Washington ravive le spectre de la guerre des changes

Washington ravive le spectre de la guerre des changes
Tableau devises change

Boursier.com, publié le jeudi 25 janvier 2018 à 20h53

Depuis deux jours, l'administration Trump a semé la pagaille sur le marché des devises et relancé les craintes de guerre des changes. Mercredi, le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, a ainsi jugé "bon pour le commerce américain" le recul d'environ 12% du dollar face aux principales devises mondiales depuis la prise de fonction de Donald Trump. Ses propos, qui ont fait brusquement chuter le dollar, ont toutefois été démentis jeudi par Donald Trump, qui a assuré vouloir au contraire un "dollar fort", faisant remonter le billet vert...

"Le dollar va devenir de plus en plus fort et au bout du compte je veux voir un dollar fort", a dit le président américain dans une interview accordée à la chaîne 'CNBC', à l'occasion de sa venue au Forum économique mondial de Davos, en Suisse. Les propos de Steven Mnuchin ont été "sortis de leur contexte", a-t-il ajouté.

L'euro fait du yo-yo après les déclarations

L'euro a d'abord bondi d'environ 2% depuis mercredi, franchissant le seuil de 1,25$ jeudi en séance, remontant à son plus haut niveau depuis plus de trois ans. Mais après les déclarations de Donald Trump, la devise européenne a fait marche arrière, passant d'un gain de 1% jeudi en séance à un recul de 0,3%, à 1,2366$...

Depuis le 20 janvier 2017 (date de la prise de fonction de Donald Trump), la monnaie unique européenne,  s'est tout de même appréciée d'environ 16% par rapport au dollar, pénalisant la compétitivité des entreprises de la zone euro sur les marchés mondiaux.

La BCE s'inquiète de la position américaine

Le président de la BCE Mario Draghi (qui s'exprimait avant les propos de Donald Trump) s'est inquiété jeudi de la prise de position de Steven Mnuchin, s'interrogeant sur le non-respect des Etats-Unis face à leurs engagements internationaux.

Lors de la conférence de presse suivant la réunion de politique monétaire de la BCE, Mario Draghi a estimé que la récente hausse de l'euro était en partie liée à des propos qui sont allés à l'encontre de l'engagement de ne pas faire de déclarations visant à faire monter ou baisser les devises. Sans le nommer, le patron de la Banque centrale européenne visait clairement le secrétaire américain au Trésor.

Ne pas pratiquer la dévaluation compétitive

En octobre dernier, les Etats-Unis avaient accepté, sous l'égide du Fonds monétaire international (FMI) de s'engager avec les autres grands pays à s'interdire de pratiquer des dévaluations compétitives et de faire de leur taux de change une arme commerciale pour conquérir des parts de marché.

Mario Draghi a ajouté que plusieurs responsables de la BCE s'étaient demandés jeudi s'il y avait un changement de politique des Etats-Unis. "Plusieurs membres du conseil des gouverneurs ont fait part de leur inquiétude, pas seulement sur les taux de change mais sur la politique dans son ensemble (...) si tout cela devait conduire à un durcissement injustifié de notre politique monétaire, alors nous devrons réfléchir à notre politique monétaire", a-t-il ajouté.

Politique protectionniste de Washington

"Les taux de change ne font pas partie des objectifs de la BCE mais sont un paramètre important à surveiller pour la croissance et la stabilité des prix. Il est trop tôt pour dire si cette volatilité a eu un impact sur l'inflation", a encore déclaré Mario Draghi au sujet de la brusque appréciation de l'euro ces derniers jours.

La faiblesse du billet vert donne en effet un avantage compétitif aux multinationales américaines, ce qui pourrait pousser d'autres pays, notamment en Asie, à affaiblir leurs monnaies pour contrer ce phénomène, entraînant des turbulences économiques imprévisibles.

Le discours protectionniste de Donald Trump, qui entend encourager les compagnies à produire aux Etats-Unis plutôt qu'à délocaliser et importer, renforce le sentiment que Washington s'oriente vers une position plus dure en matière de changes et d'échanges commerciaux.

Rappel à l'ordre de Christine Lagarde

Pour sa part, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a appelé Steven Mnuchin à expliciter ses remarques. Dans un entretien avec la chaîne 'Bloomberg TV', elle a rappelé à Washington que la valeur du dollar était déterminée par le marché et les fondamentaux de l'économie américaine, précisant que le moment n'est pas propice à une guerre des changes...

Steven Mnuchin a tenté de tempérer jeudi ses propos de la veille, en affirmant qu'il y avait "à la fois des avantages et des inconvénients liés à la position du dollar à court terme". Il a assuré que les Etats-Unis voulaient une concurrence économique loyale.

"Nous voulons un commerce libre, juste et réciproque. Donc tout est clair : nous ne voulons pas entrer dans des guerres commerciales mais nous entendons aussi défendre les intérêts de l'Amérique", a expliqué le ministre des Finances américain.

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