vieillissante et en manque de main-d'oeuvre, elle veut attirer des Polonais tentés d'abandonner la Grande-Bretagne en raison du Brexit.

Depuis un an, la cité collée à la frontière polonaise mène donc une campagne active sur internet à destination des 900.000 Polonais résidant dans le royaume. Environ 100.000 ont déjà quitté les îles britanniques depuis le référendum sur la sortie de l'Union européenne en 2016.

Outre des annonces dans le journal de la communauté et une page Facebook, elle répond à des questions très concrètes, en trois langues : "Puis-je transférer le siège de mon entreprise?", "Mon assurance maladie me couvre-t-elle en arrivant à Görlitz?", "Puis-je travailler à Görlitz sans connaissances linguistiques?".

Les loyers très raisonnables dans cette ville qui aligne des joyaux architecturaux le long de pittoresques rues pavées y sont également mis en avant.

- Classes bilingues -

Dans les bureaux de l'organisme de promotion économique, l'instigatrice de l'opération, Andrea Behr, assure que Görlitz vit déjà largement à l'heure polonaise. 

"Si vous entrez dans une boulangerie, c'est peut-être une Polonaise qui va vous servir (...) Si vous allez dans les crèches ou les écoles, vous trouvez des classes bilingues", énumère-t-elle.

Parmi les 57.000 habitants, 4.000 sont Polonais et nombreux sont ceux qui traversent la frontière tous les jours pour y travailler, attirés par les confortables rémunérations de ce côté-ci de la rivière Neisse.

Depuis Zgorzelec, la ville jumelle polonaise, il suffit de franchir le pont routier Jean-Paul II pour rejoindre Görlitz. 

- Pénurie - 

Comme dans toute l'ex-RDA communiste, la ville a vu sa population fondre depuis la Réunification.

Derrière la réussite de "Görliwood", son surnom depuis que de grosses productions américaines comme "Grand Budapest Hotel" y ont été tournées, on ne compte pas les façades lépreuses, les fenêtres condamnées, les usines en ruine.

L'an dernier, le parti d'extrême-droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) s'est retrouvé en position de conquérir la mairie, les formations traditionnelles ont dû former une alliance contre nature pour lui faire barrage.

"En moyenne, ici, quand un enfant naît, deux personnes meurent. Dans quelques années, nous serons confrontés à une pénurie importante de main-d'oeuvre", explique Andrea Behr.

Les manques se font déjà sentir : de la recherche aux métiers ouvriers et manuels en passant par l'informatique et le secteur médical, des postes ne sont pas pourvus faute de candidats.

L'an dernier, le principal hôpital de Görlitz s'est offert un encart publicitaire dans un grand quotidien britannique. Le message adressé en deux langues aux médecins et infirmières polonais était limpide: "Rentrez à la maison!". 

- Salaires allemands - 

Pour le maire de Zgorzelec, Rafal Gronicz, cette opération séduction a de quoi plaire à ses compatriotes: "La plupart de ceux qui vont quitter le Royaume-Uni voudront conserver le même niveau de vie et ne rentreront certainement pas en Pologne". 

A Görlitz, "ils peuvent gagner des salaires allemands tout en se rapprochant de leur famille, de leur pays", argumente-t-il.

La Polonaise Izabela Jucha a sauté le pas. Partie travailler en Grande-Bretagne au moment où son pays rejoignait l'UE en 2004, elle vient de s'installer dans la région avec son mari et leur fille qu'ils ont inscrite dans une école de Görlitz.

La famille a élu domicile côté polonais mais Izabela Jucha apprend l'allemand avec l'espoir de développer son expertise dans les ressources humaines à Görlitz qui "présente de meilleures opportunités économiques".

Le Brexit "a marqué un saut dans l'inconnu (...). Nous ne savions pas si nous allions perdre notre emploi", raconte cette trentenaire qui a vécu 12 ans en Angleterre, puis au Canada.

"L'avenir de notre fille de 14 ans a été déterminant dans notre décision", ajoute-t-elle. "Le système éducatif ici est très bon et gratuit".

Difficile toutefois de tirer un bilan de cette campagne suspendue pendant plusieurs mois à cause de la pandémie. "Un déménagement dans un pays étranger ne se fait pas d'un jour à l'autre", assure Andrea Behr. "Nous devons donc agir sur le long terme".

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