Altice sépare ses actifs en Europe et aux Etats-Unis

Altice sépare ses actifs en Europe et aux Etats-Unis©Boursier.com

Boursier.com, publié le mardi 09 janvier 2018 à 07h13

Les investisseurs voulaient des mesures choc concernant le groupe Altice. Ils vont être en partie servis. Le groupe dirigé par Patrick Drahi a décidé de séparer son périmètre européen, Altice NV, de ses activités américaines, Altice USA. De quoi permettre à chaque division de se concentrer davantage sur des opportunités distinctes de création de valeur sur leur marché respectif, tout en assurant une plus grande transparence pour les investisseurs, assure le groupe dans un communiqué diffusé hier soir. L'opération pourrait être réalisée à la fin du printemps, une fois les autorisations réglementaires et le feu vert des actionnaires d'Altice obtenus.

Techniquement, la séparation sera mise en oeuvre par une scission ("spin-off") des 67,2% du capital d'Altice USA détenus par Altice NV. Les titres seront distribués aux actionnaires d'Altice NV à raison de 0,4163 action Altice USA pour chaque Altice NV ordinaire détenue. Une fois l'opération achevée, les deux entités auront un management distinct et ne seront plus reliées que par le holding Next de Patrick Drahi, qui conservera des participations dans les deux entités et sera président du conseil d'Altice NV (rebaptisé Altice Europe) et chairman du conseil d'Altice USA. En parallèle, les actionnaires d'Altice USA recevront un dividende exceptionnel de 1,5 milliard de dollars en numéraire, qui sera financé par la ligne de crédit revolving existante d'Optimum et par un nouveau crédit. Altice NV utilisera 625 des 900 ME de dividendes ainsi perçus pour rembourser une partie de la ligne de financement corporate Altice Financing et conservera 275 ME dans son bilan. Altice USA lancera aussi un programme de rachat d'actions doté de 2 Mds$ dès la finalisation de la séparation.

Réorganisation en Europe dans la télévision

En Europe, le CEO s'appelle Dennis Okhuijsen, secondé d'Armando Pereira (COO) et Burkhard Koep (CFO). Alain Weill reste aux commandes de SFR. Le nouveau périmètre sera restructuré et comprendra Altice France (SFR Telecom, SFR Media, actifs ultramarins, Altice Technical Services France et Intelcia), Altice International (MEO Portugal, HOT Israël, Altice République Dominicaine, Teads et Altice Technical Services Europe) et la nouvelle entité Altice Pay TV (division contenus, droits sportifs principaux et autres contenus premium dont NBC Universal et Discovery). Les contenus premium d'Altice Europe seront transférés dans une entité dédiée opérée séparément et dotée de son propre compte de résultats, explique le groupe. Altice France va annuler ses contrats de gros de télévision à péage actuels pour les contenus et les chaînes transférés à Altice Pay TV, et devenir un client de cette entité, avec un nouvel accord de partage des revenus et un minimum garanti annuel nettement réduit. Un montant de 300 ME sera payé en 2018 en faveur d'Altice Pay TV par Altice France, qui continuera à distribuer la télévision payante à ces clients, notamment SFR Sports et les chaînes Altice Studio. Le groupe estime que cette nouvelle structure permettra aux investisseurs de mieux jauger la performance d'Altice France par rapport à la concurrence.

La nouvelle stratégie d'Altice Europe consiste à renouer avec la croissance des revenus, de la rentabilité et du cash-flow, explique le management, pour désendetter la société. En parallèle, les dirigeants "avancent" sur la cession d'actifs non-stratégiques. Altice France devrait dégager cette année, sur son nouveau périmètre, 1,6 à 1,7 MdE de cash-flow libre opérationnel, en intégrant les 300 ME payés à Altice Pay TV et 200 ME de manque à gagner sur le changement de règle comptable concernant la TVA. Côté bilan, la scission ne devrait pas beaucoup modifier l'organisation de la dette d'Altice Europe, organisée en "silos", pour reprendre l'expression du management. Pro forma des opérations de réorganisation, la dette nette d'Altice Europe aurait atteint 31 MdsE fin septembre dernier, avec une maturité et un coût moyen de respectivement 6,6 ans et 5,5%. Cela représente 5,4 fois l'Ebitda des 12 derniers mois. Altice France (ex-SFR) n'a pas d'échéance majeure avant 2022 et Altice International pas avant 2023. La position de trésorerie et de lignes de crédit non utilisées ressortait à 3,4 MdsE à fin septembre. L'objectif du groupe reste de ramener la dette à 4 fois l'Ebitda. Outre les espoirs de redressement opérationnel, le management fonde ses objectifs de désendettement sur la mise en vente des pylônes télécoms et des activités en République Dominicaine. La vente des actifs suisses pour 214 MCHF, déjà annoncée, devrait être bouclée rapidement.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.