Asie : début de semaine en petites foulées

Asie : début de semaine en petites foulées©Boursier.com

Boursier.com, publié le lundi 18 mai 2020 à 07h28

Les places financières de la zone Asie/Pacifique progressent sans forcer ce lundi matin, en hausse de 0,5% à Tokyo, de 0,6% à Shanghai, de 0,7% à Hong Kong, Singapour et Seoul. Taiwan recule en revanche de 0,6% et Bombay perd même 3% sur l'annonce de la poursuite du confinement dans le pays jusqu'à fin mai. A l'issue d'une séance en dents de scie, rappelons que la Bourse de New York avait réussi à finir dans le vert vendredi soir, malgré l'annonce d'un effondrement de la consommation en avril aux Etats-Unis, lié aux mesures de confinement prises pour juguler le coronavirus... Les tensions commerciales continuent aussi d'empoisonner le climat, les Etats-Unis ayant visé une nouvelle fois l'équipementier télécoms chinois Huawei, et ce même si l'administration Trump continue de souffler le chaud et le froid concernant ses relations avec Pékin. Les cours du pétrole ont de leur côté poursuivi leur "rally" après l'annonce d'une forte baisse du nombre de forages actifs aux Etats-Unis, leur 9e semaine de recul consécutive. De quoi refranchir la barre des 30$ sur le baril WTI et celle des 33$ sur le Brent.
A la clôture, l'indice Dow Jones s'est avancé de 0,25% à 23.685 points, tandis que l'indice large S&P 500 a gagné 0,39% à 2.863 pts, et que le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a repris 0,79% à 9.014 pts. Sur l'ensemble de la semaine, les trois indices sont toutefois repartis à la baisse de respectivement 2,6%, 2,2% et 1,2% sur 5 séances.

Le secteur des semi-conducteurs (-2,2% pour l'indice SOX) a malgré tout pesé sur la tendance en réaction à une décision du département du commerce bloquer la vente à Huawei de semi-conducteurs produits avec de la technologie américaine...

Jerome Powell veut rassurer les troupes

Dans un entretien retransmis durant l'émission "60 minutes" sur la chaîne CBS, le patron de la Fed, Jerome Powell, a souligné la nuit dernière que les questions sanitaires restaient "centrales" pour le succès de la réouverture de l'économie américaine, appelant la population à s'entraider, en respectant la distanciation sociale, alors que les mesures de confinement sont progressivement assouplies... "Si nous sommes prudents sur la manière dont nous rouvrons l'économie afin que la population poursuive les mesures de distanciation sociale et que nous faisons ce que nous pouvons pour éviter une autre vague d'épidémie (...) alors le rétablissement pourra débuter assez vite", a-t-il expliqué.

"Le chemin sera long dans tous les cas", a poursuivi le patron de la Fed, prévenant que les inscriptions au chômage devraient se poursuivre en juin et que certains secteurs d'activité, comme le tourisme et le divertissement, pourraient continuer de faire face à des pressions jusqu'à ce qu'un vaccin contre le coronavirus soit trouvé. Les dégâts économiques provoqués par la crise sanitaire ont déjà été importants : Powell estime que le taux de chômage pourrait culminer à 25% avant de commercer à baisser, et que le produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis pourrait se contracter de 20% en rythme annualisé sur la période avril-juin. Toutefois Jerome Powell a estimé qu'une chute prolongée de cette magnitude restait "peu probable"...
"En supposant qu'il n'y aura pas de deuxième vague du coronavirus, je pense qu'on verra l'économie se redresser progressivement au cours du second semestre de cette année. Pour que l'économie retrouve pleinement son rythme de croisière, il faudra que les gens reprennent totalement confiance et il faudra peut-être attendre pour cela l'arrivée d'un vaccin", a-t-il poursuivi...

Lors d'une téléconférence organisée par le Peterson Institute for International Economics, Jerome Powell avait averti la semaine dernière que l'économie américaine pourrait connaître une "période prolongée" de croissance faible et avait promis que la banque centrale prendrait de nouvelles mesures de soutien si nécessaire tout en excluant le recours à des taux d'intérêt négatifs...

Huawei une nouvelle fois dans le collimateur de Washington

Sur le front commercial, les Etats-Unis continuent d'augmenter la pression sur la Chine, et lient désormais l'avenir de l'accord commercial signé en janvier avec la crise du coronavirus, dont Pékin est accusé d'avoir dissimulé l'ampleur... Vendredi, le département du Commerce a donc annoncé des mesures visant à restreindre les livraisons de semi-conducteurs au groupe chinois Huawei. Le règlement américain sur les exportations a été modifié afin d'empêcher stratégiquement l'acquisition par Huawei de semi-conducteurs qui sont le produit de logiciels et technologies américaines.

L'administration Trump fait ici un pas de plus en vue de brider la capacité du fleuron chinois de la 5G, qu'elle a placée l'an dernier sur la liste noire des compagnies jugées menaçantes pour la sécurité nationale des Etats-Unis.

L'accord commercial sino-américain encore sur les rails ?

