Asie : la seconde vague inquiète les marchés

Asie : la seconde vague inquiète les marchés©Boursier.com

Boursier.com, publié le lundi 15 juin 2020 à 07h36

Début de semaine en net repli sur les marchés de la zone Asie/Pacifique ce lundi. La Bourse de Tokyo recule de 3,4%, Seoul perd 2,3%, Bombay glisse de 2%, suivi de Sydney (-1,7%), Hong Kong (-1,5%) et Taiwan (-1%), tandis que Shanghai perd 0,5%. Le reconfinement en urgence de 11 quartiers à Pékin ce week-end a semé le trouble parmi les investisseurs qui s'inquiètent des conditions de redémarrage incertaines de l'économie internationale, alors que les Amériques continuent aussi d'être durement secoués par la pandémie, en particulier aux Etats-Unis et au Brésil... A l'issue d'une séance volatile, la Bourse de New York a fini malgré tout en hausse vendredi, regagnant une partie du terrain perdu brutalement la veille. Les marchés avaient accusé le coup jeudi (-7%), sous l'effet de prévisions prudentes de la Fed sur la reprise économique, et de craintes d'une deuxième vague de Covid-19... Les cas de coronavirus sont ainsi ressortis à nouveau en hausse dans 21 des 50 Etats américains, ce qui risque de ralentir la reprise. Sur la semaine écoulée, le pétrole a rechuté de plus de 8%, tandis que l'or a gagné plus de 3%, faisant office de valeur-refuge à 1.725$ l'once.

L'indice Dow Jones a regagné vendredi jusqu'à 3,3% en séance, avant de repasser dans le rouge dans la journée, puis de finir en progression de 1,9% à 25.605 points, après une correction de 6,9% jeudi. L'indice large S&P 500 a repris en clôture 1,31% à 3.041 pts (-5,8% jeudi) et le Nasdaq Composite, riche en valeurs technologiques, a rebondi de 1,01% à 9.588 pts (après -5,27% jeudi). Mercredi, le Nasdaq avait terminé sur un record, au-dessus des 10.000 pts pour la 1e fois.
Sur l'ensemble de la semaine écoulée, le DJIA a cédé 5,5%, le S&P 500 a reculé de 4,7% et le Nasdaq a fléchi de 2,3%, leur première semaine de baisse après trois semaines de forte hausse.

La Chine sous surveillance

Parmi les derniers indices économiques en provenance de Chine, la production industrielle est remontée en mai pour le deuxième mois consécutif, la deuxième économie du monde redémarrant après avoir été mise à l'arrêt pour lutter contre le coronavirus, mais la reprise demeure fragile, montrent plusieurs indicateurs officiels publiés lundi.
La croissance de la production industrielle a accéléré à 4,4% sur un an le mois dernier, au plus haut depuis décembre 2019, après +3,9% en avril, lorsqu'elle avait renoué avec la croissance. Les économistes interrogés par Reuters s'attendaient cependant à une croissance de l'ordre de 5% pour le mois de mai.
D'autres indicateurs également publiés lundi montrent le maintien en contraction des ventes au détail et des investissements, ce qui confirme que l'économie chinoise a du mal à repartir. Certains signaux sont positifs, comme le redémarrage de la sidérurgie ou de l'automobile, mais il faudra des mois avant de retrouver les niveaux d'avant la crise, selon les analystes.
Rappelons que le produit intérieur brut de la Chine a reculé de 6,8% au premier trimestre, tandis que les autorités n'ont pas donné d'objectif de croissance cette année, pour la première fois depuis près de 20 ans.

La Fed évoque de grandes incertitudes sur l'avenir

Après un rebond de l'ordre de 40% depuis leurs plus bas du mois de mars, dans l'espoir d'une reprise économique rapide, les investisseurs sont redevenus plus prudents, d'autant que la Réserve fédérale et les institutions internationales (FMI, Banque mondiale, OCDE) se placent dans une optique de reprise lente.
La Fed a ainsi fait savoir quelle comptait maintenir ses taux proches de zéro pendant au moins deux ans et demi, jusqu'à la fin 2022, signifiant que l'économie américaine aura besoin du soutien de la banque centrale pendant une longue prolongée. La Fed a aussi assuré qu'elle continuerait d'utiliser tous les outils à sa disposition pour face face à la crise.
Le président de la Réserve Fédérale Jerome Powell a indiqué que "nous ne pensons même pas à penser à relever les taux"... Lors de sa conférence de presse, il a insisté sur les "grandes incertitudes" qui entourent la reprise. La Fed s'attend à ce que le PIB des Etats-Unis chute de 6,5% cette année, avant un rebond partiel de 5% en 2021, mais il ne devrait retrouver son niveau d'avant la crise que courant 2022. Quant au taux de chômage, il devrait s'établir à 9,3% fin 2020 (contre 13,3% en mai), mais sa décrue sera ensuite lente.

