Airbus : bras de fer à risque ?

Airbus : bras de fer à risque ?©Boursier.com

Boursier.com, publié le mardi 18 février 2020 à 11h08

Airbus se stabilise sur les 131 euros ce mardi après plusieurs séances de doute, alors que les Etats-Unis ont annoncé vendredi qu'ils allaient relever de 10% à 15% les droits de douane sur les avions importés de l'UE à partir du 18 mars prochain, de quoi accentuer la pression sur Bruxelles dans le cadre du conflit sur les subventions accordées à Airbus.

Le bureau du Représentant américain au Commerce a toutefois fait savoir que Washington restait disposé à parvenir à un accord avec l'UE sur le sujet, mais pourrait revoir ses mesures si Bruxelles imposait à son tour des droits de douane... "Cette mesure va avoir un impact sur les compagnies américaines déjà confrontées à une pénurie d'appareils et compliquera les efforts visant à trouver un accord avec l'UE", a souligné Airbus dans un communiqué, tout en précisant qu'il allait poursuivre les discussions avec ses clients américains pour "atténuer les effets des taxes douanières dans la mesure du possible"...

Rendez-vous au printemps

L'avionneur européen dit espérer que la position de Washington évoluera, compte tenu de la menace de l'UE d'imposer des taxes sur les produits américains dans une affaire similaire concernant des subventions accordées à Boeing, qui doit être jugée au printemps devant l'OMC... Boeing a déclaré de son côté travailler avec les autorités américaines pour "que les Etats-Unis soient rapidement en pleine conformité" avec les décisions de l'OMC... "L'UE et Airbus pourraient mettre fin à ces taxes douanières en se conformant enfin à leurs obligations légales, en cessant ces subventions illégales et en réglant ce préjudice. Nous espérons qu'ils le feront", a détaillé un communiqué de l'avionneur américain.

Européens et Américains se renvoient la balle depuis 2004 en s'accusant d'aides illégales via des subventions publiques à destination des deux constructeurs Airbus et Boeing...
Dans le cadre du contentieux sur les subventions accordées à Airbus, l'Organisation mondiale du commerce a autorisé en octobre dernier les Etats-Unis à taxer 7,5 milliards de dollars de produits industriels et agricoles importés d'Union européenne. Washington a ensuite imposé le 18 octobre 2019 des droits de douane de 10% sur les avions et de 25% sur d'autres produits industriels et agricoles importés de l'Union européenne, dont le vin français, le fromage italien ou encore le whisky écossais...

La division militaire sur le gril

Parmi les derniers avis de brokers, le Credit Suisse reste à 'surperformance' sur le dossier Airbus avec un objectif de cours ajusté de 146 à 170 euros. La Société Générale reste aussi à l'achat sur le titre avec un objectif de cours ajusté en légère baisse de 157 à 155 euros après un repli du titre de l'ordre de 5% la semaine dernière.
Le groupe européen a dévoilé jeudi une perte nette de 1,36 milliard d'euros en 2019, imputable à des charges exceptionnelles liées en particulier à son avion de transport militaire A400M et au règlement d'un litige avec la justice... Le résultat d'exploitation a reculé à 1,34 MdE, contre 5 MdsE un an plus tôt, après 5,607 MdsE de charges exceptionnelles, dont 3,6 MdsE liés au règlement d'un litige aux Etats-Unis, en France et au Royaume-Uni sur des soupçons de corruption. L'important carnet de commandes et les déboires multiples de Boeing offrent cependant une belle visibilité au dossier...

Le responsable de la division militaire d'Airbus a par ailleurs annoncé l'ouverture cette semaine des discussions avec les syndicats sur des suppressions d'emplois, en raison des difficultés persistantes du programme d'avion militaire A400M. Des problèmes techniques récurrents sur l'appareil ont conduit l'armée de l'air allemande à refuser la livraison de deux avions l'automne dernier... Le groupe a passé sur ce programme une charge de 1,2 milliard d'euros dans ses comptes 2019, en raison des incertitudes concernant les perspectives à l'export de l'appareil. Airbus Defence and Space, dont le siège est en Allemagne, emploie 34.000 personnes, dont 13.000 outre-Rhin, et contribue pour environ 1/5e au chiffre d'affaires du groupe aéronautique.

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