Asie : fin de semaine en baisse sur fond de tensions entre Washington et Pékin

Asie : fin de semaine en baisse sur fond de tensions entre Washington et Pékin
illustration pour marchés asie

Boursier.com, publié le vendredi 22 mai 2020 à 07h33

Les places financières de la zone Asie/Pacifique terminent la semaine dans le rouge ce vendredi, avec des replis de 1,1% à Tokyo, -1,3% à Bombay, -1,7% à Seoul et Taiwan. Shanghai chute de 2% et Hong Kong abandonne même plus de 5% sur fond de nouvelles tensions politiques. Des militants ont ainsi appelé à une grande manifestation ce vendredi contre le projet de Pékin d'imposer une législation sur la sécurité nationale dans la ville semi-autonome.
L'élément clé de cette fin de semaine reste par ailleurs les nouveaux signes de tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine. Hier soir, à la clôture, l'indice Dow Jones a cédé 0,41% à 24.474 points, tandis que l'indice large S&P 500 a lâché 0,78% à 2.948 pts. Le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a reculé de 0,97% à 9.284 pts.

Les marchés financiers s'inquiètent du déclenchement d'une nouvelle guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, au moment où l'économie mondiale est déjà durement touchée par la crise du coronavirus... Le ton est ainsi monté ces derniers jours entre les deux premières puissances économiques mondiales : Donald Trump a de nouveau accusé mercredi la Chine d'incompétence" dans la gestion de la pandémie, qu'il a comparée à une "tuerie de masse mondiale". Jeudi, le président américain a poursuivi en affirmant que "l'attaque de désinformation et de propagande de la Chine contre les Etats-Unis est une honte".

La Chine a réagi hier, en affirmant qu'elle "protégera sa souveraineté, sa sécurité et ses intérêts" et menaçant Washington de mesures de rétorsion... Pékin réagissait notamment à l'adoption par le Sénat américain d'un projet de loi qui pourrait empêcher les entreprises chinoises de se faire coter et de lever des fonds à la Bourse de New York. Dans la foulée, des sources citées par Reuters ont indiqué que le géant chinois d'internet, Baidu, envisageait de quitter la Bourse de New York. Le groupe chinois prépare en parallèle une cotation à Hong Kong, où son compatriote Alibaba (-2,3%, coté à New York) est également inscrit depuis novembre 2019.

Un vaccin contre le coronavirus pourrait attendre...

Sur le plan sanitaire, la pandémie de coronavirus continue de progresser dans le monde, bien qu'à un rythme moins rapide en Europe et aux Etats-Unis. Le nombre de cas avérés a dépassé jeudi les 5 millions, et les décès frôlaient jeudi soir les 330.000 dans le monde, dont près de 94.000 aux Etats-Unis, selon le décompte de l'Université Johns Hopkins... Alors que les études se poursuivent sur de possibles traitements, et que la course au vaccin s'intensifie, un scientifique américain de premier plan a déclaré qu'il ne fallait pas trop tabler sur un vaccin efficace contre la Covid-19. Dans un entretien avec l'agence 'Reuters', William Haseltine a ainsi expliqué que la meilleure solution face au coronavirus consistait à gérer l'évolution de l'épidémie grâce à un arsenal de mesures : masques et gestes barrières, tests, suivi et confinements ciblés des foyers épidémiques... Interrogé au sujet d'un vaccin, il a déclaré: "N'écoutez pas les politiciens qui vous disent qu'ils auront un vaccin d'ici à leur ré-élection !", faisant allusion à Donald Trump... "Peut-être que nous aurons ce vaccin, mais je dis juste qu'on ne peut pas du tout en être sûr... parce qu'à chaque fois qu'on a essayé de faire un vaccin contre d'autres types de coronavirus (Sars et Mers), il n'a pas été réellement protecteur".

De son côté, Robert Redfield, le directeur du CDC (centre de prévention et de contrôle des maladies) a mis en garde contre un retour en force de la Covid-19 à l'automne et en hiver, ce qui pourrait nécessiter de prendre de nouvelles mesures de confinement. Dans un entretien au 'Financial Times', M. Redfield a estimé que les Etats-Unis devaient accélérer leurs capacités de tracer les cas de la maladie afin d'éviter une nouvelle crise sanitaire...

