Wirecard: scandale financier en Allemagne au parfum de faillite d'Enron

Wirecard: scandale financier en Allemagne au parfum de faillite d'Enron
Scandale financier en Allemagne: Wirecard a admis qu'une somme de 1,9 milliard d'euros, bien qu'inscrite à son bilan, n'existait "très probablement" pas

AFP, publié le lundi 22 juin 2020 à 18h35

Il pourrait s'agir de la plus grande fraude financière récente, rappelant le scandale Enron aux Etats-Unis: la société allemande Wirecard a admis lundi qu'une somme de 1,9 milliard d'euros, bien qu'inscrite à son bilan, n'existait "très probablement" pas.

S'ajoutant aux affaires du Dieselgate chez Volkswagen ou de malversations chez Deutsche Bank, la chute de ce prestataire de services financiers sur le segment en plein boom des paiements électroniques - concurrent d'entreprises comme le français Worldline, le néerlandais Adyen ou l'américain Square - jette une ombre sur la réputation de sérieux et de solidité économique de l'Allemagne.

Cette affaire est "un désastre complet", s'est exclamé lundi Felix Hufeld, président du gendarme financier du secteur, la BaFin. 

Il a aussi reconnu que son autorité n'avait "pas su empêcher" une situation "jamais vue" au sein de l'indice vedette de la Bourse de Francfort, le Dax, dont Wirecard fait partie. 

Dans la nuit de dimanche à lundi, la firme bavaroise a admis qu'une somme de 1,9 milliard d'euros inscrite à son bilan "n'existe très probablement pas", nourrissant les soupçons de fraude de grande envergure.

Pour cette raison, les auditeurs du groupe ont refusé de certifier les comptes 2019 de la société, dans cette affaire aux multiples rebondissements qui a déjà conduit à la démission du patron de l'entreprise Markus Braun et à l'effondrement du cours de l'action Wirecard.

A la Bourse de Francfort, le titre a terminé lundi par un nouveau plongeon, de 44% à 14,44 euros, contre près de 100 euros mercredi, la veille de la révélation de doutes sur la sincérité des comptes, confirmés désormais.

- Banques aux Philippines -

Cette affaire a des ramifications aux Philippines: c'est là que les 1,9 milliard de fonds étaient censés se trouver sur des comptes appartenant à des banques. 

Cette somme représente un quart du total de bilan de Wirecard, qui garantit des règlements de transactions effectuées en ligne par des entreprises.

Les banques des Philippines censées abriter les fonds ont affirmé n'avoir aucun lien avec Wirecard et la Banque centrale du pays, qui a ouvert une enquête, a assuré que "les fonds manquants ne sont pas entrés dans le système financier".

Pour aggraver le tout, l'avocat jouant le rôle d'agent fiduciaire censé superviser aux Philippines la gestion des comptes pour Wirecard est introuvable. 

Mais dans une déclaration transmise à l'hebdomadaire Der Spiegel, il a nié être au courant des "supposées malversations".

Wirecard "part du principe" que la description des activités réalisées à travers ces comptes tiers "n'est pas exacte" et se demande si ces opérations ont réellement été menées". En clair: la direction soupçonne des fonds fictifs et une gigantesque fraude.

L'agence de notation Moody's a retiré Wirecard de sa surveillance et l'avenir de cette dernière reste suspendu au soutien des banques, qui pourraient fermer le robinet du crédit. 

L'entreprise a non seulement reporté sine die la publication de ses résultats 2019, mais elle "ne peut pas exclure une révision des comptes des années précédentes".

- Le précédent Enron -

Longtemps perçue comme une "success story" de la finance allemande, forte aujourd'hui de 6.000 salariés et 26 succursales dans le monde, Wirecard se retrouve empêtrée dans une spirale qui rappelle le sort du groupe d'énergie américain Enron au début des années 2000.

Le groupe texan, qui gonflait artificiellement ses profits, masquait ses pertes et falsifiait ses comptes pour améliorer sa valeur boursière, avait fini par faire faillite.

Wirecard est au départ une startup allemande créée en 1999, ayant au départ servi d'intermédiaire dans des paiements électroniques réalisés pour l'industrie du porno et des jeux en ligne.

Désormais, c'est une avalanche de problèmes judiciaires qui se profile pour elle.

Le parquet de Munich enquête depuis début juin sur l'ensemble du directoire dont son ex-président et le chef des opérations, Jan Marsalek, renvoyé définitivement lundi après sa mise à pied provisoire décidée le 18 juin. 

Ces dirigeants auraient cherché au printemps à embellir une expertise comptable à venir du cabinet KPMG. Ils risquent des peines de prison à la lumière des nouvelles révélations intervenues depuis jeudi.

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