Washington renonce à sanctionner la société principale du gazoduc controversé Nord Stream 2

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Le terminal du gazoduc Nord Stream 2 à Lubmin, en Allemagne, le 7 septembre 2020
Le terminal du gazoduc Nord Stream 2 à Lubmin, en Allemagne, le 7 septembre 2020
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© AFP, Odd ANDERSEN

AFP, publié le jeudi 20 mai 2021 à 08h17

Les Etats-Unis ont annoncé mercredi qu'ils renonçaient à imposer des sanctions contre la principale société participant à la construction du gazoduc Nord Stream 2 entre l'Allemagne et la Russie, un projet qui divise Berlin et Washington.

Les Etats-Unis ont annoncé mercredi qu'ils renonçaient à imposer des sanctions contre la principale société participant à la construction du gazoduc Nord Stream 2 entre l'Allemagne et la Russie, un projet qui divise Berlin et Washington.

"Les mesures prises aujourd'hui démontrent l'engagement de l'administration (du président Joe Biden) envers la sécurité énergétique en Europe, conformément à la promesse du président de restaurer les relations avec nos alliés et partenaires en Europe, une question de sécurité nationale", a indiqué le chef de la diplomatie Antony Blinken en annonçant cette décision.

"Notre opposition au gazoduc Nord Stream 2 est inébranlable", a ajouté le secrétaire d'Etat américain. Mais "bien que nous ne soyons pas toujours d'accord, nos alliances restent fortes".

Dans une lettre adressée au Congrès, M. Blinken indique avoir décidé de sanctionner plusieurs entités russes impliquées dans le projet, tandis que la société Nord Stream 2 AG, une filiale du géant russe Gazprom qui a son siège en Suisse, et son PDG Matthias Warnig, qui est de nationalité allemande, bénéficient d'une exemption.

Ces exemptions sont "dans l'intérêt national des Etats-Unis", souligne M. Blinken aux élus du Congrès qui ont voté en 2019 une loi obligeant l'exécutif à imposer des sanctions aux parties impliquées dans le projet Nord Stream 2.

L'imposition de sanctions "aurait affecté les relations des Etats-unis avec l'Allemagne, l'Union européenne, et d'autres alliés et partenaires européens", ajoute-t-il. Berlin insiste sur le fait que le projet est "nécessaire" et "considère les sanctions américaines comme une interférence dans ses affaires internes".

L'Ukraine, que le gazoduc contourne, et d'autres pays d'Europe de l'Est "continuent à demander instamment aux Etats-Unis de s'opposer au projet Nord Stream 2, mais ils ne sont pas tous favorables à des sanctions contre des entités ou des personnes européennes", ajoute-t-il.

- "Cadeau à Poutine" -

Avant même cette annonce, l'Allemagne s'était réjouie de cette décision, la saluant comme une "étape constructive".


"Nous comprenons que les décisions qui ont été prises à Washington tiennent compte de la relation extraordinairement bonne qui a été construite avec l'administration (du président américain Joe) Biden", a indiqué le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas lors d'une conférence de presse.

Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a également salué ce possible infléchissement américain : "C'est mieux que de lire des annonces de nouvelles sanctions, ce serait certainement positif".

Mais les élus du Congrès américains ont vivement protesté. Le sénateur républicain Jim Risch a estimé que c'était "un cadeau à Poutine" qui ne ferait que "réduire la marge de négociation des Etats-Unis lors du prochain sommet Biden-Poutine".

De son côté, l'influent sénateur démocrate Bob Menendez a appelé l'administration à revenir sur les exemptions accordées à la société Nord Stream 2 AG et son PDG. Le gouvernement "dit que le gazoduc est une mauvaise idée", a-t-il ajouté. "Je partage cette opinion et je ne vois pas comment cette décision fait avancer nos efforts pour contrer l'agression russe en Europe".

Le département d'Etat ne sanctionne que quatre navires russes poseurs de pipeline et quelques autres entités mineures qui participent aux travaux du gazoduc sous-marin, long d'environ 1.200 kilomètres et achevé à 95%.

Le projet associe principalement le géant russe Gazprom à cinq groupes européens: le français Engie, les allemands Uniper et Wintershall, l'autrichien OMV et l'anglo-néerlandais Shell.

Le chantier a repris en février dans les eaux danoises. Dans les eaux allemandes, deux tronçons d'une quinzaine de kilomètres restent à poser et un permis, contesté par des associations écologistes, a été confirmé en début de semaine par l'administration fédérale.

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