Virus: Lufthansa sauvée de la faillite par une aide de 9 milliards d'euros

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Manifestation de salariés de Lufhansa à Berlin le 24 juin 2020
Manifestation de salariés de Lufhansa à Berlin le 24 juin 2020
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© AFP, Tobias SCHWARZ

AFP, publié le jeudi 25 juin 2020 à 20h31

Le premier groupe de transport aérien européen Lufthansa a reçu jeudi l'aval pour un plan de sauvetage de 9 milliards d'euros, qui lui évite la cessation de paiement face au coronavirus et va voir l'Etat allemand revenir à son capital.

Réunis en assemblée générale, les actionnaires ont très largement approuvé le projet à plus de 98% des voix. Une majorité des deux-tiers était requise.

"On y est arrivé! Nous allons nous en sortir" désormais, a exulté juste après le président du conseil de surveillance de la compagnie allemande, Karl-Ludwig Kley.

Cet aval est "une bonne nouvelle pour plus de 100.000 employés" du groupe, a salué le ministre allemand de l'Economie, Peter Altmaier, pour qui Lufthansa a désormais "la perspective de faire face à la plus grave crise de son histoire".

L'issue de ce vote est restée longtemps incertaine en raison des réserves du principal actionnaire de la compagnie, Heinz Hermann Thiele, un milliardaire allemand. 

Ce dernier était réticent à l'idée de voir l'Etat allemand acquérir au moins 20% de Lufthansa dans le cadre de ce plan, une première depuis la privatisation complète de la compagnie en 1997.

M. Altmaier a en retour assuré que l'Etat "n'interfèrerait pas dans les affaires opérationnelles" de Lufthansa.

La Commission européenne, gardienne de la concurrence, a de son côté annoncé qu'elle validait le projet.

Cela n'a pas été du goût de la compagnie low cost Ryanair, qui a annoncé qu'elle déposerait un recours en justice.

Pour convaincre les actionnaires, Lufthansa a rappelé que la compagnie, pratiquement clouée au sol par l'épidémie, était financièrement aux abois. "Nous n'avons plus d'argent", a averti le président du conseil de surveillance.

Sans soutien de l'Etat, Lufthansa devrait déposer le bilan dans un délai "de quelques jours", a-t-il prévenu.

- Restructuration -

Dans les tractations autour du plan de sauvetage, le principal actionnaire actuel, le milliardaire allemand Heinz Hermann Thiele, qui détient encore 15,5% du capital, a joué un rôle pivot.

Ce n'est qu'au dernier moment, mercredi soir, qu'il a fait savoir qu'il approuverait le plan d'aide, tout en réclamant une "restructuration" rapide de la compagnie.

Et "j'aurai une influence sur les évolutions chez Lufthansa à l'avenir", a averti l'homme d'affaires, qui pèse 15 milliards d'euros selon le magazine Forbes.

Mais même en bénéficiant de l'aide publique, la suite s'annonce compliquée car le redémarrage ne sera que très progressif: en septembre, il prévoit une offre toujours inférieure de 60% à la normale.

"Une reprise rapide n'est pas en vue, et nous savons que les conséquences (du coronavirus) auront un impact encore pendant les prochaines années", a expliqué le patron du groupe, Carsten Spohr, une "vaste restructuration" est nécessaire.

- Emplois menacés -

A terme, le groupe aura une centaine d'avions de moins sur ses 763 d'avant la crise, qui a cloué au sol la quasi-totalité de la flotte pendant près de deux mois.

Pour s'adapter à cette baisse prolongée, Lufthansa veut supprimer 22.000 emplois équivalent temps plein, soit 16% des effectifs mondiaux, dont la moitié en Allemagne, et négocie à cet effet avec les syndicats.

Mercredi soir, un premier pas a été franchi, avec un accord sur 500 millions d'euros d'économies entre direction et syndicat du personnel navigant.

Il prévoit des gels des rémunérations, des départs à la retraite anticipés et des périodes de chômage technique pour éviter des licenciements de stewards et hôtesses de l'air.

Un accord "du même ordre de grandeur" est en vue avec les représentants des pilotes, tandis que les discussions pour le personnel au sol étaient pour l'instant "décevantes".

Concernant les différentes filiales de Lufthansa, l'Autriche a prévu d'aider Austria Airlines à hauteur de 450 millions d'euros, sans monter au capital.

En Suisse, Berne va garantir 1,2 milliard de prêts aux filiales Swiss et Edelweiss, tandis que les négociations se poursuivent en Belgique, où Brussels Airlines est en passe de supprimer un millier d'emplois.

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