Vivendi rend sa liberté à Ubisoft, qui s'allie avec Tencent

Vivendi rend sa liberté à Ubisoft, qui s'allie avec Tencent
Le géant des médias Vivendi a renoncé à sa prise de contrôle hostile d'Ubisoft en annonçant mardi la vente de sa participation dans le capital de l'éditeur français de jeux vidéos pour deux milliards d'euros.

AFP, publié le mardi 20 mars 2018 à 21h47

Le géant des médias Vivendi a renoncé à sa prise de contrôle hostile d'Ubisoft en annonçant mardi la vente de sa participation dans le capital de l'éditeur français de jeux vidéos pour deux milliards d'euros.

Le départ de Vivendi permet notamment à Ubisoft de faire rentrer à son capital, à hauteur de 5%, un partenaire stratégique chinois, le géant internet Tencent.

Cet accord avec Tencent va permettre à Ubisoft d'accélérer son développement en Chine dans les années à venir "et d'exploiter un marché dont le potentiel est considérable", a déclaré Yves Guillemot, PDG d'Ubisoft, qui retrouve, avec sa famille, le contrôle du groupe qu'ils avaient fondé.

Vivendi, qui détient toujours l'éditeur de jeux vidéo pour mobile Gameloft, réalise une confortable plus-value dans l'opération, puisque le groupe avait acquis sa participation ces trois dernières années pour un montant global de 794 millions d'euros.

Mais cette sortie de capital est un échec pour le groupe de Vincent Bolloré, qui avait assuré que sa montée au capital d'Ubisoft manifestait "une volonté d'actionnariat à long terme".

Vivendi s'était heurté dès son arrivée dans le capital d'Ubisoft à l'opposition d'Yves Guillemot, soutenu par sa famille et des salariés dans sa bataille pour défendre l'indépendance de son entreprise. 

Dès le début, Yves Guillemot avait estimé que le mariage serait destructeur et défavorable aux actionnaires. 

Les annonces de mardi permettent aux frères Guillemot de regagner le contrôle du groupe qu'ils ont fondé. Leur holding familiale, Guillemot Brothers SE, rachète en effet une partie des actions cédées par Vivendi. 

Après l'opération, "le concert de la famille Guillemot représentera 18,5% du capital et 24,6% des droits de vote", a indiqué Alain Martinez à des journalistes. 

- La Chine, deuxième marché mondial? -

Le partenariat avec Tencent doit permettre à Ubisoft d'asseoir sa présence sur le marché chinois, en particulier pour ses jeux phares comme "Assassin's Creed" ou "Rainbow Six". 

"Avec cet accord nous serons en meilleure position pour obtenir l'autorisation d'un jeu", puis pour le distribuer et apporter "un support opérationnel au jour le jour" aux joueurs, a expliqué Alain Martinez, le directeur financier d'Ubisoft.

"Tencent est la première plateforme mondiale avec un milliard de joueurs mensuels, c'est une force de frappe considérable", a-t-il souligné.

Pour lui, la Chine a le potentiel pour devenir "le troisième" voire "le deuxième" territoire pour Ubisoft derrière les Etats-Unis, détrônant au passage la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni qui occupent tour à tour la seconde place avec 10% des ventes.

"Mais il faut être prudent", car le partenariat avec Tencent "ne veut pas dire que tous nos jeux vont être approuvés et que nous allons avoir un succès dans tous les cas", a-t-il expliqué.

Même s'ils n'ont pas d'autorisation de vente officielle en Chine, "Assassin's Creed" ou "Rainbow Six" sont déjà très joués dans ce pays: les joueurs se les procurent de manière non officielle via Hong Kong ou Taïwan, ou bien sur des plateformes de téléchargement international.

La Chine est déjà au "sixième ou septième" rang en matière de nombre de joueurs pour ces jeux, a indiqué Alain Martinez. 

Outre Tencent, le fonds de pension Ontario Teachers va aussi entrer au capital d'Ubisoft, à hauteur de 3,4%. Déjà actionnaire de Google, Samsung ou Facebook, ce fonds avait déjà signalé il y a quelque temps sa volonté d'entrer dans le capital d'Ubisoft, a précisé  Alain Martinez. 

Ubisoft rachète aussi lui-même une partie des titres des Vivendi. Le reste sera placé auprès de divers investisseurs.

Ubisoft n'était pas la seule participation à problème pour Vivendi. Le groupe de Vincent Bolloré fait face actuellement à une fronde menée par le fonds d'investissement activiste Elliott chez Telecom Italia (Tim), dont il détient 24% du capital.

Vivendi est également à couteaux tirés avec le groupe italien Mediaset, dont il détient aujourd'hui 28,8% du capital. 

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