Vols intérieurs interdits : l'UFC-Que Choisir dénonce "un gain environnemental dérisoire"

Vols intérieurs interdits : l'UFC-Que Choisir dénonce "un gain environnemental dérisoire"©Boursier.com

Orange avec Boursier.com, publié le vendredi 09 avril 2021 à 15h04

Le projet de loi Climat vise notamment à supprimer certaines lignes aériennes intérieures lorsqu'il existe une alternative par train. Mais selon l'association de défense des consommateurs, "seules 5 lignes rentrent dans le périmètre"...

Le projet de loi Climat vise notamment à supprimer certaines lignes aériennes intérieures lorsqu'il existe une alternative par train. Mais selon l'association de défense des consommateurs, "seules 5 lignes rentrent dans le périmètre"...

Ce week-end, les députés doivent examiner l'article du projet de loi Climat et Résilience relatif à l'interdiction des vols intérieurs en cas d'alternative ferroviaire satisfaisante. Mais pour l'UFC-Que Choisir, qui a publié ce vendredi une étude sur les impacts économiques et environnementaux de cette mesure, le seuil d'interdiction des vols intérieurs lorsqu'une alternative existe par train, qui a été défini, aboutit à "un gain environnemental dérisoire".

"Seules 5 lignes du territoire métropolitain entrent dans le périmètre de la mesure au seuil des 2 heures 30, soit 2,7 millions de passagers par an (12% du trafic intérieur métropolitain)", explique l'association de défense des consommateurs. Il s'agit des lignes "Paris - Bordeaux ; Paris - Lyon ; Paris - Nantes ; Paris - Rennes ; Lyon - Marseille" et "seule la ligne Paris - Bordeaux (4ème ligne la plus fréquentée) dépasse le million de passagers", précise-t-elle.

Ainsi, la mesure permet d'économiser "seulement 3,5% des émissions du transport métropolitain aérien, soit 73.300 t CO2eq", selon les calculs de l'UFC-Que Choisir, qui appelle à faire passer le seuil à 4 heures.

Revenir au seuil proposé par le Convention citoyenne pour le Climat

L'association rappelle d'ailleurs que la Convention citoyenne pour le Climat préconisait d'interdire les vols intérieurs en cas d'alternative ferroviaire de moins de 4 heures. A ce seuil, 18 lignes pourraient ainsi être concernées (6,9 millions de passagers en 2019, soit 30% du trafic). "Le périmètre englobe Paris - Marseille (1,6 million de passagers) et Paris - Montpellier (990.000 passagers). Ces 2 lignes supplémentaires sont parmi les 5 lignes intérieures les plus fréquentées", souligne-t-elle.

"Sur le périmètre des lignes concernées par la mesure au seuil des 4 heures, le ferroviaire est en capacité physique d'absorber la demande de l'aérien (6,9 millions de passagers aériens pour environ 39 millions de places disponibles)", assure l'UFC-Que Choisir, qui reconnaît tout de même que "des déficits d'offre pourraient apparaître aux heures de pointe ou les jours de forte affluence".

D'autre part, le projet de loi Climat prévoit des dérogations pour les liaisons empruntées "majoritairement" par des passagers en correspondance. Ces exemptions représentent "un chemin direct vers une mesure inopérante", estime l'association, qui recommande d'"exempter non les lignes mais les voyageurs, lorsqu'ils peuvent apporter la preuve qu'ils sont en correspondance".

"Un risque de monopole SNCF"

Par ailleurs, l'association s'inquiète également d'"un risque de monopole SNCF", rappelant que "les trajets dans le périmètre des 4 heures sont majoritairement desservis par des trains à grande vitesse". Ainsi, la suppression des lignes aériennes place "le ferroviaire (et plus particulièrement le TGV), en situation de monopole de fait sur les liaisons à grande vitesse (les liaisons en autocar ou en covoiturage ne pouvant pas être considérés comme des transports à grande vitesse)", affirme-t-elle.

"Une réponse à ce risque concurrentiel est l'ouverture à la concurrence, lancée officiellement en décembre 2020 sur les trains grandes lignes", rappelle-t-elle, ajoutant toutefois qu'elle "s'est trouvée échaudée par la crise sanitaire, et pour l'instant, aucun concurrent de la SNCF n'opère des trains sur les lignes concernées".

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