L'économie US semble avoir atteint un point bas en avril

Sur le front macro-économique, les dernières statistiques sont restent plus que moroses, mais montrent néanmoins une légère amélioration... Aux Etats-Unis, l'indice PMI composite (synthèse de l'activité manufacturière et des services) est remonté à 36,4 en mai, après être tombé à 27 en avril, selon le cabinet IHS Markit. Cependant, il reste encore bien en dessous de la barre des 50, qui sépare la contraction de l'expansion... En outre, l'indice d'activité de la Fed de Philadelphie est ressorti à -43 en mai dans cette région, en-dessous des attentes des économistes (un niveau au-dessous de zéro indique une détérioration).
Aux Etats-Unis, le nombre d'inscriptions hebdomadaires au chômage a encore fortement augmenté lors de la semaine au 16 mai, mais à un rythme moindre que les semaines passées. Les inscriptions ont atteint 2,43 millions contre 2,68 millions la semaine précédente. Les inscriptions au chômage demeurent donc à un niveau élevé, mais elles diminuent progressivement depuis le record de 6,867 millions atteint lors de la semaine au 28 mars...
A noter que l'indicateur avancé du Conference Board, qui permet d'anticiper les perspectives de l'activité économique aux Etats-Unis, s'est un peu amélioré dès avril, reculant de 4,4%, après une chute de 7,4% en mars.

Vers une "gigantesque" reprise au 4e trimestre ?

Le secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin s'est montré optimiste jeudi, au sujet de la reprise économique malgré les doutes persistants sur le calendrier de mise au point d'un vaccin contre le coronavirus. L'économie américaine va "toucher le fond" au 2e trimestre et commencera à se redresser au 3e avant une "progression gigantesque" au 4e trimestre, a-t-il déclaré lors d'un colloque organisé en ligne par le quotidien 'The Hill'.
"Nous allons avoir des progressions très, très fortes, je pense que nous allons observer une reprise très forte - on peut dire gigantesque - au quatrième trimestre", selon Mnuchin.

Le ministre a aussi estimé que de nouvelles mesures budgétaires de soutien à l'économie américaine seront sans doute nécessaires d'ici quelques semaines. "Il y a une forte probabilité pour qu'un nouveau projet de loi soit nécessaire", après les près de 3.000 milliards de dollars déjà débloqués par l'administration Trump et le Congrès depuis le mois de mars, a-t-il affirmé...

Pékin prudent

La prudence domine en revanche en Chine où Pékin s'est abstenu pour la première fois de fixer un objectif de croissance annuelle et a promis d'augmenter ses dépenses publiques alors que la crise sanitaire liée au coronavirus pèse lourdement sur la deuxième puissance économique mondiale. L'absence d'objectif de produit intérieur brut est une grande première depuis que le gouvernement chinois a commencé à publier ses prévisions économiques en 1990. "Nous n'avons pas fixé d'objectif de croissance économique pour l'ensemble de l'année, principalement parce que la situation épidémique mondiale et la situation économique et commerciale sont très incertaines", a expliqué le Premier ministre Li Keqiang à l'ouverture de la session annuelle de l'Assemblée nationale populaire (ANP), le Parlement chinois. "Le développement de la Chine est confronté à des facteurs imprévisibles", a-t-il ajouté...

La consommation intérieure, les investissements et les exportations diminuent, tandis que la pression sur l'emploi et les risques financiers augmentent, a-t-il averti.
L'économie chinoise a subi au premier trimestre sa première contraction depuis au moins 1992, de -6,8% en rythme annuel, l'épidémie de coronavirus ayant paralysé la production et la consommation, accentuant la pression sur Pékin pour qu'il engage des mesures supplémentaires pour contrer les effets de la crise sanitaire.
La Chine vise un déficit budgétaire d'au moins 3,6% du PIB en 2020, supérieur aux 2,8% de 2019, et a fixé le quota d'émission d'obligations spéciales des gouvernements locaux à 3.750 milliards de yuans (481,8 milliards d'euros), contre 2.150 milliards de yuans l'année dernière.

Le Premier ministre a également annoncé l'émission d'un emprunt d'État pour un montant de 1.000 milliards de yuans cette année. Sur l'ensemble de 2020, la croissance chinoise pourrait ralentir à 2% ou 3%, contre 6,1% en 2019, selon certaines anticipations...

Le pétrole marque une pause

Les marchés pétroliers ont soufflé après avoir rejoint des sommets depuis deux mois. Le baril de brut léger américain WTI revient à 31,50$ sur le Nymex, et le baril de Brent de la mer du Nord redescend de 2$ à 34$. Les signes d'une reprise de la demande et d'une réduction de l'offre plus rapide que prévu, ont fait espérer dernièrement un possible rééquilibrage du marché mondial.
De son côté, l'or a subi des dégagements, le contrat à terme de juin perdant 1,5% à 1.728$ l'once. Le métal jaune progresse malgré tout de près de 13% depuis le début de l'année, soutenu par les incertitudes entourant l'ampleur de la crise économique provoquée par la pandémie de Covid-19. Les injections massives de liquidités de la part des banques centrales soutiennent aussi les actifs matériels tels que l'or et les autres métaux précieux.

Sur le marché des changes, le billet vert confirme son récent rebond, l'indice du dollar regagnant 0,3% à 99,55 points face à un panier de devises de référence. L'euro revient à 1,0920$, après avoir gagné 1,5% depuis l'annonce, lundi dernier, du projet de plan de soutien européen solidaire de 500 milliards d'euros par Emmanuel Macron et Angela Merkel.

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