En outre, dans son rapport au Congrès remis vendredi, la Fed a estimé que les finances des ménages et des entreprises américains pourraient souffrir de "fragilités persistantes" après le choc économique provoqué par la pandémie...

Prévisions prudentes du FMI, de l'OCDE et de la Banque Mondiale

Vendredi, le FMI a estimé que l'économie mondiale se redressait actuellement moins vite que prévu et qu'il y avait "une grande incertitude sur la reprise"... Dans une vidéo, l'économiste en chef du FMI, Gita Gopinath, a estimé que les prochaines prévisions économiques du fonds, attendues le 24 juin, seront "très probablement pires que ce que nous avions en avril".
"La grande question est de savoir comment la reprise va être, quelles séquelles et pour combien de temps" cette crise va laisser, a-t-elle également dit, étant donné l'ampleur de la récession, le début des faillites et des problèmes d'insolvabilité ainsi que les potentiels changements de comportement des consommateurs.

Mercredi, l'OCDE avait publié ses nouvelles projections de profonde récession mondiale pour 2020 (-6%), suivie d'un rebond rapide mais partiel en 2021 (+5,2%). De son côté, la Banque mondiale a dit s'attendre à une chute du PIB mondial de 5,2% en 2020 et à un rebond de 4,2% en 2021. Ces scénarios centraux ne prennent pas en compte l'effet négatif d'une seconde vague de virus qui entraînerait un récession plus profonde et retarderait la reprise.

Les cas de Covid-19 augmentent dans près de la moitié des Etats américains

Aux Etats-Unis, le nombre de nouveaux cas de Covid-19 est en train d'augmenter dans 21 des 50 Etats américains, dont la Californie, le Texas, la Floride et la Caroline du Sud. Dans l'Arizona, le nombre de cas par jour est passé de 222 avant le week-end de Memorial Day, le 25 mai dernier, à plus de 1.400 cas pour la journée du 11 juin.
Les professionnels de la santé tirent la sonnette d'alarme, le CDC (centre pour le contrôle et la prévention des maladies) ayant averti qu'il faudrait recourir à nouveau à des mesures de confinement semblables à celle de mars dernier si le nombre de cas continue d'augmenter fortement outre-Atlantique.

Jeudi, le Dr Ashish Jha, dirigeant de l'institut de santé mondiale de Harvard, a estimé que le nombre de morts pourrait attendre les 200.000 aux Etats-Unis en septembre. Sur la chaîne 'CNN', le spécialiste a estimé que "même si nous stabilisons les choses", il est "raisonnable de s'attendre à atteindre les 200.000 décès à un moment donné en septembre" aux USA. "Et cela est seulement pour courant septembre. La pandémie ne s'arrêtera pas en septembre", a précisé l'expert.

De son côté, le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a affirmé jeudi que la chaîne 'CNBC' que les Etats-Unis ne fermeront pas de nouveau leur économie en cas de deuxième vague de coronavirus. "Nous ne pouvons pas fermer l'économie de nouveau. Je pense que nous avons appris que si vous arrêtez l'économie, vous créez plus de dégâts", a-t-il déclaré.
Il a toutefois défendu a posteriori les mesures de confinement prises lors de la première vague : "je pense que c'était très prudent ce que le président a fait, mais je pense que nous avons beaucoup appris".

Le pétrole en baisse sur la semaine, l'or et le dollar en hausse

Les cours du pétrole s'affichent en baisse ce lundi. Le baril de brut léger américain WTI est retombé à 34,80$, tandis que le baril de Brent de la mer du Nord recule à 37,65$. L'or remonte à 1.725$ l'once sur le Comex. Le métal jaune a progressé de 3,2% sur la semaine écoulée et de 14% depuis le début de l'année.
Sur le marché des changes, le dollar remonte, tandis que l'euro revient à 1,1260$. La devise européenne avait retrouvé en début de semaine dernière son plus haut niveau depuis trois mois (après un passage sous 1,07$ fin mars) dans le sillage du renforcement des mesures de soutien de la BCE annoncées le 4 juin.

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