Washington hausse le ton face à la Turquie et menace de nouvelles sanctions

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Le ministre turc des Finances et gendre de Recep Tayyip Erdogan, Berat Albayrak, à Istanbul le 10 août 2018.
Le ministre turc des Finances et gendre de Recep Tayyip Erdogan, Berat Albayrak, à Istanbul le 10 août 2018.
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© AFP, Yasin AKGUL

AFP, publié le vendredi 17 août 2018 à 03h30

Les Etats-Unis ont menacé jeudi de frapper une Turquie déjà ébranlée par l'effondrement de la livre avec de nouvelles sanctions si un pasteur américain, une nouvelle fois qualifié d'"otage" par Donald Trump, n'était pas libéré.

Le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a en effet averti que les Etats-Unis prendraient des sanctions supplémentaires contre Ankara si Washington n'obtenait pas la libération du pasteur Andrew Brunson.

"Nous prévoyons de faire davantage s'ils ne le libèrent pas rapidement", a-t-il affirmé lors d'une réunion à la Maison Blanche du cabinet du président Trump et de ses principaux ministres.

Le pasteur Brunson, au coeur de la tempête diplomatique entre les deux alliés de l'Otan, a été placé le mois dernier en résidence surveillée après plus d'un an et demi d'incarcération. Il est accusé par Ankara d'espionnage et d'activités "terroristes".

Le président Trump, qui s'est exprimé avant M. Mnuchin, a de nouveau pris la défense du pasteur, "un homme très innocent" selon lui, et jugé que la Turquie n'avait pas été une très bonne "amie".

Pendant la soirée, il s'est de nouveau exprimé à ce sujet, cette fois sur Twitter. 

"La Turquie a profité des Etats-Unis pendant beaucoup d'années. Ils retiennent notre merveilleux Pasteur Chrétien, à qui je dois maintenant demander de représenter notre Pays en tant qu'otage patriote. Nous ne paierons rien pour la libération d'un homme innocent", a-t-il écrit.

Le puissant ministre turc des Finances Berat Albayrak, qui est aussi le gendre du président Recep Tayyip Erdogan, avait assuré plus tôt que son pays "émergerait encore plus fort" de la crise de la livre, dont la valeur a fondu de 40% par rapport au dollar cette année.

Il a par ailleurs indiqué, lors d'une téléconférence avec plusieurs milliers d'investisseurs, que son pays n'était pas en contact avec le Fonds monétaire international pour un éventuel plan d'aide et qu'Ankara n'aurait pas recours au contrôle des capitaux.

Ces annonces ont relativement rassuré les marchés et permis à la livre de reprendre des couleurs pour le troisième jour de suite.

- Livre turque convalescente -

L'avenir du pasteur Brunson reste encore très flou. Un tribunal turc a en effet rejeté mercredi la levée de son assignation à résidence, mais son avocat a indiqué à l'AFP qu'une autre cour de plus haute instance devait encore se prononcer cette semaine.

Cette querelle diplomatique a eu des répercussions économiques, Ankara et Washington ayant imposé ces dernières semaines des sanctions réciproques et haussé leurs tarifs douaniers respectifs.

Le vice-président Mike Pence, chrétien évangélique comme M. Brunson, a désigné le pasteur comme une "victime de persécution religieuse" dans une Turquie à majorité musulmane.

Ces dernières déclarations américaines risquent de mettre davantage de pression sur la livre turque, qui montre depuis mardi des signes de convalescence, grâce notamment à des mesures d'Ankara limitant la spéculation des banques étrangères.

Malgré le rebond de la livre de ces derniers jours, les économistes restent préoccupés par la dispute entre Ankara et Washington et par la mainmise de M. Erdogan sur l'économie.

Les marchés ont sévèrement sanctionné le refus de la banque centrale de relever ses taux d'intérêt le mois dernier, en dépit de la chute de la monnaie nationale et d'une inflation galopante. M. Erdogan, partisan de la croissance à tout prix, s'y oppose fermement.

Selon un communiqué de ses services, M. Albayrak a promis jeudi aux investisseurs que son gouvernement aurait deux priorités: combattre l'inflation, qui a atteint près de 16% en glissement annuel en juillet, et la discipline budgétaire.

- Entretien avec Macron -

Dans la tourmente financière, la Turquie a reçu un soutien de poids mercredi: l'émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, a promis au cours d'un entretien avec M. Erdogan à Ankara que son pays y investirait 15 milliards de dollars.

Signe que la crise avec Washington incite par ailleurs la Turquie à renouer avec l'Europe, M. Erdogan s'est entretenu au téléphone mercredi avec la chancelière allemande Angela Merkel et jeudi avec son homologue français Emmanuel Macron.

Selon Ankara, MM. Erdogan et Macron ont souligné, au cours de cet échange, "l'importance de renforcer davantage les relations économiques" entre leurs deux pays.

M. Albayrak s'est quant à lui entretenu jeudi avec son homologue allemand, Olaf Scholz

Par ailleurs, la justice turque a ordonné mardi la libération de deux soldats grecs et mercredi du président d'Amnesty International en Turquie, des décisions inattendues dans deux affaires qui ont contribué à tendre les rapports entre ce pays et les Etats européens.

"Ces libérations ne sont évidemment pas une coïncidence", remarque une source diplomatique européenne. 

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