La veille, Donald Trump avait affirmé être "très déçu" par la Chine, et n'avait pas exclu de rompre toute relation avec le pays, dont il ne souhaite pas rencontrer le président, Xi Jinping... "J'ai une très bonne relation (avec Xi) mais pour le moment, je ne veux pas lui parler", a-t-il asséné dans un entretien à la chaîne 'Fox Business Network'. Et d'ajouter : "Il y a beaucoup de choses que nous pourrions faire... Nous pourrions rompre l'intégralité de notre relation. Si nous le faisions, que se passerait-il ? Vous économiseriez 500 milliards de dollars." Ce montant étant une allusion à l'évaluation estimée des importations américaines en provenance de Chine, que Donald Trump assimile régulièrement à de l'argent perdu.
Le conseiller économique de la Maison Blanche Larry Kudlow, a cependant arrondi un peu les angles vendredi, en déclarant que l'accord commercial n'est "absolument pas en train de s'écrouler" et que les deux pays continuent de travailler sur leurs relations commerciales.

Le pétrole poursuit son rattrapage

Sur les marchés pétroliers, le rattrapage se poursuit à mesure que les signes d'une forte réduction de la production des pays hors Opep+ se précise, notamment aux Etats-Unis... Sur l'ensemble de la semaine écoulée, le WTI a repris près de 20% et le Brent a gagné 5%.
Le nombre de forages en activité aux Etats-Unis a plongé de 34 la semaine dernière pour retomber à 258, selon les statistiques hebdomadaires de la firme parapétrolière Baker Hugues. Il s'agit de leur 9e semaine de recul consécutif... Le 13 mars dernier (avant que le Covid-19 n'affecte les Etats-Unis), le nombre de forages actifs était encore de 683, et fin 2019, il était de 885 !

L'Agence internationale de l'Energie s'est montrée un peu moins pessimiste pour la demande pétrolière, dans son dernier rapport mensuel, et a signalé que la production hors Opep+ se réduisait plus vite que prévu. "Nous voyons de premiers signes de rééquilibrage graduel des marchés pétroliers. (Mais) c'est encore graduel, et fragile", a commenté le directeur de l'AIE, Fatih Birol.

De son côté, l'or reste bien orienté, à près de 1.765$ l'once. Malgré une forte volatilité ces dernières semaines, le métal jaune progresse d'environ 16% depuis le début de l'année, faisant office de valeur refuge...

La banque centrale chinoise en soutien

Sur les devises, l'euro campe au-dessus des 1,08/$, à 1,0820/$. La banque centrale chinoise devrait éviter d'acheter des bons du trésor spéciaux car cela pourrait alimenter les risques d'inflation et les bulles d'actifs et causer une dévaluation du yuan, a déclaré le conseiller Ma Jun dimanche. Les dirigeants chinois se sont engagés à prendre de nouvelles mesures pour soutenir l'économie, déclenchant un débat houleux entre conseillers et économistes sur la question de savoir si la banque centrale devrait monétiser son déficit fiscal via un assouplissement quantitatif...
"Bien que l'épidémie ait des répercussions sur l'économie chinoise et les recettes et dépenses fiscales à court terme, la dynamique de relance a été observable dès le deuxième trimestre et les recettes et dépenses fiscales devraient s'améliorer graduellement", a rapporté le journal officiel Financial News, citant le conseiller Ma.
La notation de la Chine pourrait également souffrir si le mécanisme de "monétisation du déficit" est mis en place, ce qui pourrait encourager les emprunts publics excessifs, a-t-il ajouté. La loi chinoise interdit à la banque centrale d'acheter des obligations d'Etat...

Le Japon en récession

Au Japon, l'économie a plongé en récession pour la première fois depuis quatre ans et demi, selon les données officielles publiées ce lundi par Tokyo, et pourrait connaître son plus important trou d'air depuis la 2ème guerre mondiale, alors que la crise sanitaire liée au coronavirus affecte entreprises et consommateurs. D'après les statistiques gouvernementales préliminaires, le produit intérieur brut du Japon s'est contracté au premier trimestre de 3,4% en rythme annualisé, après un déclin de 7,3% en lecture définitive sur la période octobre-décembre. Les économistes anticipaient en moyenne une contraction de 4,5% sur la période allant de janvier à mars.
Il s'agit de la première récession de l'économie nippone depuis la seconde moitié de l'année 2015.
D'un trimestre sur l'autre, le PIB a diminué de 0,9% au premier trimestre, alors que le consensus ressortait à -1,2%.
La consommation privée, qui représente plus de la moitié de l'économie locale, a reculé de 0,7% au premier trimestre.
Les données communiquées lundi montrent aussi que les dépenses en capital ont reculé de 0,5% sur la période janvier-mars, contre un consensus de -1,5%, marquant un déclin pour un deuxième trimestre consécutif.
Au final, la demande intérieure a retiré 0,7 point de pourcentage à la croissance, alors que la demande extérieure a effacé 0,2 point de pourcentage.

Les analystes s'attendent à ce que l'économie japonaise se contracte de 22% au deuxième trimestre, ce qui serait un plus bas historique.
Le gouvernement a déjà annoncé un ensemble budgétaire record de 1.100 milliards de dollars, et la Banque du Japon a renforcé en avril dernier son soutien monétaire pour le deuxième mois consécutif. Shinzo Abe a promis de dévoiler d'ici la fin du mois un second budget additionnel pour l'exercice fiscal actuel débuté en avril, avec de nouvelles dépenses pour compenser les dégâts économiques de la crise sanitaire...

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